ASSE : pourquoi la vente du club s'annonce si compliquée
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par Benjamin Danet
Explications

ASSE : pourquoi la vente du club s'annonce si compliquée

En dépit de la volonté conjointe des deux présidents de passer le relais, la vente de l'ASSE s'avère extrêmement complexe. Et longue à réaliser. Voici entre autres pourquoi.

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Et si la bombe n'était même pas à retardement ? Et si, au fond, la volonté de Roland Romeyer et de Bernard Caïazzo de vendre l'Association Sportive de Saint-Etienne se transformait, dans les prochains mois, en pétard mouillé ? Rien ne permet de l'affirmer haut et fort, d'où les points d'interrogation. Rien, non plus, nous donne la certitude qu'un groupe, ou un particulier, n'arrivera pas dans les prochains mois. En revanche, et ça on on est certains, c'est que le processus sera long. Très long, même, et qu'il s'avère déjà incertain. Et ce pour de nombreuses raisons.

1) Rien ne peut bouger avant la fin de la saison

Certains auraient eu tendance à l'oublier : la vente de l'ASSE ne sera, et ne pourra, être enclenchée avant plusieurs semaines. Et ce pour une raison simple : l'aspect sportif et économique. A ce jour, et en dépit de l'optimisme de certains, les joueurs de Claude Puel ne sont pas toujours pas assurés de se maintenir parmi l'élite. Et même si cela est pour tous une évidence, un club de Ligue 2 ne présente pas les mêmes attraits qu'un de Ligue 1. C'est également en fonction du classement de l'ASSE en fin de saison qu'on pourra en savoir plus sur l'état réel des comptes du club.

Sans rentrer dans le détail, et on pense notamment au déficit (qui devrait comme But! Sainté vous l'avait révélé se situer aux environs de 35 millions d'euros), au Covid-19 et au fiasco Mediapro, les dirigeants stéphanois attendent l'ultime journée de la saison pour présenter un exercice comptable clair et clôturé. On imagine mal un quelconque racheteur potentiel se lancer dans l'aventure sans savoir, au préalable, dans quelle division jouera le club stéphanois dans quelques mois et avec quel budget. Enfin, et ce n'est pas le moins important, les droits TV pour la ou les prochaines saisons n'ont pas encore été négociés.

Ce qui implique que dans le Forez, personne ne sait sur combien de millions d'euros les dirigeants peuvent tabler pour le futur budget prévisionnel. Bref, que ce soit au niveau sportif ou économique, impensable que cela se décante dans les prochaines semaines. Et si l'on devait tabler sur une date éventuelle, oubliez même l'année 2021 dans sa totalité.

2) Une banque d'affaires, mais quelle banque d'affaires ?

Si certains supporters des Verts attendaient, ou espéraient, une certaine clarté dans le processus de vente du club, c'est d'ores et déjà raté. Car pendant que les deux présidents évoquent dans leur courrier une banque d'affaires réputée mandatée pour la vente, on se demande déjà quelle est l'heureuse élue ? Et, plus inquiétant, si il y en a une. Ce que l'on sait est limpide : la banque Lazard, ô combien réputée dans ce genre d'exercice, n'a cette fois pas été choisie.

Et on pense même savoir pourquoi : elle n'avait pas été en mesure de trouver, il y a trois ans, un candidat plus offrant que Peak 6. On sait également que le très réputé cabinet Ernst and Young (EY) n'a pas non plus été retenu. Il se dit également, sans que l'on puisse le confirmer à 100%, que la seule possibilité pour Romeyer et Caïazzo d'arriver à leurs fin serait que le dossier soit confié au groupe Rothschild (Rotschild and Co), basé à Londres mais qui détient bel et bien une importante antenne française.

Un spécialiste du marché, qui tient à conserver son anonymat, se montre en revanche plus catégorique : "le football, et notamment le marché français, n'est pas une spécialité chez Rothschild. Je vois assez mal cette banque d'affaires se plonger dans un tel dossier, si loin de la finance traditionnelle." Seule certitude, à ce jour, personne ne sait (encore) quelle est la fameuse banque choisie ? Et si le dossier a été bel et bien déposé.

