ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Il n’y a pas que l’argent pour donner des émotions »
Romain Hamouma, Denis Bouanga et Yvann MaçonCredit Photo - Icon Sport
par Raphaël Nouet
OPINION

ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Il n’y a pas que l’argent pour donner des émotions »

Ancien responsable des Sports au “Progrès”, Didier Bigard apporte son expertise sur l’actualité des Verts. Cette semaine, il revient sur l'historique victoire à Marseille et sur le feuilleton Wesley Fofana.

Sur son compte Twitter, où il est déjà de retour, Wesley Fofana a liké les propos de l’entraîneur de Leicester, Brendan Rodgers, confirmant son envie de le recruter. Le feuilleton n’est donc pas terminé et le forfait de dernière minute du défenseur stéphanois à Nantes a alimenté les doutes. Claude Puel a voulu les lever en expliquant : “Il avait mal au genou et, dans l’enchaînement des matches, c’est difficile, donc il n’était pas apte ce soir”. Mais pas sûr qu’il ait convaincu tout le monde.

VOIR AUSSI : TOUTE L'ACTUALITÉ DE L'AS SAINT-ETIENNE

Le forfait de Fofana donne de l’écho à ses propos sur sa valeur future

Ce qui est vrai, c’est que cette blessure invalidante ou inconsciente amplifie dans le bon tempo l’écho des propos de Fofana, dix jours plus tôt dans “L’Equipe”. Le gamin y donnait un véritable cours d’économie aux actionnaires, péremptoirement résumé par un “Quand les sous sont là, il faut les prendre”. Le raisonnement était d’une simplicité simpliste qui a dû toucher tous les boursicoteurs du ballon : “Qui peut garantir que je vaudrai 40 ou 50 M€ (plus tard) ? Qui a été vendu à ce prix sans jouer la Ligue des champions et sans être international ? Personne. Tous les clubs sont affaiblis par la crise sanitaire. De plus, dans un an, ce sera quasiment impossible pour un joueur comme moi d’aller en Angleterre à cause du Brexit”.

C’était une belle projection politico-économique étayée par l’expérience médico-sportive de Saliba. “William a très bien fait de signer directement à Arsenal l’été dernier. Vu sa saison galère après, il n’aurait plus la même cote aujourd’hui. Il peut m’arriver la même chose”. Il appelait ses dirigeants à bien réfléchir. Son absence sur la pelouse de la Beaujoire alimente la réflexion.

Une place de leader qui ravive de bons vieux souvenirs

De là à ébranler la détermination de Claude Puel ? Pas sûr si on saisit bien son message envoyé avant le déplacement à Marseille : “Je n’ai jamais fait de concessions dans mon métier. J’ai gardé mon fil conducteur et mon honnêteté intellectuelle… Il y a tellement de pression sur les entraîneurs que certains peuvent avoir tendance à lâcher des choses. Tu risques de te renier et ça, ce n’est pas possible”.

Ce n’est pas après 601 matches à ce niveau qu’il va renoncer à ses principes et à une politique qui vient de se renforcer en quatre journées, trois victoires, un nul et une place de leader qui ravive de bons vieux souvenirs. Attention, pas question de s’enflammer comme certains l’ont fait à l’OM après le succès à Paris, ce qu’avait relevé le consultant de RMC Jonathan MacHardy : “Mettre en avant le truc “C’est Marseille bébé” dans les tribunes, c’est dramatique. Tu fais un truc génial et tu en rajoutes une couche… Tu n’avais pas besoin de tomber dans cette démagogie”.

Si le service com’ de l’A.S.S.E. a embrayé avec son “C’est Sainté, bébé”, on a donc préféré l’appel au calme de Puel et de ses cadres, tel Jessy Moulin après la victoire au Vélodrome (“On regarde ce qu’on a fait et ce qu’on pourra améliorer le prochain match”) ou dimanche à Nantes (“C’est une équipe rajeunie, mais qui a encore beaucoup de progrès à faire… Il y aura des moments encore plus durs. Il faut vite apprendre”). Ce retour au terrain rappelle qu’il n’y a pas que l’argent dans le sport, contrairement à ce que voudraient quelques mauvais maquignons qui ne vivent du ballon que lorsqu’il sort du jeu. On préfère les émotions du terrain, comme celle de Puel dimanche : “Je félicite mes joueurs parce qu’ils ont tout donné dans des conditions difficiles. On a essayé d’être acteurs, de jouer notre jeu, d’entreprendre quand on le pouvait”. Ou celle de Denis Bouanga : “Il y a un vrai état d’esprit dans cette équipe depuis le début. On ne lâche rien, on se bat les uns pour les autres, il ne faut pas changer cela”.