FC Nantes : pourquoi ça ne matche pas entre Waldemar Kita et ses coachs

FC Nantes : pourquoi ça ne matche pas entre Waldemar Kita et ses coachs

Sauf surprise, l’aventure entre le FC Nantes et Vahid Halilhodzic devrait se finir cet été, à un an du terme du contrat du Bosnien. Encore une fois, Waldemar Kita va devoir chercher un nouvel entraîneur.

La statistique donne le vertige et il est probable que le nombre augmente encore l’été prochain avec le départ de Vahid Halilhodzic, lequel ne manque pas une occasion de tacler ses dirigeants par média interposé : en 12 ans de présidence au FC Nantes, Waldemar Kita a réussi à épuiser 12 coaches différents (hors intérimaires). C’est simple, à l’exception de Michel Der Zakarian, qui est passé deux fois sur le banc et a fini sur quatre saisons pleines (2012-2016) avant de partir fâché (comme beaucoup), aucun entraîneur n’a tenu plus d’une année. Tentative d’explications du phénomène.

Le caractère particulier du président

On le dit interventionniste, méfiant avec ses entraîneurs (en qui il n’a jamais vraiment eu confiance)… Il y a sans doute un peu de vrai. Mais Waldemar Kita n’est pas si présent que cela derrière ses coaches. La semaine, l’homme d’affaires franco-polonais gère son business à Paris. Il n’est pas en contact quotidien avec ses coaches et ne leur impose aucun choix de joueur.

En revanche, quand il n’est pas content « WK » parle … Et au lieu de laver son linge sale en famille, c’est toute la France du football qui profite de ses sorties. Que ce soit pour critiquer les méthodes d’entraînement et le manque supposé de travail au quotidien à la Jonelière (Michel Der Zakarian) ou les « millions laissés sur le banc » (Miguel Cardoso), Kita place souvent ses entraîneurs dans des situations compliqués.

Les Mercatos de la discorde

Quand ils débarquent au FC Nantes, les entraîneurs sont souvent séduits par les promesses de Waldemar Kita : l’ambition de Top 10, la perspective d’entraîner un grand nom du foot français, le rêve d’un Mercato ambitieux… Malheureusement, ils déchantent souvent sur le dernier point. En arrivant, les entraîneurs se rendent compte que le clan Kita fonctionne en circuit fermé, avec un réseau particulier, qu’ils n’ont pas la main sur les choix concernant les arrivées et encore moins les départs.

Le très expérimenté Claudio Ranieri s’était étonné d’être dans un « aéroport » lorsqu’il avait appris la signature puis le départ de Queensy Menig. Vahid Halilhodzic n’a pas non plus apprécié qu’on discute dans son dos de la vente du regretté Emiliano Sala… A chaque période des transferts, les techniciens terminent frustrés, pas contentés sur tous les postes ciblés et cela laisse de vraies traces.

La présence de Franck Kita

« Coach Vahid » a des soucis avec lui. René Girard, lors de son passage éclair, s’était aussi plaint du rôle joué par le fils du patron et directeur général délégué du FCN. Son père Waldemar à Paris au quotidien, le rejeton gère les affaires courantes. Est-ce parce qu’il applique à la lettre la politique controversée de son père que Franck est si peu apprécié des techniciens ? Est-ce du fait de son âge (36 ans cette année) et de son inexpérience dans d’autres clubs qu’on le discrédite ? Toujours est-il que l’intéressé n’a que rarement été l’ami des coaches. René Girard l’ayant même taxé « d’enfant gâté » au costume « trop grand pour lui ».

Le contexte général du club

Le contexte entourant les Canaris n’a jamais réellement offert un climat favorable à l’épanouissement d’un coach au FC Nantes. Encore plus après le départ de Der Zak en 2016. Les techniciens sont arrivés en plein conflit larvé entre les Ultras de la Brigade Loire et la direction (projet de stade, politique sportive, etc.), dans un club pas toujours très bien structuré (cellule de recrutement construite avec Monterrubio et Ayache, puis dissoute, puis reconstruite avec Eo et Chanelet sous Vahid Halilhodzic), avec l’ombre d’un centre de formation mythique à l’image difficile à redorer…

Ces dernières années, il a aussi fallu composer avec des difficultés importantes sur le terrain et en coulisses, avec beaucoup d’incertitudes sur l’effectif et avec plusieurs drames humains en fond (décès de Philippe Daguillon, disparition tragique d’Emiliano Sala). En empilant les facteurs, cela ne pouvait être que très compliqué…

Et même quand ça se passe bien…

Sur tous les coaches passés au FC Nantes ces dernières années, cela ne s’était vraiment bien passé qu’avec un seul : Sergio Conceiçao. Pourtant le Portugais n’a pas fait une saison complète. Fraîchement prolongé jusqu’en 2020 après avoir sauvé le club entre novembre 2016 et mai 2017, l’ancien milieu de terrain avait demandé et obtenu son départ après que le FC Porto soit venu toquer à sa porte.

Plus qu’un souci d’homme (Kita est resté proche de Conceiçao après avoir boudé quelques mois suite à son départ), c’est cette fois-ci le pedigree du club venu chercher le technicien qui a fait la différence. Porto offrait l’Europe à Conceiçao. C’était son « club de coeur » selon la formule consacrée et en prime cela lui permettait de revenir dans son pays plus près de son épouse malade. Sans doute la seule fois où on ne peut pas directement incriminer Kita pour le départ d’un coach…

Arnaud Carond