ASSE : Puel, ce qu'on ne pouvait pas lui reprocher en 2020
Claude PuelCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS
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ASSE : Puel, ce qu'on ne pouvait pas lui reprocher en 2020

Claude Puel a fait face à de nombreuses critiques lors de la première partie de saison. Mais tous les maux de l'ASSE ne peuvent lui être reprochés...

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L'héritage en terme d'effectif

À son arrivée à l'ASSE, Claude Puel s'attendait à prendre en main un effectif en manque cruel de confiance, mais certainement pas un effectif avec une telle méforme physique. Un grand nombre de joueurs n'étaient visiblement pas assez bien préparés sous l'ère Ghislain Printant, ils s'étaient relâchés. Avec son staff, Puel a dû ainsi commencer faire une remise à niveau physique. Notamment des cadres. Des joueurs qu'il n'avait pas hésité à bousculer dès sa première sur le banc, contre Lyon (1-0), à Geoffroy-Guichard. En coulisses, Puel ne cache pas qu'il considère avoir hérité à son arrivée d'un effectif jugé « bancale », avec des manques à certains postes, et avec des cadres trop bien payés par rapport à leur valeur intrinsèque ou leur rendement. Si le Castrais rappelle qu'il avait hérité de groupes peu compétitifs à ses arrivées à Lille et à Nice, il considère la tâche plus difficile à Saint-Etienne car il doit composer avec des joueurs au salaire encombrant qui n'entrent pas vraiment dans ses plans.

La situation financière du club

En signant à l'ASSE, Puel connaissait la situation financière du club. « Depuis mon arrivée l'an dernier, j'avais connaissance de la politique menée sur les dernières saisons. J'ai pris connaissance des données économiques. Très vite, il a fallu définir un nouveau projet pour réduire la masse salariale et les pertes que le club pouvait avoir. Le challenge est de bâtir un nouveau projet en réduisant la voilure tout en gardant une certaine ambition. On va essayer de développer des actifs pour le club et en parallèle un futur », expliquait-il récemment. À l'automne 2018, compte tenu des mauvais résultats enregistrés sous l'ère Oscar Garcia, puis Julien Sablé en intérim, l'ASSE a décidé de recruter un entraîneur chevronné et expérimenté, en la personne de Jean-Louis Gasset. Le but ? Éviter une relégation qui semblait se profiler... Profitant du carnet d'adresses fourni de l'ancien adjoint à Laurent Blanc, le club a vu des ex-internationaux arriver à l'intersaison : M'Vila, Debuchy, Subotic et Ntep. Une politique qui s'est avérée positive sur le plan sportif, mais qui a mis les finances du club en péril, l'obligeant à contracté un emprunt bancaire à hauteur de 25 M€ à l'été 2018. Et cet été, à cause de la crise sanitaire, le club a été dans l'obligation de souscrire à un nouvel emprunt : un PGE (prêt garanti par l'État d'environ 10 M€). Et ce même s'il a vendu de nombreux joueurs pour éponger ses dettes, depuis deux ans (Selnaes, Cabella, Beric, Saliba, Honorat, Vagner et Fofana). Puel doit donc faire avec un passif qui l'a privé de moyens pour recruter cet été, et ce malgré la vente record de Wesley Fofana.

De faire jouer les jeunes

Depuis 1999, date de sa première année en tant qu'entraîneur à l'AS Monaco, Claude Puel n'a jamais hésité à lancer de jeunes joueurs issus des centres de formation. C'est sa marque de fabrique, et il n'envisage aucunement de changer de philosophie, malgré des résulats en-deçà de ses espérances à l'ASSE. L'intégration massive des jeunes pousses vertes, et le recrutement de jeunes joueurs en devenir a pour but de créer des « actifs ». Ce qu'impose la situation financière du club, où Puel veut s'inscrire sur le long terme.

L'affaire Ruffier

C'est à l'issue de la défaite à Brest la saison passée (2-3), et d'une première mi-temps cauchemardesque lors de laquelle le portier stéphanois avait encaissé trois buts, que Puel avait décidé d'écarter Stéphane Ruffier. « Au départ de cette histoire, j'avais prévu de faire souffler Stéphane un match ou deux. Et puis, il y a eu une situation qui a débordé, des choses extra-sportives se sont passées », explique le coach des Verts, en revenant sur la génèse de cette affaire. Le Castrais comptait sur cette « sanction » pour provoquer un électrochoc auprès de son gardien afin qu'il puisse se remettre en question et retrouver son niveau des saisons précédentes. Sauf que Ruffier n'a pas accepté la situation, en refusant de s'asseoir sur le banc le match suivant contre Reims (1-1)... Et sa réaction par le biais de son agent Patrick Glanz, qui a fait une tournée médiatique pour « casser » Puel, aura définitivement scellé son sort. « Il crache sur une légende de Saint-Étienne », avait notamment balancé Glanz. Des propos dénoncés aussitôt par le club, solidaire de Puel. Depuis, le Basque, en fin contrat en juin, n'a plus rejoué sous les couleurs vertes. Et il se dirige tout droit vers un licenciement...

