Girondins – L'oeil de Denis Balbir : « On est en train de tuer à petit feu un patrimoine »
par Alexandre Corboz

Girondins – L'oeil de Denis Balbir : « On est en train de tuer à petit feu un patrimoine »

Chaque lundi, Denis Balbir décrypte l'actualité de la Ligue 1. Retour sur la situation ubuesque qui secoue les Girondins de Bordeaux.

« Jusqu'à présent, Bordeaux c'était le club tranquille par excellence. On peut dire que, depuis la prise de pouvoir de King Street et la nomination à la présidence de Frédéric Longuépée, on en est sorti malheureusement. Depuis le titre avec le tandem Blanc – Gasset, les Girondins ont du mal à se relever. Avec M6 à la tête du club, les choses se passaient en comparaison plutôt bien mais depuis qu'ils ont vendu – et bien vendu – aux Américains, c'est devenu n'importe quoi. King Street, comme GACP auparavant, ne connaissaient pas grand chose à l'histoire du club.

Le soulevement populaire est assez logique dans la mesure où l'histoire du club de Bordeaux est baffouée par des gens venus de l'extérieur pour faire du business. Ce qui se passe aux Girondins au niveau de la gestion véhicule une image négative du football français. Monaco a donné l'exemple. Les clubs deviennent une entreprise de passage pour des gens n'ayant aucun respect des couleurs, du maillot ou du poids de l'écusson. Je comprends le ressenti des supporters avec eux.

« Sportivement, ce club navigue à vue, sans recrue, sans projet... »

Il n'y a qu'à voir la gestion du cas Paulo Sousa pour s'en convaincre. Pour crédibiliser le projet, on a pris un ancien grand joueur, qui avait une réputation de bon entraîneur, on lui a promis des choses pour finalement les lui retirer à la première occasion. Il se rend compte que Bordeaux n'a que peu de moyens, il voit que l'argent est dépensé ailleurs pour des futilités... Son envie de s'en aller est compréhensible. Comme celle du directeur de football Eduardo Macia. C'est la débandade au niveau de l'organigramme. Sportivement, ce club navigue à vue, sans recrue, sans projet... On est en train de tuer à petit feu un patrimoine du foot français. Ce qui est le plus surréaliste dans tout ça, c'est que Paulo Sousa – qui veut s'en aller – est toujours là à diriger les entraînements depuis une semaine. On touche le fond.

Est-ce que je comprends le courroux et l'agacement dirigés contre Frédéric Longuépée ? Il incarne un projet. Les supporters ne sont pas derrière un individu ou contre un autre, ils sont dévoués à la cause de leur club et aujourd'hui ils pensent que le président nommé les prend pour des abrutis. Cela m'embête toujours quand on va parler de haine envers une personne ou son travail mais, pour éviter d'en arriver là, il faudrait qu'on soit plus regardant aux gens à qui on vend les clubs. C'est une évidence. Ce qui se passe aujourd'hui à Bordeaux, c'est consternant... »