ASSE : d'anciens présidents des Verts racontés de l'intérieur
Credit Photo - ICON SPORT
par Benjamin Danet
SOUVENIRS

ASSE : d'anciens présidents des Verts racontés de l'intérieur

Médecin de l'ASSE pendant plus de 31 ans (1977-2008), Guy Demonteil a accordé ses souvenirs à But! Sainté. Focus, cette fois, sur d'anciens présidents des Verts. Marquants ou pas...

Zapping But! Football Club ASSE : l'edito de Laurent Hess sur la gestion de l'espoir Bilal Benkhedim

André Laurent

Son arrivée fut fracassante car les propos des habitués de Geoffroy-Guichard, et de ses salons, annonçaient un nouveau Messie. "Vous allez voir. C'est un homme qui a de gros appuis. Il est beau, sympa. Il est toujours tiré à quatre épingles. Il a le bras long".

Il était adulé avant même d'avoir entrepris quoi que ce soit. A mon avis, il était nécessaire de lui faire confiance. Le club avait il un autre choix ? Ses interventions étaient fréquentes avec le personnel. Elles avaient essentiellement pour thème l'efficience, l'efficacité, la détection des freins dans l'entreprise et l'enthousiasme professionnel. Ses efforts de persuasion étaient louables, mais leur impact sur la totalité, voire la majorité d'entre nous, me rendait perplexe.
Durant les deux premières années de son mandat il semblait ignorer le rôle du médecin dans le quotidien du club. Probablement parce que j'étais trop discret ? Je n'avais pas de vie sociale, je ne pratiquais ni le tennis, ni le golf, et je n'obéissais peut-être pas aux critères habituels du médecin. Puis, l'un de ses amis, vice-président à l'époque, entama la conversation avec moi un jour de Coupe d'Europe. Le Président changeai alors d'attitude à mon égard : il me saluait cordialement et nous échangions quelques banalités. 

Progressivement s'est installée une cordialité inattendue suivie de conversations plus confidentielles sur les difficultés rencontrées au club. Ensuite, ce fut une invitation à dîner en tète à tète dans sa grande maison de l'Etrat. Bonne table, bons vins, conversation enjouée. J'étais conscient du modeste intérêt que je pouvais susciter. Qu'attendait-il de moi ? Je l'ai appris au dessert lorsqu'il m'a fait part de son intention de licencier un des kinés. A ma connaissance, il avait entretenu de bonnes relations avec lui. Alors pourquoi vouloir éloigner du staff médical un élément compétent au demeurant irréprochable sur le plan professionnel ? Pour quelle raison devais-je être partie prenante dans cette décision. J'ai précisé ma position en insistant sur la responsabilité que prenait le Président dans cette décision entièrement personnelle. La fin du repas a tourné court et la porte fut grande ouverte pour que je prenne congé, sans un mot !
Fin 1989, je décidais de passer à l'offensive au sujet de ma rémunération. En effet, si je percevais un modeste défraiement pour mes fréquents déplacements basés sur les indemnités kilométriques, je ne bénéficiais d'aucune augmentation de salaire de la part de mon employeur duquel je restais exclusivement salarié. Pourtant, il paraissait normal que j'assume, en plus de mon emploi, une permanence, non plus de deux heures par jour (sans compter les matches) comme il en avait été décidé en 1977, mais de quatre heures par jour. Je m'étonnais également de n'avoir aucune couverture sociale en cas d'accident les week-ends et les jours fériés. Je n'ai appris cette énormité qu'en 1989. Les organismes officiels (la Sécurité Sociale et autres ) m'ont expliqué que n'étant pas salarié de l'ASSE , je ne pouvais prétendre à aucune prise en charge. La chance sourit parfois aux imbéciles et aux naïfs. J 'étais les deux à la fois ...
Il fallait que ça change. Fort de mes arguments, je rencontrais le Président André Laurent un matin à huit heures devant un café. Je lui exposais mes revendications. La réaction fut orageuse. Comment pouvais-je demander une rémunération? Ça dépassait son entendement. Je l'informais de mon départ du club dès le lendemain. Le hasard est grand car le lendemain on m' avertissait que j'étais désormais salarié du club sans délai. Je suppose que tout simplement personne ne savait que j'étais bénévole depuis onze ans dans cette structure . Au début du mois de Janvier 1990, je partais en tournée avec l'équipe pour les Antilles. Le Président Laurent était présent. Nous avons "rompu la glace ". Bien plus tard j'ai appris par ses amis qu'il se félicitait de m'avoir embauché comme médecin du club. Merci Président. Après bien des années nous gardons une amitié sincère et solide .

