ASSE – L’oeil de Denis Balbir : « Saint-Etienne devient un club galère »

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Chaque lundi, Denis Balbir décrypte l’actualité des Verts et de la Ligue 1. Retour sur la défaite de l’ASSE lors du 120e derby.

« Dimanche soir, l’AS Saint-Etienne s’est inclinée à Lyon (0-2) à l’occasion du 120e derby. La logique a été respectée. Qui pouvait, en toute lucidité, penser que cette ASSE avait les armes pour s’imposer à Lyon ? Il fallait un miracle et il n’a tout simplement pas eu lieu. Pourtant, les Verts arrivaient à Lyon avec peu de pression sur les épaules, dans la position de l’outsider et renforcé par les résultats favorables du week-end dans la course au maintien.

« J’ai du mal à comprendre la panique générale »

Sur le terrain, l’OL a été supérieur et l’a montré lors de la première période dominée de la tête et des épaules. On peut déplorer une faiblesse navrante des Verts dans tous les compartiments du jeu, le manque de volonté. En plus des erreurs individuelles payées cash sur coup de pied arrêté, on peut aussi regretter que Loïs Diony manque l’occasion de faire un hold-up Saint-Etienne a été un peu meilleur en seconde période. On a vu davantage de jeu et certaines valeurs mais ce n’était pas assez.

Malgré tout, même si l’ASSE reste une équipe en souffrance actuellement, j’ai du mal à comprendre la panique générale qui semble gagner une certaine presse. L’AS Saint-Etienne n’est pas sur le point de disparaître de la carte footballistique mondiale. Parfois, à lire certaines réactions ou à écouter certaines personnes, c’est l’impression que ça donne… Il faut raison garder. Ce n’est pas à Lyon que Saint-Etienne allait se relancer.

Bien sûr, il faut gagner des matches mais le sauvetage de l’ASSE repose aussi sur ses adversaires directs. Quand tout le monde perd derrière, Saint-Etienne devrait être en mesure de jouer plus relâché. C’est vraiment là où j’ai du mal à comprendre la première période des hommes de Claude Puel… Le maintien des Verts passe surtout par des victoires contre Amiens ou Strasbourg. Des équipes davantage dans sa catégorie de combat.

« La faillite des cadres à Lyon, est-ce encore surprenant ? »

Au Groupama Stadium, les cadres de l’ASSE ont encore failli. Est-ce réellement surprenant ? Ce n’est malheureusement pas la première fois que des Mvila, Cabaye ou Debuchy flanchent… Cette saison, le constat est sans appel : Saint-Etienne ne peut s’appuyer sur ses cadres. Je ne doute absolument pas de la bonne volonté de garçons comme Cabaye ou Debuchy mais il y a un vrai problème d’âge, de forme de physique. Saint-Etienne a pris des joueurs avec un nom, une carte de visite mais qui n’étaient plus dans le coup… Aujourd’hui, les cadres de l’ASSE sont les jeunes William Saliba ou Wesley Fofana.

Que les cadres flanchent à ce point, c’est un souci majeur pour l’ASSE. Normalement, cela devrait être des piliers sur lesquels s’appuyer pour le maintien. C’est tout l’inverse et cela nuit grandement à l’image du club. Il n’y a qu’à voir la difficile quête du directeur sportif – avec le refus de Gérard Bonneau et Gilles Grimandi – pour se rendre compte du problème. Aujourd’hui, personne ne veut venir dans un club qui devient une galère. Saint-Etienne a beau être le club le plus aimé des Français, il devient un club galère. Quand on voit ce que les dirigeants en font, quand on voit ce que Claude Puel veut en faire mais ne peut en faire…

« Claude Puel me paraît intouchable aujourd’hui »

On peut toujours critiquer Claude Puel sur ses choix, sur la mise à l’écart de Stéphane Ruffier pour Jessy Moulin mais, pour moi, le coach des Verts est intouchable aujourd’hui. Je reste persuadé que c’est la personne qu’il fallait. C’est la personne qui, si Saint-Etienne se sauve, va construire quelque chose au club. Avant que Claude Puel n’arrive, ce vestiaire vivait certes très bien avec Jean-Louis Gasset puis Ghislain Printant mais il ne savait plus travailler à l’entraînement.

Je n’en suis pas à remettre en cause le bilan de Jean-Louis Gasset, qui a fait de belles choses, ni à critiquer les dirigeants. Aujourd’hui, force est cependant de constater que le mal est fait. On a voulu jouer le court terme. On s’est tous gaussé de la réussite de Gasset, de son fabuleux carnet d’adresse… Mais, pendant presque deux ans, l’ASSE a mené une opération commando, pas une opération sur le long terme. En reconduisant de gros contrats, Saint-Etienne a fait une énorme erreur. Il aurait fallu profiter de la forme des Debuchy ou Mvila au moment où ils étaient encore bien et ensuite les laisser partir avec un « merci et au revoir ». L’ASSE paie aujourd’hui son projet manquant de cohérence.

Pour finir, je voulais revenir sur les mots de Jean-Michel Aulas sur les incidents entre supporters la veille du match. Je veux bien entendre le fait qu’il se plaigne des Stéphanois à l’origine des incidents dans les rues de Lyon. Comme lui, je trouve que ces heurts sont consternants. Maintenant, j’aurais aussi aimé qu’il parle de l’attitude d’Anthony Lopes. A chaque match ou presque, il se retrouve au cœur d’un incident avec des joueurs ou des spectateurs. Son comportement de provocateur pourrit les matches et j’aimerais que Jean-Michel Aulas fasse la leçon à son gardien avant de balayer devant la porte des autres… »

Alexandre Corboz

Journaliste à But! depuis 2008