ASSE – Exclu BUT : Milla, Moravcik, Herbin, Larqué, Casino... l'ancien président André Laurent remonte le temps
Herbin et LaurentCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
CONFIDENCES

ASSE – Exclu BUT : Milla, Moravcik, Herbin, Larqué, Casino... l'ancien président André Laurent remonte le temps

Chez lui, sur les hauteurs de L'Etrat, André Laurent (82 ans) est revenu sur ses dix années à la présidence de l'ASSE (de 1983 à 1993). Il s'est aussi confié sur l'actualité de son club de cœur. Deuxième extrait de son interview accordée à But ! Saint-Etienne.

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But ! : André, Roger Milla a joué un grand rôle dans la montée en D1...

André LAURENT : Il a marqué une trentaine de buts. On n'avait pas de buteur. C'est le président de Valenciennes qui m'avait conseillé Milla. Il m'avait donné son numéro. Je l'avais appelé pendant un mois, tous les jours. Je ne l'avais jamais eu et pourtant, un jour, il est venu me voir à Geoffroy-Guichard. Il venait d'arrêter sa carrière, de rentrer au Cameroun, mais il avait envie de rejouer. On a discuté et il m'a dit : « Ok, je signe mais à une condition : je veux avoir le plus gros salaire ». Je lui ai dit oui et je lui ai donné exactement le même salaire que Castaneda. L'été suivant, je regardais la télé chez moi et Louis Nicollin avait annoncé sa signature à Montpellier. Dès le lendemain, je lui avais envoyé une lettre recommandée pour lui rappeler que Milla avait encore un an de contrat chez nous et que s'il voulait l'avoir à Montpellier, il fallait nous verser un transfert. Il n'avait pas négocié, finalement, et Milla était resté. Mais Kasperczak avait fait venir Kurbos pour anticiper son départ, et les deux joueurs ne s'étaient pas très bien entendus.


Le retour en D1 avait boosté les finances ?

On avait travaillé sur le moyen-long termes. Pour construire, il faut avoir les moyens humains et financiers. Il fallait trouver les ressources. Car en droits télé, on avait 0, en subventions municipales O aussi. Et les recettes guichets, c'était 35% du budget. C'est là que j'ai créé le Club des sponsors et le Club VIP. Aulas est venu me voir plusieurs fois pour s'en inspirer à Lyon. Ce brassage entre les acteurs économiques n'existait pas avant. Mais pour aller plus haut, il fallait que Casino devienne sponsor maillot. Il ne l'avait jamais été. En plus, j'avais une très bonne relation avec Pierre Guichard, le président d'honneur de Casino. Avec Jean Snella, l'apotre du football, l'homme qui posé toutes les fondations de l'ASSE, Pierre Guichard est l'homme que j'ai le plus admiré. Il m'a beaucoup encouragé. Quand Casino a accepté de devenir sponsor, j'ai été convié par le groupe à intervenir lors de sa grande réunion annuelle. C'était la condition qui m'avait été proposée, je n'avais pas pu dire non. Après Pinault et Lagardère les années précédentes, j'avais pris la parole devant 500 membres du groupe. Je crois n'avoir jamais été aussi stressé que les jours précédents ce discours. Le lendemain, Casino signait le contrat. Là, on était vraiment structurés.

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« Derrière Herbin il y a eu Sarramagna, Santini. Mais on n'a jamais pu retrouver l'osmose qu'il y avait avec Kasperczak. On avait pourtant plus de moyens »

Mais Kasperczak a quitté le club...

Ce n'était pas ma décision mais celle de Casino. Yves Guichard avait imposé Robert Herbin. Je m'étais battu trois mois. La première année avec Herbin, on a fini 4e. Kasperczak avait créé une dynamique, on était sur l'élan. Mais après, ça s'est dégradé. J'ai beaucoup d'estime et une grande admiration pour Herbin. C'était mon voisin, ici, à L'Etrat. Mais avec les joueurs, c'était un peu difficile. Un garçon comme Rob Witschge ne jouait pas beaucoup alors qu'il était international hollandais... Derrière Herbin il y a eu Sarramagna, Santini. Mais on n'a jamais pu retrouver l'osmose qu'il y avait avec Kasperczak. On avait pourtant plus de moyens.

