Deschamps, porteur d’une mission

Didier Deschamps, nouveau sélectionneur des Bleus, fait (presque) l’unanimité. Il sait pourtant que rien ne lui sera pardonné. Il est attendu au tournant. Et le temps presse.

Il en rêvait. Après quelques jours de réflexion « il est important d’avoir un recul sur les évènements, d’avoir une certaine lucidité » , le Champion du Monde 1998 a donc franchi le Rubicon. Et a clamé, à plusieurs reprises sa fierté, son honneur, son plaisir de goûter de nouveau à la « plus belle chose qui me soit arrivée dans ma carrière professionnelle ». L’équipe de France. « Attaché à ce maillot bleu-blanc-rouge », l’ex-entraîneur de l’OM a « toujours eu cette envie » au plus profond de lui. « Cela s’est présenté aujourd’hui même si je ne m’y attendais pas » , a-t-il ajouté. Deschamps a signé un contrat de deux ans avec la Fédération française de football. Ce bail sera automatiquement renouvelé de deux nouvelles années en cas de qualification des Bleus pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil et amènerait alors Deschamps à la tête de l’équipe de France jusqu’à l’Euro 2016, pour lequel la France, pays organisateur, est déjà qualifiée. Guy Stéphan, adjoint du Basque à l’OM, l’assistera également sur le banc des Bleus.

« Les joueurs n’ont plus le droit l’erreur »

Seulement, le chantier s’annonce immense. La France, comme en 2010, a encore fait parler d’elle lors de cet Euro. Et pas forcément pour ses exploits sportifs. Didier Deschamps le sait. Le désamour est réel. Sans jamais vouloir entrer dans les détails de ce qui a pu se passer ou se dire, le nouveau sélectionneur des Bleus a tenu un discours ferme : « les joueurs n’ont plus le droit à l’erreur. Le cadre sera bien défini. Dans le sens de l’esprit de groupe, de la mentalité. Si j’estime qu’un joueur va à l’encontre de ces valeurs-là, c’est ma fonction de prendre une sanction sportive et de ne pas le sélectionner » . Un exposé bien rôdé déjà tenu par Laurent Blanc en 2010 après le fiasco de Knysna. Puis il y a eu 2012… Deschamps, se posant en « garant des valeurs » , enchaîne : « deux aspects sont importants au delà de la qualité et du talent: la notion de groupe et l’état d’esprit. Tous les joueurs qui porteront le maillot doivent avoir ça en tête » .

« S’il y a un échec, je pars de moi-même »

Les valeurs, donc, mais aussi les résultats. Là encore, l’ex-joueur de Chelsea sera attendu au tournant. Les qualifications pour la prochaine Coupe du Monde s’annoncent compliquées. « Il y a une première échéance qui est importante: se qualifier pour la Coupe du Monde. Je suis dans cette mission-là. Elle sera difficile avec l’Espagne qui est la meilleure sur les six dernières années. La logique voudrait que l’Espagne sorte première et que la France passe en barrage ». Avant d’ajouter, très fermement : « S’il y a un échec (une non qualification), je pars de moi-même ». Noël Le Graët, le président de la FFF, a quant à lui clamé « qu’aucun autre entraîneur n’a été contacté ». Il a également loué les qualités de son nouveau sélectionneur. Comme une évidence. « On a l’avantage de se connaître et de s’apprécier avec Didier. Il a eu une carrière exemplaire. A titre personnel je suis heureux et la Fédération est fière d’avoir cet entraîneur talentueux » , a-t-il souligné. Désormais, Deschamps a deux ans pour redresser la barre. Et pas seulement sportivement. C’est très court. Les risques d’échec sont réels. Mais le challenge ne pouvait se refuser. Il ne pouvait se dérober. Une telle occasion ne se serait peut-être plus jamais présentée.

A.F.