Le blog SDF : «Au FC Nantes, j’ai la chance de travailler pour un monument»

Fait suffisamment rare pour être souligné dans le monde de l’ombre qu’est le recrutement chez les jeunes : Matthieu Bideau (responsable du recrutement chez les jeunes du FC Nantes) sort un livre le 13 mai prochain « Je veux devenir footballeur professionnel ». Pourquoi ? Comment ? Entretien avec un chasseur de tête atypique.

But ! Football Club : Matthieu, le fait de sortir un livre est assez insolite chez les recruteurs. Qu’est-ce qui t’as motivé ?

Matthieu Bideau : Ce qui m’a motivé c’est qu’après avoir surfé sur le net je me suis rendu compte qu’un papa ou qu’une maman qui aimerait avoir des renseignements fiables concernant le football d’élite chez les jeunes a de grande chance de se retrouver le bec dans l’eau. Je reçois chaque semaine de multiples demandes par téléphone, mails, courriers etc … J’ai voulu répondre à une tonne de questions que se posent les jeunes et leurs parents.

Tu te sens atypique dans le milieu du recrutement chez les jeunes où on cultive plutôt le mystère et l’ombre ?

Sincèrement oui. Tout simplement parce que j’ai eu un métier avant le football et j’en aurai un autre après. Je n’ai pas peur de quitter un jour « la bulle » football. Le silence dans notre milieu est dû au fait que beaucoup ne veulent pas faire de vagues et risquer d’attirer de mauvaises ondes. Dans le recrutement c’est un peu : « pour vivre heureux vivons caché ». Cet adage ne me correspond pas. Je suis partisan du «  pour vivre heureux échangeons et partageons ». Ni plus, ni moins.

« J’ai été une erreur de casting de Guy Hillion »

Tu as été de l’autre côté et recalé après un an au centre de formation du FC Nantes. Tu le dis toi-même, c’était davantage un problème de niveau. Mais comment on rebondit après la déception ?

J’ai été une erreur de casting de Guy Hillion. J’étais un bon joueur certes, mais pas un très bon.  Je n’ai pas cherché à tout prix à rebondir dans le football. Je suis parti un an à Saint Brieuc pour passer mon Bac puis 4 ans en STAPS à Brest en continuant à jouer au football en DH bretonne. Ma déception a été mesurée car je ne suis resté en immersion qu’une année. La difficulté à ingurgiter un échec en centre de formation est proportionnelle au temps d’incubation dans la bulle football. Pour moi, ça a donc été plutôt rapide …

Est-ce que tu as toi-même accusé le coup dans les semaines et mois qui suivent sans trop savoir quelle voie prendre ?

Non car depuis tout petit j’avais à la maison une « pression » scolaire inculquée par mes parents. Je ne me suis pas posé la question et j’ai vite repris une vie normale. Si j’avais voulu commencer à bourlinguer à droite ou à gauche je ne serai pas aujourd’hui responsable du recrutement pour le centre de formation du FC Nantes. J’ai bien fais de vite tourner la page …  Par la suite j’ai eu la chance d’obtenir mon CAPEPS et d’être muté en région parisienne. C’est là bas que ma deuxième vie dans le ballon a commencé.

As-tu le sentiment d’avoir été bien accompagné dans ta sortie ?

Mes parents n’y connaissaient rien et je n’avais pas d’agent. Je jouais très peu au FCN et je n’étais donc pas très « sexy » pour un potentiel agent. J’ai juste été faire un essai de complaisance au FC Lorient car Christian Gourcuff est originaire comme moi de Douarnenez. Mais je savais au fond de moi que j’étais loin du niveau de mecs comme Mathieu Berson par exemple que j’avais côtoyé à La Jonelière. Très loin même … C’est naturellement et sans aigreur que j’ai repris le cours d’une vie tout à fait classique.

« Aujourd’hui, au FCN, nous ne pouvons nous permettre de voir jouer un jeune plus de trois ou quatre fois. »

Aujourd’hui, les agents arrivent très tôt vers les jeunes joueurs, parfois certains s’improvisent même dans ce métier. Quels sont tes conseils aux jeunes pour bien choisir un agent ?

Le sujet est vaste, complexe et très individuel. Le jeune vit-il seul avec sa maman par exemple ? Le jeune a-t-il besoin d’un « grand frère » ? Les parents sont-ils à même intellectuellement de se former au métier ? Quelle est la durée du contrat du jeune ? Je pars du principe que jusqu’à 17/18 ans c’est surtout les parents qui ont besoin de conseils. Pas le jeune ! Mais la réalité est tout autre …

Quels sont, pour toi, les pièges les plus importants à éviter pour réussir quand on arrive dans un centre ?

Le plus gros piège est de penser qu’on a le temps ! Parce que le temps passe très vite et qu’il ne faut pas perdre de temps pour prouver aux gens qu’on est un très bon joueur. Si tel n’est pas le cas la cellule de recrutement s’active rapidement pour en trouver un meilleur. Il n’y a aucun cadeau. Le deuxième piège, une fois qu’on a le sentiment d’être dans le haut du panier, c’est de croire que c’est gagné et de se prendre pour un autre … Tant que le jeune n’est pas titulaire en équipe professionnelle rien n’est acquis. Beaucoup de jeunes butent sur les dernières étapes qui mènent au professionnalisme justement car ils s’arrêtent de travailler, ou travaillent moins. Ils pensent que ça va passer naturellement … Et bien non !

Certains clubs usent de plus en plus de moyens. Il y a désormais une concurrence internationale sur certains jeunes. Comment parviens-tu, dans ce contexte, à tirer ton épingle du jeu ?

Il faut que nos recruteurs soient au bon endroit au bon moment en permanence. Après Il s’agit être réactif dans la prise décision. Aujourd’hui, au FCN, nous ne pouvons nous permettre de voir jouer un jeune plus de trois ou quatre fois. Si on prend trop de temps on se confronte à de grosses offres financières de la part de nos concurrents. Et là une fois sur deux le jeune signe ailleurs.

As-tu le sentiment que la marque FC Nantes attire toujours les jeunes générations ?

Sincèrement oui ! Le FCN se situe dans un premier chapeau avec quatre ou cinq autres clubs formateurs. J’ai la chance de travailler pour un monument. Je m’en rends compte au quotidien quand je discute autour des terrains ou tout simplement quand j’arrive au club et que je passe le portail de La Jonelière. Il se passe quelque chose là-bas que je ne saurai expliquer. Enfin si, mais c’est trop long.

Tes 3 bonnes raisons d’acheter le livre :

  • Dans le football il ne faut jamais faire confiance à 100%, il y a donc obligation de se former pour les parents.
  • Il est vital de ramener les jeunes à la réalité de l’échec et donc de l’importance de l’école.
  • Comprendre le « milieu » est essentiel pour mieux l’anticiper et le dompter.

Recueilli par Alexandre CORBOZ