ASSE-Débat : Le traitement réservé à Stéphane Ruffier vous choque-t-il ?
Stéphane RuffierCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
OPINIONS

ASSE-Débat : Le traitement réservé à Stéphane Ruffier vous choque-t-il ?

Nos journalistes Alexandre Corboz et Laurent Hess débattent sur la situation de Stéphane Ruffier à l'ASSE.

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Oui, beaucoup

« Sur le cas de Stéphane Ruffier, j'ai l'impression que l'AS Saint-Etienne tente d'abattre son chien en prétextant qu'il a la rage. J'ai toujours du mal quand une institution, si respectable soit-elle, s'acharne contre un homme. Le rapport de force est trop déséquilibré pour que le procès populaire ne soit pas déjà orienté. Autant je peux comprendre la rancoeur du club et de Claude Puel à l'égard de l'agent du Bayonnais Patrick Glanz, dont la sortie médiatique était d'une profonde bêtise et a mis le feu aux poudres. Autant je trouve que les Verts manquent vraiment de classe en cherchant par tous les moyens à salir l'image d'un gardien qui pèse quand même 383 matches avec le maillot stéphanois sur les épaules.

Aujourd'hui, on tente de faire passer Stéphane Ruffier pour une tête brûlée indisciplinée, qui nuit à l'image du club et mérite ce qui lui arrive. Une image qu'on vend de lui, facilitée par le fait qu'il ne s'exprime jamais, par méfiance vis-à-vis des médias. Depuis son arrivée en 2011 dans le Forez, je fais partie des rares privilégiés à avoir pu faire deux entretiens individuels avec le gardien basque. Plus que 95% des journalistes locaux suivant le club au quotidien.

En quatre heures de discussions, sur le football et pas seulement, j'ai eu face à moi un homme loin des clichés bourrus qu'il renvoit parfois. Je ne prétends pas être le spécialiste décryptage « es-Ruffier » mais mon ressenti était d'avoir à faire à quelqu'un de droit, d'entier, avec des principes forts, un peu écorché vif mais surement pas indiscipliné ni ingérable. Une personnalité plus complexe que le cliché du « paramilitaire décérébré » porté par l'humoriste Julien Cazarre et que beaucoup pensent être une réalité. Je rappellerai aussi qu’avant Claude Puel, aucun de ses entraîneurs ne s'est jamais plaint de lui (même s'il fonctionnait aussi parfois en autarcie avec son coach personnel et ami Fabrice Grange).

Oui, Stéphane Ruffier est sans doute têtu. Têtu d'avoir refusé toutes les opportunités de départ. Têtu de vouloir honorer jusqu'au bout un contrat que le club et lui ont signé en connaissance de cause. Têtu de ne pas s'être excusé publiquement au nom de son agent (ou de ne pas l'avoir congédié après cet incident). Mais j'ai le sentiment que la direction stéphanoise cherche le moindre « micro » prétexte pour l'éjecter à moindre coût en piétinant son image. Le procédé est tout simplement minable mais ce n'est que mon avis... »

Alexandre CORBOZ

Il ne me surprend pas

« Honnêtement, ce traitement de « défaveur » ne me surprend pas plus que ça. Après les déclarations de Patrick Glanz en février dernier, il fallait s'attendre à un retour de bâton. Et celui-ci est violent, c'est vrai. Mais les déclarations de Glanz l'étaient aussi. Voir un agent critiquer de cette façon un coach, un club, crier au scandale là où il n'y en avait pas parce que Ruffier ne faisait plus un arrêt à ce moment là... j'avais trouvé ça lamentable, scandaleux.

Je me souviens avoir eu cet agent au téléphone il y a quelques années. Il m'avait appelé parce que j'avais écrit quelque chose qui lui avait déplu, en me volant dans les plûmes avec un manque de respect notoire. Ses envolées médiatiques à l'encontre de Claude Puel ne m'ont donc pas surpris. Ruffier les paye cash. Vu ses états de service, voir le club le traiter de la sorte peut être choquant. On sent depuis longtemps que le moindre écart ne lui sera pardonné, qu'il sera utilisé pour le pousser vers la sortie, lui et son gros salaire, lui et son fichu caractère, lui qui ne se sera jamais excusé auprès de Puel. Cette « gué-guerre » est minable, évidemment. Elle ne profite à personne. C'est une triste fin, regrettable, vraiment pas classe. Mais ce scénario, les dirigeants ne l'ont pas écrit à eux seuls. Quand Ruffier est venu dans les bureaux, l'hiver dernier, dire : « Pas de problème, faite moi mon chèque et je pars », l'idéal aurait été de le prendre aux mots. Cela aurait évité ce feuilleton dont personne ne sortira grandi. »

Laurent HESS