ASSE - EXCLU BUT! : Rocher, Herbin, l'épopée, le médecin historique des Verts raconte
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par Benjamin Danet
Témoignage

ASSE - EXCLU BUT! : Rocher, Herbin, l'épopée, le médecin historique des Verts raconte

Chaque semaine, désormais, vous pourrez découvrir dans But! Sainté les souvenirs du légendaire docteur de l'ASSE, Guy Demonteil, arrivé au club en novembre 1977. Début de l'histoire et de sa relation avec l'emblématique Roger Rocher.

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"C'est à l'âge de 23 ans que je commençais mes études de médecine. Sept ans plus tard, en 1970, j'étais enfin médecin et je m'installais à Chazelles-sur-Lyon dans la Loire. La médecine générale était ma raison de vivre, jusqu'au jour où je décidais de m'inscrire dans une spécialité peu connue qui était la "médecine de rééducation et de réadaptation fonctionnelles". Son exercice exigeait trois ans de formation en centre hospitalier à Lyon, avec un examen final national à Paris, que j'ai réussi avec bonheur et fierté.

À n'en pas douter, le destin m'était devenu favorable car je recevais un jour une invitation à une "journées portes ouvertes", dans une clinique chirurgicale de Saint-Etienne. Les chirurgiens Charles Picault et Jean-Claude Imbert cherchaient alors un médecin rééducateur et huit jours après ma visite, je recevais une proposition d'embauche à temps partiel. Le 1er octobre 1976, je quittais donc la médecine générale pour exercer ma spécialité dans cette clinique à temps plein.

Pour orienter mes compétences vers les pathologies cliniques sportives, je décidais eu après de passer de nouveaux diplômes tout en continuant à travailler à la clinique. Je m'inscrivais en capacité de médecine du sport, à Lyon, puis ce furent d'autres diplômes tels que la vertébrothérapie et la traumatologie du sportif. La formation continue et la pratique de terrain m'ont ainsi peu à peu amené à être compétent dans les pathologies de l'appareil loccomoteur du sportif. Mon expérience en médecine générale était également bien utile.

C'est ce même destin qui me propulse le 1er octobre 1977 au stade Geoffroy Guichard. Sans ne rien connaître au milieu du football, avec pour tout bagage, quelques diplômes et une expérience en médecine générale. Le médecin que je suis possède une ignorance "crasse", donc scandaleuse, pour tout ce qui se rapporte au milieu professionnel et amateur du ballon rond. A Saint-Etienne, vous imaginez...Qu'est-ce que je suis venu faire dans ce glorieux club ? Pourquoi ai-je accepté la proposition du président Roger Rocher, que je ne connaissais absolument pas – pas plus d'ailleurs que quiconque touchant de près ou de loin ce club prestigieux ? Par quel miracle suis-je resté trente et un ans dans cette planète aussi éloignée de ma culture et de mes occupations professionnelles ? Enfin, comment ce milieu m'a-t-il accepté alors que mon arrivée fût marquée par une hostilité méprisante ? Je n'étais pas, à l'évidence, sur la même terre qu'eux.

 

"Quelques semaines après, ma secrétaire surgit tout émue dans mon bureau pour m'annoncer que Monsieur Roger Rocher voulait me parler au téléphone. À voir sa mine grave, je supposais qu'il s'agissait d'un personnage important. Une voix forte fit vibrer l'écouteur en disant : "C'est Roger Rocher"..."Oui. Bonjour Monsieur..."

 

 Pour revenir au président Roger Rocher, il faut remonter à l'année 1976, quelques mois avant mon arrivée au stade. J'exerçais alors ma spécialité en clinique chirurgicale orthopédique stéphanoise en qualité de vacataire. La plus grande partie de mon temps était réservée à la médecine générale. Je sillonnais les rues de Chazelles-sur-Lyon et ses chemins de campagne environnants. Un matin, j'allais travailler à la clinique lorsque j'aperçus un chien ressemblant au Milou de Tintin qui trottinait sur le pont de la voie rapide jouxtant la clinique. Cet animal portait un manteau vert avec aisance. Intrigué, j'en parlais aussitôt à ma secrétaire, qui avec un regard plein de reproches, me précisa qu'il s'agissait d'une mascotte de l'équipe des Verts ! C'était apparemment évident...

Quelques semaines après, ma secrétaire surgit tout émue dans mon bureau pour m'annoncer que Monsieur Roger Rocher voulait me parler au téléphone. À voir sa mine grave, je supposais qu'il s'agissait d'un personnage important. Une voix forte fit vibrer l'écouteur en disant : 
"C'est Roger Rocher"..."Oui. Bonjour Monsieur?"

"J'ai besoin d'un médecin comme vous pour suivre les professionnels et le Centre de formation à Geoffroy Guichard. Ca vous intéresse?" Curieux de connaître les raisons qui provoquaient cette proposition, je lui expliquais qu'un contrat d'exclusivité me liait déjà à mon employeur et que je ne pouvais pas exercer ailleurs qu'à la clinique. "J'en fais mon affaire," dit-il en claquant furieusement le combiné. Fin de la conversation.

Mais quel est donc ce personnage ? Ma secrétaire me renseigne alors sur les exploits de l'équipe des Verts en 1976 et sur ses personnages mythiques : Roger Rocher, Robert Herbin et Pierre Garonnaire, nimbés de la lumière bienveillante de Jean Snella.
Le jour même tous les employés de la clinique ont su que Roger Rocher avait téléphoné au nouveau médecin, je croisais vite des regards interrogateurs et, pour certains, marqués de perplexité. Intrigué, je l'étais aussi, sans plus, et j'oubliais l'incident.

