ASSE - le rendez-vous de Didier Bigard : « Les entraîneurs sont des génies... quand ils arrivent »
Puel, avec KovacCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
ANALYSE

ASSE - le rendez-vous de Didier Bigard : « Les entraîneurs sont des génies... quand ils arrivent »

Cette semaine, Didier Bigard évoque l'actualité de l'ASSE et des déboires de Claude Puel à travers en s'appuyant sur les cas de nombreux autres techniciens actuels ou anciens de L1.

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« Cette fois les Marseillais tiennent leur grand entraîneur. Vous ne le connaissiez pas trop jusqu’à ce qu’on en parle en Provence, c’est normal. Non pas qu’il soit discret, mais ses résultats n’ont pas toujours suffi à en faire un top manager jusqu’à ces dernières semaines. Sampaoli avait certes remporté la Copa America avec le Chili en 2015, un pays dont les talents avaient conquis Geoffroy-Guichard en 1998. Il avait conduit Séville au sommet de l’UEFA, mais la France avait aussi sonné le glas de ses espoirs à la tête de la sélection argentine, démis de ses fonctions après la défaite face aux Bleus en juillet 2018. Bref un parcours comme en connaissent bien des techniciens, faits de hauts et de bas, de très hauts même pour lui qui avait été élu meilleur entraîneur sud-américain en 2015 et parmi les trois finalistes au titre de meilleur entraîneur au monde! On peut comprendre que les Marseillais s’emballent, eux qui aiment la couleur et un langage fleuri. D’accord, ce n’est pas la première fois qu’ils espèrent la lune. Bielsa avait été leur héros au regard fuyant et que dire de son opposé en terme de communication. Villas-Boas devait tout changer, faire oublier Garcia que le vélodrome a poussé dehors, Garcia qui avait emmené l’équipe en finale de l’UEFA. Mc Court était « ravi ».

Pourquoi vous parle-t-on de l’OM? On aurait pu citer le génie de Tuchel, son sourire et son humour, ses embrassades avec ses joueurs qui faisaient couler des larmes à quelques consultants. On aurait pu vous raconter l’épisode qatari précédent ou plutôt les épisodes de ces dieux relégués en enfer,  Ancelotti, Blanc, Emery. Le suivant est toujours le bon, le précédent, le mauvais. On nous a même fait croire que le brave Larguet serait le sage ramenant sérénité et efficacité sur la Canebière.

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Certains trouvent toujours la brosse à reluire pour se mettre en valeur, ou la balayette pour glisser leurs erreurs sous le tapis de l’entraîneur. Joueurs, bien sûr, dirigeants évidemment.

La roue tourne plus vite que le ballon dans ce milieu où l’image fait vendre plus qu’un but. Des anciens surfent sur leur passé lissé, tels Der Zakarian, Antonetti, d’autres ont réussi à échapper aux campagnes de déstabilisation, des sournoises allusions à la saison de trop, comme Galtier ou Laurey, voire Guion. Gasset a préféré voir clair que d’être sourd, pas Printant qui en a pris plein les oreilles. Des petits nouveaux sont stars avant l’heure, Haise à Lens, Stéphan à  Rennes, comme Montanier l’avait été il y a longtemps. À Monaco, on a découvert le brillant de Kovac, celui que Jardim avait perdu, celui que Tuchel retrouve à Chelsea, celui plus discret que Dall’Oglio brique à Brest ou Pélissier à Lorient. On pourrait aussi mettre en avant Furlan, qu’on veut faire croire plus philosophe que tacticien, Vieira ou Henry à l’aura cabossés parce qu’on attendait trop, Batlles qu’on regrette ou Gastien qu’on ne devrait pas découvrir mais connaître.

Parfois le réveil est brutal, le sera pour beaucoup et mieux vaut avoir du détachement à la Genesio quand Depay ne sait plus compter et clame que ses stats sont meilleures avec Garcia. Certains trouvent toujours la brosse à reluire pour se mettre en valeur, ou la balayette pour glisser leurs erreurs sous le tapis de l’entraîneur. Joueurs, bien sûr, dirigeants évidemment. C’est bien pour cela que Thomas Edison a fait breveter le fusible, inventé dit-on pour protéger des câbles sous-marin. Ce sont d’autres sous marins qui se protègent aujourd’hui dans le foot. Jacquet a été mal aimé avant de se retiré idolâtré, Deschamps résiste aux polémiques, Herbin est un sphinx à jamais, Hidalgo un chevalier éternel. On ne vous raconte pas les vilénies entendues sur les uns et les autres avant ou après les heures de gloire. C’est le métier qui veut ça et veut qu’enfin l’échelle de leurs salaires aligne autant de zéros ou presque que les stars supposées qu’ils mettent en valeur, des jeunes auxquels ils en font prendre, des vieux qu’ils ont le tort et la raison de pousser dehors. Un gamin qui promet, une idée qui germe, un projet qui se met en place et puis un transfert qui remplit les caisses, un groupe qui se fissure, une politique qui change, un futur sans avenir car oublieux du passé. Mais c’est l’entraîneur qui trinque. Il était hier l’homme de la situation, il n’est plus que celui qui devrait faire jouer les anciens, même ceux qui se sont égarés ailleurs en bavant sur leurs illusions et quelques buts illusoires, des gosses qui traînent leurs défauts sans les voir, même en vidéo. Hier le coach était un génie, demain de sa lampe ne sortira que de la fumée. »

Didier BIGARD