ASSE : ce qu’on peut reprocher à Christophe Galtier… ou pas

Ciblé par la critique après une première partie de saison mitigée, le coach de l’ASSE Christophe Galtier a perdu du crédit vis-à-vis des supporters. But! Sainté recense les griefs qui lui sont faits, à tort pour certains d’entre eux.

Les résultats : oui et non

Christophe Galtier avait trois objectifs lors de la première partie de la saison : qualifier l’équipe pour la phase de poules de la Ligue Europa pour la troisième année consécutive, la qualifier pour les quarts de finale de la Coupe de la Ligue et atteindre la barre des trente points en championnat. Sur ces trois objectifs, il n’en a atteint qu’un, en Ligue Europa. Ce n’était pas le plus évident. Avec l’AEK Athènes, l’ASSE, malgré son statut de tête de série, avait hérité d’un bon adversaire d’entrée. Le Beitar Jérusalem n’était pas un client si facile non plus. Et en phase de poules, les Verts ont terminé à la 1ère place, une progression pour le club. Les déceptions sont venues de la Coupe de la Ligue avec une élimination dès l’entrée en lice, à domicile face à Nancy, un promu mal classé qui n’avait pas gagné à l’extérieur depuis trois mois, et bien sûr du parcours en championnat, avec seulement 26 points et une 8e place après la phase aller. Une première partie de saison qui hypothèque les chances de terminer dans le Top 5 et d’être à nouveau européen l’an prochain, l’objectif déclaré du club.

Les blessés : non

L’ASSE est coutumière du fait depuis plusieurs saisons mais depuis cet été, son nombre de blessés a été vraiment impressionnant et très pénalisant. Les Verts ont compté jusqu’à onze joueurs à l’infirmerie cet automne. Sept étaient sur le flanc pour le 30e et dernier match de la première partie de saison contre Nancy. A Nantes, quatre se sont blessés en vingt minutes, du jamais vu. Une hécatombe. Mais difficile d’imputer celle-ci à Galtier. Le coach des Verts est à l’écoute de son staff médical. Il lui fait entièrement confiance. Ce n’est pas lui qui donne le feu vert aux joueurs quand ils reviennent de blessure. Or, les rechutes ont été nombreuses. Celles de Robert Beric et de Romain Hamouma notamment. Deux absences de poids qui ont fortement pénalisé le secteur offensif.

Sa gestion du groupe : non

Certains médias ont fait état de problèmes de vestiaire à l’ASSE, entre joueurs mais aussi entre Galtier et ses troupes. Pourtant, le vestiaire stéphanois vit bien, et ce depuis plusieurs saisons. Sa solidarité a encore été largement démontrée avec plusieurs égalisations de dernière minute. Hors micro, personne ne se plaint de son sort ou du turnover de Galtier. Un turnover que Robert Herbin a critiqué dans sa chronique au “Progrès” le mois dernier mais qui est bien souvent imposé par les blessures. Or, Galtier a plutôt bien géré ces dernières, en particulier à l’automne, quand il lui a fallu “bricoler”, en défense notamment. L’équipe n’avait perdu que 3 de ses 20 premiers matches avant de baisser le pied sur la fin d’année (4 défaites lors des 10 derniers matches).

Ses choix tactiques : oui et non

4-3-3, 4-2-3-1, 3-5-2, 3-4-3 : l’ASSE a beaucoup varié les tactiques depuis le début de la saison alors que Galtier avait souhaité mettre en place un 4-4-2 pendant l’été. Cela a pu nuire aux automatismes. Mais le technicien a dû composer avec la blessure des uns, la méforme des autres. La seule “compo” d’équipe qui a pu surprendre, à notre sens, est celle du match face à Dijon, avec un trio Clément-Veretout-Pajot au milieu. Pas l’idéal pour produire du jeu… Mais depuis ce match, les choix de Galtier ont été plus offensifs, avec un trio Selnaes-Veretout-Saivet au milieu, par exemple, où Malcuit préféré à Théophile-Catherine au poste de latéral droit. Galtier a fait avec ce qu’il avait et on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir tenté.

Le jeu : oui

C’est avant tout au niveau du jeu que le bât blesse à l’ASSE, une constante depuis quelques saisons. Et là, difficile de dédouaner Galtier. Les Verts ne jouent pas bien, c’est un fait. Le plus souvent, on s’ennuie à regarder leurs matches. Sur les 30 rencontres disputées lors de la première partie de la saison, l’ASSE n’a vraiment séduit que face à Montpellier et Lille, et l’espace d’une mi-temps à Anderlecht. Le reste du temps, quand elle a fait de bons résultats, c’était au courage mais sans maîtrise ni spectacle. Au forceps.

Le recrutement : oui

Bien sûr, Galtier n’est pas sur le terrain. Mais les joueurs, c’est lui qui les a recrutés. Le Marseillais est l’homme fort du club. Son rôle est devenu au fil des saisons celui d’un vrai manager, avec un staff qui s’est étoffé cet été, l’arrivée à ses côtés de René Lobello, un adjoint expérimenté, et celle d’Eric Blondel. David Wantier, lui, a été intronisé au recrutement depuis un an et demi mais aucun joueur n’est recruté sans l’aval de Galtier. Or, les déceptions sont nombreuses. Depuis la victoire en Coupe de la Ligue en 2013 et les départs d’Aubameyang, Guilavogui, Zouma ou Ghoulam, l’équipe n’a fait que s’affaiblir en qualité. En particulier en attaque, où l’on ne compte plus, depuis Brandao, Gradel et “Aubame”, les joueurs qui n’ont pas réussi à s’imposer (Erding, Laudrup, Van Wolfswinkel, Bahebeck, Maupay, Söderlund, Roux). Seule bonne pioche : Beric. Mais Ferri est passé par là…

De ne pas assez faire confiance aux jeunes : oui et non

Galtier a lancé Josuha Guilavogui, Fouazi Ghoulam et Kurt Zouma. Mais depuis, aucun jeune n’a fait son trou à l’A.S.Saint-Étienne, ce qui est régulièrement reproché au natif de Marseille. La gestion du cas Allan Saint-Maximin, qui ne faisait pas l’unanimité au club pour son comportement, peut lui être reprochée. Surtout que le prodige explose cette saison du côté de Bastia, où l’a prêté Monaco. Mais il semble surtout qu’il y ait un problème de niveau chez les jeunes depuis quelques saisons. Parmi la génération championne de France U17, Bamba ne s’est pas imposé, faute d’avoir pu enchaîner, Dekoké non plus. Idem pour Diomandé ou Karamoko, pour Nyemeck, sans remonter à Sagna, Mansaly, Maodo Faye et compagnie. Ces deux dernières saisons, Pinheiro, Pierre-Gabriel et Nordin ont été lancés, de même que Maisonnial le mois dernier. Pour un résultat assez mitigé pour l’instant. La prochaine génération, avec Nadé et Rocha Santos en particulier, semble plus prometteuse. Difficile enfin de reprocher à Galtier le recrutement des jeunes ou de la post-formation (Aleksic, Birkelund, etc), puisque celui-ci incombe à Bernard David et Gérard Fernandez, qui ne comptent pas parmi ses plus proches collaborateurs à L’Etrat.

Laurent Hess, à Saint-Étienne