Une semaine après ce premier contact, Roger Rocher m' informe, sans plus d'explication, que mon employeur donnait un avis favorable à cette nouvelle fonction supplémentaire à l'ASSE. Le Directeur administratif des Verts ayant souhaité que je prenne mes fonctions au club sans tarder, un arrangement a été conclu entre le Club et mon employeur...sans que j'en sois averti ! En ce qui me concerne, je n'ai pas vu de changement sur ma feuille de paie...

 

"Robert Herbin m'a salué du bout des lèvres sans me serrer la main. Seul Pierre Repellini est entré dans mon bureau. Il m'a souhaité la bienvenue. Il m'a parlé de ses petits problèmes d'un ton jovial et il est monté plusieurs fois sur la grosse bascule fourbue et indigente qui était en face de moi."


Intrigué et amusé par la tournure des événements, j'acceptais de jouer le jeu. Cependant, des questions ne trouvaient pas de réponse, notamment celle-ci : sur quels critères médicaux et éventuellement sportifs le choix de Roger Rocher s'était il arrêté pour me solliciter ?
Mon attirance pour le sport se résumait à la spéléologie, la course de demi fond et le tir à l'arc. J'ignorais tout du football et de l'ASSE ! Mes compétences s’arrêtaient à la médecine générale et à l'orthopédie médicale. Au début du mois de novembre 1977, Roger Rocher me présentait à tout le staff sportif et technique de l'ASSE dans les salons de Geoffroy-Guichard. J'apprenais que le président me tenait en grande estime et qu'il voulait le faire savoir. Ses louanges ne me rassuraient pas pour autant. Il fallait aussi qu'il justifie sa décision de remplacer mon confrère prédécesseur, le docteur Poty, salarié du club, médecin du Sport, très médiatisé et très engagé politiquement Ce médecin connu, et estimé, serait donc remplacé par un inconnu très récemment stéphanois ? Impensable !

Les présentations furent rapides et les joueurs peu curieux de savoir d'où je sortais. Peut être que la perspective d'un déjeuner reconstituant (il était 12h30) après un entraînement solide expliquait leur manque de curiosité ? Cela m'arrangeait bien.
Je suis sorti de cette réunion perplexe, mais pas impressionné. J'allais, en quelque sorte, soigner des sportifs professionnels de haut niveau, des stars du ballon rond, en général en bonne santé. Moi qui passais ma vie à détecter des maladies de toute sorte et de toute gravité...Comme tous les médecins de mon époque, j'étais formé exclusivement à la connaissance des maladies et de leurs souffrances. Ma raison professionnelle était de remettre les malades sur pieds, de les soigner et, quelques fois, de les guérir. On ne parlait pas de prévention, c'était hors convention pour la Sécurité Sociale, à ma connaissance..

A la mi-novembre 1977 j'entrais dans le Saint des Saints du club. C'est à dire dans les vestiaires et les salles de soins. C'était impressionnant de modernité : sauna, piscines, bains bouillonnants, salle de massages et d'autres matériels ultramodernes pour l'époque. Mon bureau, par contre, était loin de ressembler à un cabinet de consultations : saleté repoussante, détritus variés, odeur d'étable, placards aux portes défoncées. Aucun dossier médical. Le matériel médical indigent n'aurait même pas pu servir au docteur Schweitzer à Lambaréné ! J'ai vite compris que le médecin était le parent pauvre, très pauvre du système de santé d'un club pourtant prestigieux. Alors, j'ai fait le pari de résister à cette malversation, car c'en était une, au moins jusqu'à la fin de la saison.
J ai débarrassé moi même les décombres, réparé la table d'examen et rafistolé le bureau et le placard aux produits toxiques. J'ai demandé aux préposés au nettoyage de faire le ménage de fond en comble. J'ai apporté mon matériel médical personnel et je suis venu, les jours suivants, pour côtoyer en toute discrétion les joueurs et l’entraîneur.
Certains m'ont salué, d'autres ignoré ostensiblement. Robert Herbin m'a salué du bout des lèvres sans me serrer la main. Seul Pierre Repellini est entré dans mon bureau. Il m'a souhaité la bienvenue. Il m'a parlé de ses petits problèmes d'un ton jovial et il est monté plusieurs fois sur la grosse bascule fourbue et indigente qui était en face de moi. Ses galéjades m'ont donné un peu de soleil.
Ce fut le seul contact chaleureux qui me fut accordé. J'en garde encore reconnaissance à Pierre Repellini. Insensiblement, les joueurs blessés sont venus me consulter directement, de leur propre chef; avec rigueur et détermination. J'informais aussitôt Robert Herbin de mon diagnostic et du pronostic. Mais je n'avais aucune question, ni aucun commentaire, de sa part. Seuls les kinés avaient le privilège d'informer l’entraîneur et de répondre à ses interrogations. L'hostilité silencieuse est une torture voire une insulte à mon égard et, en cas de problème, j'étais le seul responsable devant la loi. Mon prédécesseur avait de nombreux amis dans les vestiaires et en particulier Herbin. Je comprenais,enfin, dans quel guêpier je m'étais fourré....

Pour résumer

Chaque semaine, désormais, vous pourrez découvrir dans But! Sainté les souvenirs du légendaire docteur de l'ASSE, Guy Demonteil, arrivé au club en novembre 1977.

Benjamin Danet
Article écrit par Benjamin Danet