Michel Vernassa

On oublie difficilement un homme de cet acabit : un visage de bull-dogue mécontent agrémenté d'un œil dédaigneux. Il semblait vous ignorer totalement quand il vous parlait à une distance de cinquante centimètres .
Notre première rencontre a eu lieu sur le parking, face au stade. C'était deux heures avant le match . Nous sortions de nos voitures au même moment. Je le salue, il ne me répond pas. Il enfile sa veste et me jette :"Il faut qu'on modifie votre statut (?). Vous êtes trop payé et on n'a pas besoin d'un médecin attitré au club. On se verra dans la semaine ." Je l'ai regardé franchir le porche du stade. Je n'ai eu aucune nouvelle de lui par la suite à ce sujet.
Nous avions des blessures dans l'équipe qui ne guérissaient pas. C'était des tendinites et des souffrances musculaires. Je cherchais toutes les solutions possibles. Parmi celles-ci, un contact avec le Docteur Müller-Wolfahrt, médecin du Bayern de Munich dont les méthodes méritaient mon attention. J'étais invité cordialement au Bayern pour découvrir les connaissances thérapeutiques de ce confrère réputé. J'obtenais le feu vert du Président pour me rendre en Allemagne, je préparais mon voyage.
Le jour du départ, aucune réservation de billet d'avion n'avait été faite. Monsieur le Président s'était opposé, la veille de mon départ, à ma mission sans daigner m'en avertir, au moins par l'intermédiaire de sa secrétaire. J'avais annulé mes rendez-vous à mon cabinet privé pour les trois jours à venir.… Alors, J'ai compris qu'il y avait, peut-être, dans cette attitude, la volonté de me" faire craquer " et, par conséquent, de donner ma démission. C'était mal me connaître car ce genre de magouille n'était pas dans mes conviction sur le respect que j'ai des autres. J'ai résisté par le silence, sans faillir à ma charge professionnelle. En octobre de la même saison sportive je décidais de passer à l'offensive. Je demandais un rendez-vous à la secrétaire personnelle du président, au sein même de la banque qu'il dirigeait. J'obtenais satisfaction et j'avais plaisir à envisager une explication d'homme à homme. Après avoir subi le cérémonial d'accueil suivi de l'attente dans le couloir du saint des saints, face à la porte directoriale pendant une demi-heure, madame la secrétaire particulière de monsieur Vernassa m'informe que "Monsieur le Directeur est à Paris" et qu'il ne l'a pas averti d'annuler mon rendez vous ! Voilà les souvenirs de quelqu'un que je n'estime pas. Mais il n'a pas été le seul dans ce monde pavé de mauvaises intentions. Je n'ai pas été meurtri par ces petits événements car j'avais appris, depuis dix-huit ans de pratique, à ne pas me faire d'idées sur la considération des autres. J'étais médecin. Et tant qu'on ne met pas en doute mes compétences, le reste m'importait peu.


Philippe Koëhl

Il a fait suite à Michel Vernassa au début de l'exercice 1996. Ex vice-président d'André Laurent, il a eu le mérite de baisser mon salaire de 10 % . Je n'ai pas réagi, ça l'a sans doute déçu, car il pouvait s'attendre à un coup de gueule, prélude à mon départ volontaire. Je savais que des nouveaux médecins étaient sur les "starting-blocks"pour me succéder. On ne pouvait pas me licencier pour incompétence ou erreur médicale (même si on n'est sûr de rien). C 'était ça ma force, mais bien la seule. Je suppose que ce président n'était pas très adapté au milieu très particulier qu'est le football professionnel. Preuve en est cette "causerie " dans les vestiaires quelques minutes avant un match dont j'extrais un passage révélateur : "Il faut absolument gagner ce match ! Faites le pour moi …" Je revois certains sourires narquois parmi les titulaires. La prière ne fut pas exaucée et la descente aux enfers se poursuivit ( nous étions en D 2 ).

Alain Bompard

Il voulait être président . Voilà ,il l'est !! Charmeur, sûr de son humour caustique et tout ce qu'il faut pour attirer la sympathie. Caricatural parfois et conscient de l'être et" professionnel" de la communication. C'est à la fois un automate aux articulations bien huilées (jusqu'aux mimiques ) et un séducteur confirmé .
A la suite de l'incendie total de mon cabinet privé (en avril 98) dont l'origine n'a jamais été clairement démontrée, j'ai eu droit à un salut empreint d'une gravité un peu théâtrale : il m'a tiré l'oreille comme l'aurait fait Napoléon pour un de ses Grognards ! Je suis resté perplexe devant une telle démonstration. Nos entrevues dans son bureau présidentiel étaient toujours agréables pleines d'humour. J'appréciais cet homme d'esprit .
En 2000, il y eut l'affaire des faux passeports qui a fait l'objet de perquisitions, l'une à mon cabinet et l'autre dans mon bureau de l'ASSE. J'ai dû me battre pendant deux longues années pour qu'on admette le "non lieu". Alain Bompard m'a réconforté par de bonnes paroles, mais sans insister, à ma connaissance, sur des arguments qui auraient pu me disculper plus rapidement Alain Bompard est parti en me disant qu'il n'y "avait plus d'argent dans la caisse ". Il ne m'a pas salué.
Nous avons passé de bons moments avec ce président. Un peu comme deux copains observateurs de la vie, amoureux des bons mots et des caricatures, poètes de quatre sous parfois. Peut-être pour chasser nos angoisses. J'ai plaisir à évoquer cette rencontre.

Pour résumer

Médecin de l'ASSE pendant plus de 37 ans (1977-2008), Guy Demonteil a accordé ses souvenirs à But! Sainté. Focus, cette fois, sur d'anciens présidents des Verts. Marquants ou pas pour tous les supporters de l'ASSE au travers du temps.

Benjamin Danet
Rédacteur
Benjamin Danet