FC Nantes – EXCLU Blazevic : « Le FC Nantes a été le sommet de ma carrière »
Miroslav BlazevicCredit Photo - Icon Sport
par Alexandre Corboz
NOSTALGIE

FC Nantes – EXCLU Blazevic : « Le FC Nantes a été le sommet de ma carrière »

La rencontre Croatie - France est toujours un moment particulier pour Miroslav Blazevic. Retiré des terrains depuis 2014 et un ultime passage sur le banc du NK Zadar, l'ancien coach (85 ans) a accepté pour « But ! Football Club » de revenir sur ses années nantaises. Entretien souvenirs.

But ! Football Club : Ciro, comment allez-vous ?

Miroslav Blazevic : Très bien et je suis très touché de votre appel. Je suis content de voir que certains pensent encore à moi. Cela prouve que je ne suis pas encore mort même si je suis à la retraite depuis quelques années maintenant.

Même si cela commence à dater aujourd'hui. Quel souvenir gardez-vous de votre passage au FC Nantes entre 1988 et 1991 ?

Au niveau des clubs, je pense que cela a été le sommet de ma carrière et l'un de mes plus beaux souvenirs. Je suis très heureux d'avoir pu entraîner un club du standing et avec l'histoire du FC Nantes. Maintenant, c'est sans doute l'endroit où j'ai été le plus mauvais dans toute ma carrière sur les bancs de touche... La première année ne s'était pas trop mal passée (7e) mais ensuite ce fut beaucoup plus dur (7e puis 15e). J'aurais aimé faire mieux avec cette institution. Au niveau humain, avec ma femme et nos enfants, nous avions beaucoup apprécié ces trois années.

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« Monsieur Suaudeau, c'est une institution »

A l'époque, vous êtiez arrivé avec des méthodes très différentes dans un club à la culture particulière...

C'est vrai que j'ai voulu amener quelque chose de différent. Est-ce que c'était le bon choix ?

Votre passage est aussi une parenthèse entre la première ère Jean-Claude Suaudeau (1982-88) et la seconde (1991-97)...

Oui. Monsieur Suaudeau, c'est une institution. Je ne pourrais jamais en dire du mal. Il a amené un certain style, une patte reconnaissable au FC Nantes... C'est par sa doctrine que l'on a popularisé le jeu « à la Nantaise ». Je pense que cela aurait été mal perçu par les supporters si j'avais détruit son style en opposant celui que je connais. Dans l'approche, nous étions différents mais je pense avoir respecté la tradition. A Nantes, je me suis appliqué à respecter le style qui correspondait à la mentalité des gens de cette région.

A Nantes, vous avez eu sous la main une génération magnifique...

C'est vrai. J'ai eu la chance d'entraîner le jeune Didier Deschamps mais également Marcel Desailly, lancés quelques années avant par Jean-Claude Suaudeau. J'ai aussi pu diriger un très grand joueur argentin en la personne de Jorge Burruchaga... Quand je me retourne sur ma carrière d'entraîneur, je me dis que c'est une chance. J'en suis très ému.

Avez-vous gardé des contacts avec les joueurs et dirigeants connus à Nantes ?

Pas spécialement mais j'aimerais beaucoup renouer le contact avec mon ancien directeur sportif Robert Budzynski. C'est quelqu'un avec qui je m'entendais bien et à qui je pense très souvent. Nos femmes étaient très amies. J'aimerais bien l'avoir au téléphone.

Vos années à Nantes étaient-elles émotionnellement aussi forte que cet été 1998 où vous avez brillé avec la Croatie lors du Mondial français ?

Ce sont deux choses différentes mais ce sont deux grands souvenirs dans ma carrière. A chaque fois que je suis venu en France, je me suis senti à la maison, comme si on était en Croatie. Nantes et Vittel (le camp de base de la Croatie au Mondial 1998, NDLR) sont deux endroits que je n'oublierais jamais. Jusqu'à mon dernier souffle. Les gens ont été d'une telle gentillesse, d'une telle bienveillance... Avec la Croatie, on a senti les gens derrière nous. Cela nous a aidé à soulever quelques montagnes...

« Après 50 ans sur le banc, je suis arrivé à saturation »

Depuis la Croatie, vous arrive-t-il de suivre encore les résultats du FC Nantes ?

Je dois vous faire une confidence : après 50 ans non stop à courir sur tous les terrains, à s'asseoir sur les bancs de touche, je suis arrivé à saturation avec le football. C'est arrivé d'un coup. Aujourd'hui, je ne regarde plus beaucoup le foot, même à la télé. Je préfère rester avec mes souvenirs et ne pas commenter ce que font les autres. Quand vos confrères m'appellent pour parler d'untel ou d'untel, je ne préfère pas émettre d'avis, pas dire de bêtises. Je ne suis pas assez ce qui se passe, je n'aurais pas la compétence de juger les gens ou les clubs.

Vous arrive-t-il encore de voyager ? De repasser par la France ?

Non. Je reste proche des miens en Croatie. Mon âge ne me permet plus de partir à l'aventure. J'ai désormais 86 ans. Je sens le poids des années. Je pense beaucoup à la suite, à l'image que je laisserais en partant. J'ai la chance d'avoir une femme très gentille, qui m'a suivi dans tous mes voyages et m'a donné tout son amour. J'espère encore profiter un peu de ça même si je sais que le temps m'est désormais compté...

Un petit mot pour finir à l'attention des supporters nantais ?

Même si je suis le football de loin, je suis content de voir que Nantes se stabilise. L'histoire de ce club est faite de haut et de bas. C'est toujours un plaisir de voir Nantes se réveiller. Ce club est phénoménal. Il est comme un volcan : parfois en sommeil mais capable de bouillir. Je souhaite aux supporters de revoir des titres prochainement...

MAKING OF

Grâce à l'entremise d'un confrère et ami journaliste à Sportske Novosti, nous avons eu l'occasion de joindre l'emblématique Miroslav Blazevic, sélectionneur au « képi » de l'équipe de Croatie lors du Mondial 1998, en septembre dernier. Une interview que nous n'avons pas souhaité vous passer en période de Mercato. Aujourd'hui âgé de 85 ans et retiré des bancs de touche depuis six ans, « Ciro » a répondu avec plaisir à nos sollicitations. S'il était difficile pour lui de parler du football actuel duquel il s'est éloigné, l'emblématique technicien était plus qu'heureux de prendre un appel d'un journaliste français. Après l'entretien, qui aura duré une quinzaine de minutes, Miroslav Blazevic nous a remercié à de nombreuses reprises d'avoir pris de ses nouvelles.