Récemment, dans But ! Saint-Etienne, Lubomir Moravcik regrettait que Jean-Michel Larqué ait poussé Sylvain Kastendeuch vers la sortie. Et votre départ aussi...

Je sais. J'ai lu. J'ai énormément d'estime pour Lubo. J'en ai aussi pour Kastendeuch. Je suis resté en contacts avec eux. Lubo, je l'ai découvert à San Siro, pendant la Coupe du monde 90 en Italie. Bosquier m'avait emmené avec lui. C'était contre l'Allemagne. Lubo avait été très bon mais il s'était énervé après une décision de l'arbitre et sa chaussure était partie en direction de l'arbitre, qui l'avait expulsé. Il avait beaucoup de talent et beaucoup de caractère.

« Georges Plassat, à la tête de Casino, souhaitait très vivement se défaire d'Yves Guichard. Il connaissait son niveau d'incompétence. Et le seul moyen qu'il avait trouvé pour le détourner de Casino, c'était de le mettre à la tête de l'ASSE »

Avec quels autres joueurs êtes-vous resté en contacts ?

Avec Gérald Passi, Tony Kurbos, Chillet qui habite en bas de chez moi, Cyprien, Bell. En revanche, je n'ai plus de liens avec Ribar, Daniel, Bellus, les frères Clavelloux. C'est dommage. Je sais qu'ils considèrent que je les ai trahis, que je les ai abandonnés. Mais ce n'est pas moi qui ai décidé.

Casino vous a ensuite poussé vers la sortie pour placer Yves Guichard. Est-ce un souvenir douloureux ?

J'avais ressenti une vraie souffrance en quittant l'ASSE, oui. Ces gens n'étaient pas là quand l'ASSE était dans le trou en 83, quand il avait fallu imaginer un nouveau projet. Mais là, on avait une équipe, on avait de l'argent. Et les néfastes se sont manifestés autour d'Yves Guichard, le fils de Piere Guichard. Autant son père m'adorait, autant lui me détestait. Georges Plassat, à la tête de Casino, souhaitait très vivement se défaire d'Yves Guichard. Il connaissait son niveau d'incompétence. Et le seul moyen qu'il avait trouvé pour le détourner de Casino, c'était de le mettre à la tête de l'ASSE. Quand il m'a annoncé sa volonté, je lui ai dit oui, mais dans un premier temps nommez le vice-président pour que je puisse lui montrer le rôle ». Il m'a répondu : « C'est une bonne idée mais non, je sais qu'il ne réussira pas ».

Jean-Michel Larqué était arrivé à ses côtés...

Larqué, on sait tous comment ça s'est passé, Téléfoot etc... Ce que je sais, c'est qu'il était lâche. Un témoin m'avait rapporté qu'un jour, pour un ASSE-Marseille, il avait prétexté une absence. Il avait dit qu'il était parti superviser un joueur à l'étranger car il était sûr que ça allait mal se passer. Mais en fait il avait regardé le match à la télé et comme l'ASSE avait gagné, il était vite venu à Geoffroy-Guichard pour se montrer. Après, son bilan comme directeur sportif parle de lui-même : le club a perdu dix ans...

Et le vôtre ?

Mon bilan ? Je suis satisfait de mon travail. De notre travail plutôt car c'était un travail d'équipe. Et de ce que j'ai laissé aussi. J'avais fondé l'UCPF, le syndicat des présidents, avec Aulas et Le Graët comme vice-présidents, avec Jean-Louis Piette du Matra. Là aussi on avait une belle équipe.
 

PS : Retrouvez un 3e et dernier extrait de l'interview d'André Laurent demain sur notre site à 15h.