ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Pour ce qui est de la vertu, on préfère celle du terrain et des tribunes »
Claude Puel et Bernard CaiazzoCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
ANALYSE

ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Pour ce qui est de la vertu, on préfère celle du terrain et des tribunes »

Didier Bigard évoque l'actualité de la L1 et de l'ASSE en posant son regard sur Mediapro et les conséquences d'une possible baisse des droits TV pour le foot français.

« Le football français a fait fausse route en écoutant les voix et en suivant la voie de l’argent. Aujourd’hui, les larmes sont d’autant plus salées que celle de l’addition présentée par la Covid l’est. Sortez les mouchoirs écoutez les appels à l’aide, empruntez pour boucher les trous et fuyez, tel un cavalier, sautant d’une monture à l’autre jusqu’à se trouver le cul par terre. Les écuries des banques ferment leurs portes quand l’incurie menace leurs finances. Ou pas d’ailleurs, mais c’est un autre débat.

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Des millions budgétisés avant même la création de la chaîne supposée remplir les caisses

La politique suivie par la Ligue qui compense à crédit les pertes engendrées par la reculade de Mediapro apparaît bien risquée. Elle le sera d’autant plus si ce nouveau partenaire dont l’arrivée a été saluée par toutes les étoiles du ballon hexagonal fait à nouveau défaut en décembre. Les dommages du virus sont mis en avant par Jaume Roures pour expliquer les difficultés de sa chaîne à respecter son contrat, comme ils le sont par tous les présidents de clubs quand ils demandent aux joueurs de revoir leurs salaires à la baisse. De quoi alimenter les plaidoiries si tout ce petit monde se retrouve dans un prétoire. A cette pensée de procès, on sourirait presque en relisant, sur le site zonebourse, l’auto satisfecit qu’en mai 2018 se décernait Didier Quillot alors directeur général de la Ligue « Il y a eu de nouveaux investisseurs, de nouveaux investissements, de nouveaux revenus et cela va continuer à accélérer ce cercle vertueux ». Pour ce qui est de la vertu, on préfère celle du terrain et des tribunes. L’ancien DG est parti avec une indemnité de 1,49 millions qui a fait tousser quelques dirigeants, mais il est un peu facile de dire « je ne savais pas » en tirant sur le partant. Sans jouer aux archivistes à la recherche de la petite bête, il faut se souvenir que tous salivaient à l’idée de millions budgétisés avant même la création de la chaîne supposée remplir leurs caisses.

L’après confinement menace d’être un après délabrement

Jacques-Henri Eyraud se réjouissait alors de cette manne nouvelle pour l’OM et son patron McCourt « C'est une façon pour le foot français de rattraper une partie de son retard. Les efforts qui sont faits par les nouveaux propriétaires et les investisseurs sont récompensés. » Jean-Michel Aulas rêvait « On va pouvoir se renforcer, se doter d'infrastructures pour ceux qui ne l'ont pas fait, prendre peut-être un peu plus de risques » et y allait de sa petite leçon en direction du grand perdant des droits télé « Canal aurait pu remporter des lots, ils ont manqué d'ambition sur cet appel d'offres ». Ce à quoi le patron du partenaire historique du football français répliquait « Il y a une certitude, c'est qu’on ne mourra pas d'avoir payé trop cher des droits sportifs . Il  s’interrogeait aussi sur la capacité de Mediapro « d'aller au bout de sa démarche financièrement... et d'obtenir la valeur nécessaire pour justifier des montants comme ça ». Qui avait raison? Aulas avance une réponse aujourd’hui dans le magazine Challenges « Si d’un côté Mediapro n’arrive pas à avoir autant d’abonnés qu’il le souhaitait, c’est que l’offre cumulative de droits TV ne séduit plus. On arrive à un prix total démesuré ». On aurait pu y penser avant, mais pour cela, il aurait fallu comprendre ce que représente le coût des abonnements télé pour un ménage, et pas seulement voir ce qu’un contrat illusoire peut rapporter.

Il faut désormais dépasser cette courte vue économique si on ne veut pas que le football français perde plus encore, parce que ce sera sur le plan médiatique. Téléfoot réunit moins de 600 000 amateurs sur ses affiches, Canal n’a dépassé le million qu’avec PSG-Rennes et on ne peut même plus parler foot en prenant un petit noir au comptoir. On ne refait plus le match, au point de se demander s’il y a eu un match sauf quand les bleus remettent la lumière sur une chaîne... en clair. Pas de quoi emballer les fonds d’investissement américains dont a rêvé Quillot et sur lesquels mise son successeur Vincent Labrune, mais, de toute façon, ce ne sont pas eux qui rempliront les stades de l’après confinement qui menace d’être un après délabrement. »

Didier BIGARD