ASSE : Caïazzo et Romeyer racontés de l'intérieur
par Benjamin Danet
Décryptage

ASSE : Caïazzo et Romeyer racontés de l'intérieur

Ancien médecin de l'ASSE durant 37 ans, Guy Demonteil accorde depuis des semaines ses souvenirs à notre hebdomadaire, But! Sainté. Place, cette fois, à d'anciens présidents du club. Et aux deux toujours en place, plus de quinze ans après leurs venues : Bernard Caïazzo et Roland Romeyer.

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Henri Grange

Après Alain Bompard, un nouveau président. Qui n'a apparemment pas marqué positivement son séjour au club, président éphémère qui, dans les premiers jours de son mandat, m'a convoqué dans son bureau à Geoffroy-Guichard pour me dire : "Cher Docteur , je n'ai rien contre vous et je connais vos compétences (ça commençait mal), mais je pense honnête de vous informer que j'ai décidé de vous remplacer par un ami à moi, médecin également et qui est de ma région ". 

Bien...et qu'elle sera la date de mon départ ? 
-"Ce sera fin Décembre, pendant la trêve hivernale ".
-" Qu'il en soit fait selon votre Volonté Monseigneur ..."
Il n'a pas goûté mon humour apparemment. Mais, il a quitté la scène" pendant la trêve hivernale "et, moi, je suis resté dans mes fonctions. Nous nous sommes quittés sans nous saluer .

Thomas Schmider

C'est le seul président qui est venu se présenter et me saluer un matin à 8 heures dans mon bureau. Je l'ai rencontré par la suite à Nice, sur le terrain d'entraînement, alors que je rendais visite à mon ami Frédéric Antonetti, homme chaleureux et discret à la conversation intéressante .

Bernard Caïazzo

Un président chasse l'autre… L'ASSE a fait mieux : un président parti, deux de retrouvés ! Pour le médecin que j'étais, la difficulté fut de s'adapter aux discours de l'un et de l'autre. Bernard Caïazzo est difficile à comprendre dans ces exposés sur la santé des joueurs. Il mêlait les signes du Zodiaque aux médecines parallèles toutes aussi divergentes les unes que les autres. Mes connaissances médicales, et aussi humaines, avaient beaucoup de mal à s'y retrouver. J'essayais de lui expliquer, en termes nuancés, qu'il fallait distinguer les médecines parallèles du charlatanisme : vaste programme ! Avec lui, l'ésotérisme était roi. Mais encore fallait-il être vigilent car il parvenait à convaincre certains joueurs de privilégier des théories fumeuses aux thérapeutiques éprouvées depuis bien des années. Ce sont des discussions qui doivent cependant amener le médecin à une certaine modestie.

Son imagination était débordante sur tous les moyens et toutes les théories médicales. Il était très généreux dans sa manière de prodiguer ses conseils et de proposer des gourous plus ésotériques les uns que les autres. Il fallait user de la meilleure diplomatie, également d'une forte tolérance pour éviter, écarter, les mages les plus dangereux. J'étais devenu expert dans l'art de l'hypocrisie afin de protéger la santé des joueurs. D'ailleurs, je crois bien avoir transformé ce grave défaut en une exceptionnelle qualité ! De cette façon, je pense avoir joué dans le même registre que le président, mais avec moins de maestria

Roland Romeyer

Si Bernard Caïazzo montre une finesse toute latine, il n'en va pas de même de Roland Romeyer. Nous sommes, avec lui, dans le réalisme le plus profond, avec une sensibilité auvergnate de surcroît. Il faut lui reconnaître aussi ses qualités de chef d'entreprise. L'anecdote qui suit l'illustre...Nous étions dans des locaux provisoires au centre de formation. J'étais relégué dans un ancien vestiaire réservé antérieurement aux jeunes footballeurs amateurs. L'état des lieux m'a laissé pantois. J'ai eu l'outrecuidance de faire remarquer à Monsieur Romeyer que le médecin avait une poubelle et non pas un bureau médical. J'insistais sur l'impossibilité de pratiquer des actes de petite chirurgie, des injections de médicaments dans ce cloaque sentant les égouts. 

J'ajoutais que si des travaux de première nécessité n'étaient pas réalisés rapidement, je m'adresserais aux services de l'hygiène. J'en étais arrivé là car on faisait la sourde oreille. La réponse que m'a faite le Président mérite que je vous la relate : "Ici, vous n'avez rien à réclamer. Vous êtes un employé et c'est moi qui vous paie ! " Le ton était suffisamment élevé pour que les joueurs entendent ces inepties, puis la colère du président est retombée. Nous avons trouvé un compromis.
Enfin est venu le temps d'emménager dans les nouveaux locaux de l'Etrat. Bureau médical spacieux, placards fonctionnels, pharmacie sécurisée dont j'étais, enfin , le seul à posséder la clef. Et , oh luxe suprême, des prises électriques , téléphone et connexion internet. C'était le Nirvana !

Le temps est passé jusqu'à mon départ à la retraite mûrement préparé pendant les deux saisons précédente. Nous étions en Décembre 2008. J'ai dit toute ma sympathie au personnel de l'Etrat devant un buffet d'adieu organisé par mon ami Bernard Champion, discret et très efficace comme je l'ai toujours connu. Aucun Président n'était là...J'ai salué les joueurs dans la semaine qui précédait la trêve hivernale. Aucun Président n'était là…

ASSE : Caïazzo et Romeyer racontés de l'intérieur

Ancien médecin de l'ASSE durant 37 ans, Guy Demonteil accorde depuis des semaines ses souvenirs à notre hebdomadaire, But! Sainté. Place, cette fois, à d'anciens présidents du club. Et aux deux toujours en place, plus de quinze ans après leurs venues : Bernard Caïazzo et Roland Romeyer.

Benjamin Danet
Rédacteur
Benjamin Danet