Le blog SDF : « ASSE, OM, FC Nantes… Les 7 vies de Christian Larièpe »

Aujourd’hui collaborateur de l’agent Christophe Hutteau, Christian Larièpe (56 ans) a tout connu dans le football. Du métier d’éducateur à celui de directeur de centre de formation en France (ASSE, OM) et à l’étranger (Dynamo Moscou), en passant par directeur sportif (FC Nantes), recruteur et même entraîneur n°1 en Ligue 1. Témoignage d’un tout-terrain du football.

« Ma carrière de joueur a été brève. J’ai joué en D3 à Montceau-les-Mines jusqu’à mes 21 ans et une blessure qui m’a fait arrêter. C’est donc suite à un concours de circonstances que j’ai commencé mon après-carrière. Tout part d’une rencontre : celle avec Jean-François Jodar qui est rentré à la DTN à ce moment-là. Grâce à lui et à Raymond Domenech, j’ai passé mes diplômes. En 1984-85, à 25-26 ans, je suis arrivé à Louhans-Cuiseaux. C’est là-bas que j’ai fait mes gammes. D’abord avec les U17, puis sur le recrutement du centre de formation et adjoint de René Le Lamer avec les professionnels.

« A l’ASSE, mon entrée en matière fut chaotique »

En 1991, je débarque à l’AS Saint-Etienne. Mon entrée en matière est d’ailleurs assez chaotique puisque, dès mon arrivée, Casino (sponsor principal des Verts) choisit de débarquer le président André Laurent. A ce moment-là, je suis en interaction directe avec Jean-Michel Larqué (alors directeur sportif) avec qui le courant passe bien. Je gravis petit à petit les échelons : entraîneur des U17, coach de l’équipe réserve, direction du centre de formation, responsable du recrutement… En 2000-01, je file à Lausanne pour devenir manager général, dans le cadre d’un partenariat négocié avec l’ASSE. C’est là que je rencontre pour la première fois Waldemar Kita. On avait un beau projet : créer le premier centre de formation de standing européen en Suisse. Nous avions tout bâti de A à Z, y compris la structure d’accueil sur le parking du stade. Avec Waldemar, nous étions allés récupérer des préfabriqués en Allemagne à l’exposition universelle d’Hanovre. J’en garde un bon souvenir.

« Si j’ai un regret dans ma carrière, c’est d’avoir quitté l’ASSE en 2003 »

En 2001, je reviens à l’ASSE où on me confie le rôle de directeur sportif. On est en plein dans la bourrasque des faux-passeports. Une période qui n’était pas simple à gérer. Au départ, l’idée était de construire autour d’une arrête dorsale Mettomo – Alex – Aloisio mais on se retrouve dans l’obligation de les vendre au mois d’août. Forcément, le poisson part un peu en live à ce moment-là (sourire) Avec Alain Michel, on connait une année difficile. Lui s’en va au bout de quelques matches. Moi je continue avec Frédéric Antonetti, la personnalité dont les Verts avaient besoin à l’époque pour se redresser. En 2003, je choisis de quitter l’ASSE de mon plein gré. Si j’ai un regret dans ma carrière, c’est bien ça. Au départ du président Bompard, il était prévu que je reprenne le centre. Tout le monde était OK sauf une personne dont je tairais le nom et qui souhaitait alors faire une hégémonie de pouvoirs sur la formation. Comme on est revenu sur certaines attributions qui m’avaient été promis, j’ai décidé de partir. Même si le temps estompe les regrets, j’en garde une petite amertume. Surtout quand je vois que les Gilles Rodriguez, les Jean-Philippe Primard, Julien Sablé ou Gérard Fernandez – qui sont passés sous mes ordres ou que j’ai mis en place – sont toujours là. Ce sont des gens avec qui j’ai passé d’excellents moments à Sainté.

De l’OM au FC Nantes pour Waldemar Kita

Directement après, j’avais la possibilité de partir à Marseille avec Pape Diouf, un ami de 20 ans. Là-bas, j’ai passé quatre années merveilleuses à diriger le centre de formation. L’OM, c’est quand même assez spécial au sujet des jeunes. J’ai vu passer des Samir Nasri et des André Ayew, un joueur admirable qui se mettait toujours au niveau de la compétition dans laquelle il évoluait mais au niveau du club. Mais chacun au club pensait d’abord à ses intérêts et la formation n’a jamais été dans la politique de la maison. C’est pour ça qu’en 2007 je rejoins à nouveau Waldemar Kita dans son projet au FC Nantes au poste de directeur sportif. Une nouvelle fois, je suis arrivé dans une situation qui n’était pas simple avec le club qui venait de plonger en Ligue 2. La première année fut sympa. On est remonté tout de suite. Par la suite, ce fut plus compliqué. Il fallait assurer le lien entre le public et la direction. J’ai même connu une petite expérience en L1 sur un intérim. L’année où on redescend, le président a paniqué. Il avait de nouveaux conseillers qui étaient arrivés. Comme je travaille toujours sur une relation de confiance et que je sentais que celle-ci s’étiolait, j’ai préféré partir. Pour en avoir parlé avec lui, je sais que Waldemar regrette certains choix fait à l’époque. De mon côté, comme j’ai vécu des moments très forts avec lui à Lausanne et à Nantes, je ne voulais pas que l’histoire se termine sur une fâcherie.