3) Des entrepreneurs locaux ? Une vue de l'esprit

Une fois la lettre d'intention des deux présidents connue, certaines rumeurs infondées sont vite sorties. Trop vite, d'ailleurs. Qui, dans leur ensemble, faisaient croire que l'ASSE pourrait être vendue pour près de 20 millions d'euros et qu'un pool d'entrepreneurs locaux serait déjà sur les rangs. Il n'était pas bien compliqué de penser que ces deux informations étaient erronées. Car pour racheter le club, il en coûtera au minimum 80 millions d'euros. Et on dit bien minimum. Ce qui comprend l'argent destiné aux deux présidents vendeurs, la dette de cette saison, les emprunts en cours et une caution de 10 millions d'euros exigée par la Ligue de Football Professionnel dans ce type d'opérations. Précision, et elle est de taille, le montant de 80 millions d'euros ne comprendrait même pas une part réservée à l'investissement.

C'est-à-dire à une vraie politique de développement pour que l'ASSE puisse de nouveau se distinguer lors du mercato. Un temps annoncé comme possible repreneur, le local et pisciniste Jean-Louis Desjoyaux a mis les pieds dans le plat lorsqu'il s'est attaché à démentir son intérêt. "Je ne suis pas intéressé par la reprise de l’ASSE. Je suis attaché au club, j’en parle régulièrement avec le président Romeyer et je suis comme tout le monde, je souhaite que le club s’en sorte par le haut et que l’on puisse de nouveau assister à de bons matches de football. Mais le football professionnel c’est compliqué, il faut beaucoup d’argent, des moyens financiers colossaux. Pour exister au plus haut niveau, il faut au minimum 250 millions d’euros. Je suis président de l’Etrat avec 550 licenciés, nous avons racheté le club d’Andrézieux et nous sommes bien où nous sommes mais cela s’arrêtera là." Il fut également annoncé qu'un pool d'entrepreneurs, locaux toujours, était déjà chapeauté par Stéphane Tessier, ancien de l'ASSE. Là-encore, l'intéressé a démenti. Ce qui nous conforte dans l'idée que la solution locale n'est pas crédible. Et ce parce que personne n'en a les moyens. Pas plus la maison Desjoyaux que Markal (partenaire du club) ou d'autres, sortis d'on ne sait où. 

4) Le fantasme de l'Arabie Saoudite

"Un des facteurs principaux qui déterminent la valeur d'un club, c'est la zone de chalandise du territoire, c'est-à-dire son potentiel local. N'en déplaise à Roger Rocher, qui disait qu'en termes de football, Lyon était la banlieue de St Etienne - c'était le cas dans les années 1970 mais aujourd'hui la situation s'est inversée. Saint-Etienne est petite par rapport à Lyon, qui elle-même est petite par rapport à Paris, Munich ou Turin. Le potentiel de développement du club est réduit. En termes d'attractivité, on n'intéressera jamais un pays avec Saint-Etienne. On parle de l'Arabie saoudite comme futur repreneur mais l'ASSE n'intéresse pas l'Etat d'Arabie saoudite, pour des raisons de soft power. Par contre, il est possible qu'un particulier saoudien ait envie de prendre la main sur le club, comme cela a été le cas en mars à Châteauroux." Les propos sont ceux de Mickaël Terrien, économiste du sport et Maître de conférence à l'Université de Lille. Propos accordés en début de semaine à nos confrères de France Télévisions. A les lire, on comprend vite pourquoi il faut oublier, et vite, la possibilité au club stéphanois d'être racheté par un fonds souverain comme ce fut le cas avec le PSG et le Qatar. Saint-Etienne, et on pense bien entendu, à la ville n'offre pas les mêmes possibilités économiques de la capitale. En revanche, et Terrien fait bien de la rappeler, un particulier, qu'il soit Qatarien ou d'Arabie Saoudite, pourrait être intéressé. 

5)Un précédent qui n'incite pas à l'optimisme

On pourrait l'oublier, mais il ne le faut pas. Cela fait des mois, et même des années, que Bernard Caïazzo cherche un nouveau partenaire pour offrir un nouveau visage au club du Forez. Seulement voilà, en dépit des rumeurs, et d'une tournée d'été aux Etats-Unis qui se devait d'être le cadre d'une grande annonce, l'un des deux présidents du club n'a jamais trouvé personne. Et ce n'était pas pour racheter le club, mais bel et bien pour entrer dans le capital. Cette fois, le montant de l'investissement devra être encore plus conséquent, ce qui n'est guère rassurant. Le montant devra également tenir compte de l'imbroglio judiciaire liée aux parts de Roland Romeyer de son associé de l'époque, Adao Carvalho. Les parts de ce ce dernier, condamné par la justice comme vous devez le savoir, ont été gelées. Peuvent-elles être vendues ? On ne le sait pas avec certitude. En tous cas, c'est une épine de plus dans un dossier qui n'en manque vraiment pas...