Son recrutement

Claude Puel, qui a poussé David Wantier vers la sortie pour imposer Jean-Luc Buisine, connu à Lille, à la tête de la cellule de recrutement, avait commencé par faire signer Yvann Maçon (22 ans), en provenance de Dunkerque (National) pour moins de 500 000 €, en janvier dernier. Le défenseur guadeloupéen, révélation du début de saison, a intégré l'équipe de France Espoirs mais il s'est malheureusement fait les croisés avec les Bleuts, ce qui a mis un terme à sa saison. Arrivé cet en provenance de la réserve du Sporting Braga, Yvan Neyou (23 ans) impressionne lui aussi. Avec une option d'achat à 400 000 €, Puel a eu le nez creux sur ce coup. Sa recrue phare du Mercato, Adil Aouchiche (18 ans), réalise des débuts plus mitigés, mais le potentiel est là. Par ailleurs, pour pallier le départ de Wesley Fofana, l'ASSE s'est tournée vers Panagiotis Retsos (22 ans). Le défenseur central grec, prêté par le Bayer Leverkusen, a laissé entrevoir de belles choses contre Nice (1-3), pour sa première sous ses nouvelles couleurs, avant de se blesser à Metz (0-2). Pour l'instant, la déception de l'ère Puel, niveau recrues, se nomme Jean-Philippe Krasso (23 ans). L'ancien avant-centre d'Épinal (N2), qui avait tapé dans l'oeil du manager des Verts en Coupe de France l'hiver dernier, avait réalisé une bonne entame de préparation. Avant de s'éclipser.

Le départ de Fofana

Transféré à Leicester pour 35 M€ (+ 5 M€ de bonus), Wesley Fofana a obtenu gain de cause après un bras de fer entamé avec le club. Pourtant, Puel s'était battu pour tenter de convaincre le défenseur central (19 ans) de rester à l'ASSE... et de convaincre les dirigeants de ne pas vendre le joueur. « Je m'opposais au départ de Wesley car il était très important pour nous et on n'avait pas les moyens de le remplacer. On n'aura plus de moyens suite à son départ. J'avais bien connaissance du projet avant d'arriver ici ». Puel n'est finalement pas allé au bout de sa démarche, conscient que ce transfert était essentiel pour les finances du club. « Entre pérenniser le club ou garder Fofana, il n'y pas débat. » Mais sans Fofana, les Verts n'ont toujours pas remporté le moindre match. L'international Espoirs devait être l'une des pièces maîtresses du projet mis en place par Puel. Un préjudice sportif lourd.

L'échec des négociations avec Saliba et Niang

Dans les derniers jours du Mercato, l'ASSE s'est positionnée sur William Saliba et M'Baye Niang. Le retour du défenseur central (19 ans) dans son club formateur a capoté pour un envoi tardif des documents administratifs nécessaires pour son prêt. Bernard Caïazzo étant en charge de ce dossier. Autre échec : Mbaye Niang. Un dossier piloté par Jean-Luc Buisine et Xavier Thuilot. Mais l'attaquant sénégalais du Stade Rennais, s'étant présenté à deux reprises en retard aux rendez-vous fixés (visite médicale et signature du prêt), Puel, devant ce comportement suspect, a décidé de stopper les négociations.

Les blessés

Cela commence à devenir une mauvaise habitude, une malédiction même à l'ASSE... Chaque saison, l'effectif se retrouve amputé par de nombreux blessures. Parfois même de longues blessures. Dès l'hiver dernier, Puel avait perdu ZaydouYoussouf pour la deuxième partie de saison. Yvann Maçon, lui, a été fauché en plein envol cet été. La victoire à Marseille (2-0) a coûté cher puisque Mathieu Debuchy et Charles Abi se sont blessés au Vélodrome. Et cet automne, Puel a aussi dû composer sans Arnaud Nordin, son meilleur passeur du début de saison et sans sa recrue défensive Panagiotis Retsos. Ce qui l'a contraint à faire appel à certains jeunes (Sow, Sissoko, Tshibuabua) et à rappeler certains « bannis » (Khazri, Trauco, Boudebouz). « On a été plombés par les blessures, les suspensions et la Covid-19... Et on a perdu de l'assise défensive et de la confiance », regrettait Puel après la défaite à Lyon (1-2) en novembre.