ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Ce n’est pas comme une égratignure, ça ne guérit pas tout seul »
Claude PuelCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
ANALYSE

ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Ce n’est pas comme une égratignure, ça ne guérit pas tout seul »

Didier Bigard revient sur le bon derby livré par l'ASSE à Lyon malgré la défaite, sur les choix de Claude Puel, et sur les manques actuels de son effectif, encore pénalisants à Décines...

« Rudi Garcia se méfiait, il avait raison. En luttant contre l’idée « dangereuse » qui coulait entre Rhône et Loire « Tout le monde pense qu’on a déjà gagné », il ne cherchait pas d’excuse anticipée à un improbable relâchement de ses joueurs, mais bien à les mettre en garde contre un homme, Claude Puel : « Il n’est jamais meilleur que dans la difficulté. Vous pouvez compter sur lui pour motiver ses troupes ». La situation de l’ASSE, de son coach, dans le dur après cinq défaites consécutives, était une évidence. La prédiction sur la capacité des Verts à redresser la barre laissait plus songeur. Garcia ne se trompait pourtant pas. L’exploit a longtemps été à la portée des crampons des Foréziens et plus encore de Bouanga. Comme l’an dernier, pour sa première à Geoffroy-Guichard, Puel a surpris en plaçant Camara en défense, en préférant Abi à Hamouma. Il ne lui a manqué qu’un Kadewere. Lui doit faire sans buteur quand l’OL les empile, y compris sur le banc.

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« Plus le droit de descendre au-dessous d'un certain niveau »

Le problème est connu, la solution inconnue. Alors Puel bricole, mise sur l’empirisme plus que sur l’application des préceptes inculqués dans les stages d’entraîneur. Il invente, place et déplace ses attaquants, ses milieux, ses défenseurs, joue sur le collectif sur l’investissement de tous plus que sur le talent d’individualités qui n’en ont pas toutes. Nous n’allons pas une nouvelle fois lancer une revue d’effectif qui ferait remonter le temps du recrutement et ne serait qu’une litanie de reproches et de regrets. De petites lumières ont percé sur le stade qui n’en porte plus le nom et on ne contredira pas Puel quand il estime que son équipe « a su être à la hauteur, a su bouger Lyon, a été entreprenante, a produit du jeu » et a même « malmené cette formation lyonnaise ». On veut bien admettre aussi que « l’ASSE était plus près de la victoire que l’OL » , mais c’est dans le vestiaire lyonnais que les caméras ont filmé le cri de joie des vainqueurs. Dans un derby, plus encore, « seul le résultat compte » a asséné Anthony Lopes dont Puel a relevé « les bons arrêts » sans dire que Moulin n’a pas fait le bon. Son entraîneur a même préféré pointer « un manque d’attention sur le coup-franc » du premier but... La critique sera sans doute plus pointue lors de la prochaine séance vidéo. Les jalons du discours sont posés, ceux de l’exigence du club « On se doit de répondre présent et on n'a plus le droit de descendre au-dessous d'un certain niveau. Il faudra aller chercher les points ».

Les bons sentiments ne font pas gagner

Ce n’est pas la perspective plus lointaine d’une Ligue1 à dix-huit clubs qui inspire le calcul, ni même la crainte d’un plan social comme celui qui se prépare à Bordeaux, mais bien une obligation de résultats pour sortir d’une zone très orangée, avec seulement deux points d’avance sur Nîmes, le 18ème. Personne ne doute de la volonté des joueurs ni sous ce maillot ni sous un autre, et comme l’explique Laure Boulleau, un sentiment d’impuissance peut parfois gagner tout un groupe sur le terrain. On veut bien croire aussi, avec Puel, que c’est une perte de confiance engendrée par les blessures qui a effiloché le jeu stéphanois après un bon début de saison. Mais les bons sentiments ne font pas gagner. C’est ce qu’on a compris dans le monde de la Formule 1, raconté dans un documentaire sur Netflix. On y voit Rich Energy qui devait apporter 60 millions de dollars casser l’accord devant les mauvais résultats de l’équipe. On y entend Gene Haas lancer à son directeur d’écurie « Chaque course est un test, on verra comment tu passes celui-là ». Et ce dernier se tourner vers les pilotes : « Si je pouvais décider, je les virerais tous les deux. Il faut agir. Ce n’est pas comme une égratignure, ça ne guérit pas tout seul ». Est-ce si différent dans le football ? »

Didier BIGARD