FC Nantes : Kolbeinn Sigthorsson, Canari à temps très partiel

Buteur avec l’Islande lundi face au Qatar en amical (2-2),Kolbeinn Sigthorsson n’est plus réapparu avec les Canaris depuis mai dernier. Et avec la réussite actuelle du FCN, pas sûr que l’un des plus gros salaires du vestiaire puisse prétendre à du temps de jeu en Ligue 1.

Sur le marché du football, le FC Nantes semble être devenu le spécialiste des valeurs à risques ! Parmi les innombrables transactions réalisées depuis qu’il a débarqué aux commandes du FC Nantes en 2007, Waldemar Kita s’est parfois pris les pieds dans le tapis, avec forces et fracas. Les cas les plus emblématiques ? Ismaël Bangoura (qui vient d’ailleurs d’être condamné par le tribunal correctionnel du Mans à six mois de prison avec sursis pour fraude aux allocations chômage), dont la signature irrégulière à l’hiver 2012 avait coûté à la Maison Jaune une amende salée de 4,5 M€ infligée par la FIFA assortie d’une interdiction de recruter pendant un an. Michaël Gravgaard, dont la rupture unilatérale de contrat pour cause de blessure est encore aujourd’hui contestée par le Danois devant le conseil des Prud’hommes.

Et qui se souvient, également, de Frédéric Nimani ? Arrivé blessé de l’AS Monaco dans le cadre d’un prêt en août 2010, l’attaquant n’était même pas passé par la case visite médicale sur les bords de l’Erdre avant de s’engager chez les Canaris avec qui, du coup, il n’a disputé… aucun match avec l’équipe première ! Bref, la liste est loin d’être exhaustive mais voilà qu’elle s’est singulièrement alourdie d’un nouvel épisode à l’été 2015 avec Kolbeinn Sigthorsson. En juillet de cette année, Waldemar Kita n’est pas peu fier de présenter sa dernière acquisition. « C’est mon joueur », parade-t-il alors début juillet. Le coup est fameux, il est vrai.

Débauché de l’Ajax d’Amsterdam contre un chèque de 3 M€, l’attaquant, auréolé d’une réussite séduisante aux Pays-Bas (avec 46 buts en 5 ans), est censé apporté du dynamisme à la plus faible attaque de l’élite la saison précédente (29 buts). Sauf que la greffe n’a jamais pris en Loire-Atlantique où il peine à trouver le chemin des filets. Il faudra ainsi attendre le mois de novembre et un déplacement à Nice pour le voir enfin marquer. Un but qui ne constituera même pas un déclic puisque l’Islandais terminera l’exercice avec un total famélique de trois petites réalisations. Surtout, en dehors des terrains, Sigthorsson est loin de faire l’unanimité, notamment dans son propre vestiaire où son salaire à six chiffres (on parle d’une fourchette comprise entre 150 000 et 200 000€) suscite des crispations, sinon de la jalousie. L’ « enfant gâté » est même accusé de se soucier de lui-même plutôt que de l’équipe, et de se préserver pour l’Euro 2016, organisé en France.

Un sentiment confirmé par son absence du FCN pour la fin de saison. Un départ au pays autorisé par le club qui lui permet, en juin, de signer son retour sur les terrains pour participer au championnat d’Europe des Nations ! Un Euro dans lequel sa sélection crée la surprise en éliminant l’Angleterre en 8e de finale pour se hisser en quarts face à la France (défaite 5-2) : deux matchs durant lesquels le Nantais réussi à marquer ! Une efficacité qui lui vaut d’ailleurs un message de félicitations de la part de Waldemar Kita, lequel espère que son onéreux protégé reviendra plus en forme que jamais à la Jonelière. « Beaucoup de choses ont changé cet été, notamment un nouveau staff, un nouveau coach (René Girard a remplacé Michel Der Zakarian), déclare l’intéressé fin août. On a parlé de mon avenir et de ce qu’on aimerait faire cette saison. J’ai vu ce qu’il voulait faire avec moi, c’est assez intéressant. Tout ce que je peux dire, c’est que les deux semaines que j’ai passées ici depuis mon retour de vacances étaient très positives et je serai donc très heureux de rester si c’est le cas. Je me sens bien dans cette équipe. Je ne suis pas arrivé à Nantes dans les meilleures conditions l’année dernière et j’espère que ça va changer cette saison. En France, je pense que mon image a dû changer, et je veux maintenant démontrer cette saison avec Nantes en Ligue 1 ce que j’ai pu montrer à l’Euro. J’ai envie de faire mieux que la saison dernière. J’ai vraiment envie de me montrer sous mon meilleur profil. Une nouvelle saison qui commence est toujours un nouveau départ. J’espère juste que ça se passera mieux que les douze derniers mois ! »

Une déclaration qui fera long feu puisque quelques jours après cette sortie, l’attaquant est…  prêté au Galatasaray. Un prêt avec une option d’achat (à près de 4 M€) qui ne sera jamais levée par le club turc et pour cause : Sigthorsson se blesse de nouveau lors d’un rassemblement avec l’équipe nationale à l’automne ! Six mois (et une seule apparition dans le championnat de Turquie) plus tard, retour à l’envoyeur, l’Islandais de 28 ans revient dans le vestiaire nantais, ou plutôt à l’infirmerie pour soigner son genou. Et le voilà reparti pour une saison blanche !

Sergio Conceiçao, qui a entre temps remplacé René Girard, l’ignore totalement. Claudio Ranieri, lui, attendra le printemps 2018 pour lui offrir quelques minutes de temps de jeu (face à Angers et Strasbourg, 25 minutes au total) : trop peu, et trop tard, surtout, pour prétendre à une place dans le groupe islandais pour la Coupe du monde en Russie. Mais Heimir Hallgrímsson ne l’oublie pas pour autant, puisque le sélectionneur le rappelle dès cet automne pour la Ligue des Nations. Resté sur le banc contre la Suisse le 8 septembre (défaite 6-0), il entre en jeu ensuite à quasiment toutes les autres rencontres, notamment face aux champions du monde tricolores à Guingamp en amical le 11 octobre (2-2). Titularisé face au Qatar lundi soir, il inscrit même le second but islandais, sur penalty, permettant d’assurer le nul (2-2), toujours en amical. De quoi lui redonner des ailes chez les Canaris ? Pas sûr car sans lui, le FCN de Vahid Halilhodzic a retrouvé de la vitalité offensive, notamment avec l’incontournable Emiliano Sala. « Ma situation là-bas n’est pas claire, je devrais en savoir plus dans le mois qui arrive, mais je pourrais aussi envisager un départ en janvier », expliquait Sigthorsson mi-octobre dans 20 Minutes.

Un peu plus d’un mois avant, son patron, lui, s’était déjà montré plus explicite (et expéditif) dans les colonnes de Ouest-France sur la situation de son poulain. « C’est plus qu’un boulet. Il a eu des propositions en Grèce et il les a refusées car il voulait toucher plus d’argent. Il est malhonnête. Il est venu avec ses gros sabots, mais il n’a rien prouvé », avait ainsi balancé Waldemar Kita au sujet de « sa » recrue, sous contrat jusqu’en 2020.

A Nantes, Charles Guyard