Le périple russe

En 2010, je quitte la France. Direction le Dynamo de Moscou. Je signe là-bas grâce à un ami, un ex-agent russe devenu dirigeant que j’avais connu pour avoir fait venir quelques jeunes joueurs à l’ASSE dans le cadre du partenariat que j’avais monté avec Arsenal. En parallèle de mes fonctions à l’OM entre 2003 et 2007, je lui venais déjà en aide pour l’Académie qu’il avait créé à Moscou. Là, j’arrive pour prendre la direction du centre de formation. Ce fut une belle expérience de deux ans : découvrir une nouvelle culture dans un club historique. Par rapport à la France, c’est un monde complètement différent. Les Russes sont plus disciplinés. Ils ont une écoute plus importante au niveau du foot. Par contre, au niveau des aménagements avec la scolarité, c’est plus compliqué. Et il faut noter qu’en Russie, le foot n’a pas le même impact. Il y a beaucoup de sports majeurs comme le hockey, le basket ou la gymnastique. Sorti des 25-30 professionnels qu’il y a dans les clubs de l’élite, le reste est plus amateur. S’il y a une chose que je changerais si je devais y retourner, c’est bien mon choix de me passer d’interprète. J’ai eu le malheur de croire que les jeunes Russes parlaient bien anglais.  Or ce n’était pas toujours le cas et, parfois, quand je devais faire passer des messages, j’étais obligé de convoquer le joueur plus l’un de ses coéquipiers qui pouvaient lui traduire. Les conseils se perdaient un peu au téléphone arabe…

« Luis Campos a dix ans d’avance sur ce qui se fait en France »

Après mon expérience russe, je fais une pige à Uzès-Pont-de-Gard où je reprends l’équipe pour deux ou trois mois pour rendre service au président. Suite à ça, je pars à l’AS Monaco pour m’occuper du recrutement au niveau de la formation. L’histoire aurait pu durer plus longtemps mais elle s’est finie quand Dimitri Rybolovlev a changé d’orientation à l’été 2014. La Principauté a repris en main la formation et a choisi de ne pas conserver les recruteurs en fin de contrat … dont moi. Monaco, ça a été une bonne période malgré tout puisque ça m’a permis de collaborer quelques mois avec Luis Campos. Avec lui, j’ai vu comment fonctionnaient les clubs portugais, dans les filières, dans les détections… Je me dis qu’en France, on est encore à des années-lumière de ça. Luis Campos, sa force c’est d’avoir des antennes partout. Son recrutement est parfaitement structuré. Avec lui, on avait des listings d’une précision folle. Le coach voulait un latéral droit, on pouvait lui proposer une liste complète. Il y met les moyens et ça fonctionne. Dans les méthodes, il a dix ans d’avance sur ce qui se fait en France où beaucoup de clubs recrutent encore à l’ancienne dans leurs pâtés de maison.

Un projet de monter une Académie à Prague

Suite à mon départ de l’ASM, je passe quelques mois tranquilles. J’ai des touches à Rennes, à l’étranger. Un jour, Christophe Hutteau (agent de joueurs) m’appelle et me propose de collaborer avec lui. Après quelques semaines de réflexion, j’accepte de partir sur un projet avec lui en avril 2015. Je n’aime pas qu’on parle de moi comme d’un agent. Je ne le suis pas. Je suis davantage un conseiller sportif. Mon rôle, c’est plutôt de recruter des jeunes, de mettre en place des filières sur les pays de l’Est grâce à mon expérience acquise à Moscou… Aujourd’hui, ça se passe parfaitement bien avec Christophe. Nos rôles sont bien définis. Je m’occupe du volet sportif et lui négocie les contrats. On a déjà commencé à faire venir des joueurs en France : Virksas à l’ASSE, Panyukov à Ajaccio… On constate un changement de mentalité chez les clubs français. Changement qui s’opère malgré tout à dose homéopathique. Actuellement, on cherche un club pour être partenaire d’une structure que l’on souhaite monter dans les pays émergents comme l’Ukraine, la Lituanie et la Lettonie. On a déjà tout prévu. On souhaite s’implanter à Prague, dans une position centrale pour offrir une porte d’accès vers l’Europe. Pour l’instant, on a deux ou trois clubs qui sont tentés.

Lionel Potillon et Lorik Cana, ses coups de coeur

Je suis heureux dans mon rôle actuel. Avec l’expérience que j’ai acquise durant toutes mes années dans les clubs, je peux donner aux jeunes joueurs la recette pour ne pas échouer et c’est quelque chose qui me plait. La seule chose qui pourrait me faire dévier de la voie que j’ai pris, c’est qu’un club me propose un vrai projet de formation. Car c’est vraiment le métier de formation dans lequel je me suis le plus éclaté lorsque j’étais à Saint-Etienne au bord du terrain. J’ai aimé cette proximité, le fait de participer à l’éclosion d’un joueur. A Sainté, j’ai eu beaucoup de réussite, des trophées, la dernière Coupe Gambardella remportée par le club en 1998… Je suis fier d’avoir vu grandir des Bafé Gomis, des Zoumana Camara, des Julien Sablé, des Sylvain Armand… Le joueur qui m’a rendu le plus fier ? Lionel Potillon. Il est arrivé avec moi de Louhans-Cuiseaux, sans faire de bruits. Il représente pour moi une certaine forme de réussite. Celle de la modestie, du travail. Quand il est arrivé, personne n’y croyait trop. A la sortie, il a fait l’ASSE, le PSG, la Real Sociedad, Sochaux… S’il existait une recette pour faire carrière, il faudrait la prendre chez lui. Après, j’ai un deuxième coup de cœur : Lorik Cana. Plus qu’un élément que j’ai formé à Lausanne, c’est devenu un ami, un complice qui m’a suivi à Marseille durant ma carrière. »

Recueilli par Alexandre CORBOZ