ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Les actionnaires ne peuvent pas faire n’importe quoi »
Bernard CaiazzoCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
VENTE

ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Les actionnaires ne peuvent pas faire n’importe quoi »

Cette semaine, Didier Bigard évoque la vente de l'ASSE, à travers le désengagement de King Street aux Girondins de Bordeaux...

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 « C’est la leçon de la semaine. Aussi riches, aussi puissants, influents soient-ils, les propriétaires et présidents de clubs ne peuvent pas faire n’importe quoi. Les supporters leur ont rappelé avec force et surtout conviction en balayant en moins d’une journée le projet de Super Ligue que ces intellectuels de la haute finance avaient mis des années à construire. Ils avaient cru remporter le gros lot avec l’aide d’une multitude de cabinets d’experts et de conseils qui sont finalement les seuls gagnants à ce qui ressemble à une loterie de vente par correspondance, un de ces jeux où il faut bien lire les petites lignes en bas de la page. Les fans des clubs anglais ont sorti la loupe pour leur mettre sous le nez ce qu’ils avaient zappé avant de parapher des promesses de sable.

Les Américains qui manient les milliards des fonds d’investissement ont cru qu’on pouvait faire un copié-collé entre les Etats-Unis et l’Europe entre un sport spectacle et le sport synonyme d’incertitudes au delà de tous les fruits sortis de l’imagination des plus grands maîtres du suspense. Une autre façon de concevoir un spectacle, vivant. On peut leur pardonner, même si c’est loin d’être l’avis des supporters de Manchester qui réclament le départ des propriétaires américains de United.

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On joue au football, on ne joue pas avec

Avec le réalisme qui conduit leurs affaires, au moins ont-ils rapidement rebattu les cartes, fait tapis à défaut d’avoir appréhendé plus tôt le poids de l’Histoire que la rue leur a crié, bien au delà des ultras. C’est tout un monde d’authenticité qui a fait bloc pour rappeler qu’on joue au football mais qu’on ne joue pas avec.

Plus près de nous, les Marseillais avaient aussi fait entendre leur voix, celle du changement dont Frank McCourt ne doit pas se plaindre, celle que les dirigeants de King Street n’ont pas écoutée  à Bordeaux. Eux, ont imaginé jongler avec un maillot comme avec des actions, tels des joueurs qui confondraient Instagram et stade. Le haut niveau demande plus de rigueur aux premiers dans leur administration, aux seconds dans leurs prestations. Et quand les deux plongent dans la médiocrité, c’est un Bordeaux piquette qui est servi... ou des Verts pâles qui coulent dans un chaudron que seul le soleil réchauffe.

On arrêtera le parallèle entre actionnaires des deux clubs. A Bordeaux, ils ont fui quand, à Saint-Étienne, on leur reproche de s’accrocher. Bernard Caïazzo aura d’ailleurs beau jeu de répéter « Heureusement qu’on n’a pas vendu à Peak 6 » et Roland Romeyer de justifier sa recherche d’investisseurs plus terroir qu’exotiques. Personne n’est obligé de les suivre dans leur raisonnement... Les deux avancent leur sens des responsabilités que le président du Conseil de surveillance affiche en dénonçant le projet de Super Ligue tandis que celui du Directoire auditionne des candidats à la reprise. Hélas, difficile d’effacer les erreurs qui ont conduit le club à lutter pour le maintien. Parce qu’ils ont parfois oublié, eux aussi, que le football est d’abord affaire de footballeurs, pas un marché où on peut vendre sans compter et compter quand on achète.

Garcia, Sablé, Gasset, Printant, Puel: les deux dirigeants qui ont beaucoup navigué à vue peuvent méditer sur une vérité énoncée par Jérémy Clément dans ces colonnes  « On a beau être le meilleur entraineur, ce sont les joueurs qui sont sur le terrain. Avec Zidane, Mourinho, ou Klopp, est-ce que Bordeaux serait premier du championnat ? » Ce n’est pas Jean-Louis Gasset qui démentira l’ancien Vert. A l’ASSE, il l’avait prouvé  en exigeant des renforts, il en fait encore la démonstration, mais par l’absurde, aux Girondins. Un peu comme Claude Puel avec ses jeunes au talent trop inconstant, surprenants à Paris, décevants face à Brest. Pas très engageant pour des actionnaires mais une bonne raison pour ne plus faire n’importe quoi. »

Didier BIGARD