OM, ASSE, FC Nantes – L'oeil de Denis Balbir : « Bien faire le distinguo entre supporters et voyous »
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par Alexandre Corboz

OM, ASSE, FC Nantes – L'oeil de Denis Balbir : « Bien faire le distinguo entre supporters et voyous »

Chaque lundi, Denis Balbir décrypte l'actualité de la L1. Revenant sur les graves incidents à Marseille, notre consultant a évoqué plus précisément la question du supportantisme et de la virulence exacerbée des mouvements à l'ASSE, à l'OM et au FC Nantes.

« En ce moment, que ce soit à Saint-Etienne, à Marseille ou à Nantes, on assiste à une grogne montante chez les supporters sevrés de stade. Par rapport à ça, je suis un peu partagé. Sur le volet sociétal, j'ai le sentiment que la situation économique et sanitaire exacerbe toutes les formes d'agressivité. La plupart des gens vont mal, souffrent de manque de contact social, d'argent, d'affection. A un moment donné, la cocotte-minute explose... Et cela rejaillit sur le football. De là tirer des grands débats philosophiques sur le mal du foot français. Jusqu'où l'escalade des supporters français peut aller ? Non...

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« Je me refuse de réduire le mot de supporters à ces individus »

Pour moi, il faut faire le distinguo entre ce qui peut se passer à Saint-Etienne, Nantes et Marseille. Comme il faut faire le distinguo entre supporters et voyous. Sur les chaînes d'infos, on fait un peu trop l'amalgame entre les supporters de l'OM et ces individus qui ont saccagé le centre d'entraînement. Les supporters de Marseille, eux, ils sont dégoûtés que leur club aille mal sportivement. Même si, pour moi, avec l'effectif qu'ils ont, je ne vois pas comment on pouvait espérer lutter pour le titre face à Paris, Lille, Lyon ou Monaco.

Ceux qui ont pillé la Commanderie, ce ne sont pas des supporters. De vrais supporters, ce sont des Saint-Etienne – Le Puy à 42 000 personnes en tribune en 2e division, c'est Lens, c'est Marseille comme lors du match de Coupe d'Europe face à Leipzig en 2018... Je me refuse de réduire le mot de supporters à des individus venus pour piller et racketter les joueurs. Le centre d'entraînement, c'est censé être un sanctuaire. La Commanderie, la Gaillette, L'Etrat... Ce sont des endroits qui se respectent. Là où les joueurs s'investissent au quotidien pour leur métier même si, parfois, cela ne se retranscrit pas sur le terrain le week-end.

« A Sainté, pas d'incidents majeurs à déplorer »

A Saint-Etienne, j'ai vu un envahissement du centre d'entraînement mais il faut séparer les évènements. La semaine dernière, suite au derby, les Green Angels le vendredi puis les Magic Fans le samedi, ont passé les portes de l'Etrat pour s'expliquer sur le terrain avec les joueurs et le staff. L'ASSE est dans une position autrement plus compliquée que l'OM et pourtant il n'y a pas eu d'incidents majeurs ni de violence à déplorer. A Nantes, on est davantage dans l'ironie même s'il s'agit d'une défiance récurrente face à la direction en place... Et cela ne date pas de l'époque Kita. Je me rappelle d'un temps pas si lointain où des supporters poursuivaient Robert Budzynski pour s'expliquer. Aujourd'hui, c'est contre Kita. Je comprends que sa politique soit remise en cause. Cela peut paraître légitime avec les changements de coach, les résultats sportifs décevants mais cela ne peut pas non plus tout justifier.

« La colère est compréhensible mais... »

Dans les cas de Marseille, Saint-Etienne ou Nantes, il n'y a qu'un dénominateur commun : ce sont des clubs historiques où les gens en ont marre de regarder de regarder des fiches de résultats jaunies. L'ASSE a dit titres mais le dernier date de Matuzalem. Nantes c'est pareil... La colère est compréhensible. Pour autant, je ne cautionne pas toute forme de violence physique ou verbale. Comme je n'ai jamais cautionné les attaques sur l'homme ou sa famille à coup de banderoles sur les autoroutes comme ce fut le cas à l'OL du temps de Genesio ou à l'OM du temps Anigo. J'ai toujours trouvé ça à gerber. Il n'y a plus de recul. Je comprendrais qu'on tende la main aux supporters pour dialoguer. Mais dans ces cas-là, il faut aussi trouver des interlocuteurs valables. Pas seulement des gens vindicatifs ou brutaux ».