FC Nantes - L'analyse de Charles Guyard : Autopsie d'un naufrage
par La rédaction
Pourquoi ça va si mal

FC Nantes - L'analyse de Charles Guyard : Autopsie d'un naufrage

En panne de résultats, le FC Nantes est secoué de tous les côtés. Des entraîneurs et des joueurs qui se succèdent sans logique (sportive) apparente, une direction trop souvent absente au quotidien, et des ennuis judiciaires en cascade, le tout dans une ambiance malsaine...

Les résultats

Quand on en vient à qualifier de "petit miracle" une égalisation arrachée dans les dernières secondes comme dimanche 20 décembre contre Angers (1-1), alors oui, il y a problème et Patrick Collot ne s'en cache pas : son équipe « doute », "manque de confiance" et est bien "en difficulté". Et cela date, puisqu'au moment d'aller défier le leader à Lyon pour boucler une année 2020 tout à fait particulière, le FCN n'a plus gagné depuis le 8 novembre (2-0 à Lorient) et vient ainsi d'enchaîner un sixième match de suite sans victoire (autant de nuls que de défaites).

Depuis l'entame de la saison, les partenaires de Nicolas Pallois avancent au rythme famélique de... 0,94 point par encontre ! Et à entendre le coach (intérimaire), la suite ne s'annonce pas vraiment plus rassurante pour une formation qui pointait, rappelons-le, à la 6e place de la L1 au moment de la trêve hivernale 2019-2020. "Si on est aussi pauvre dans le jeu, les jours et les semaines à venir seront difficiles". Ou encore : "L'avenir nous dira (si le FCN est armé pour jouer le maintien), il faut être conscient qu'on va lutter pendant un moment dans des vents de turbulence importants." N'en jetez plus ! Heureusement, assure le technicien, ses protégés ne semble dépourvus ni de « courage »ni de « volonté ». Et puis, comme l'a évoqué Nicolas Pallois : "Ca fait 4 ans que je suis là et chaque année, on ne joue que 6 mois, donc j'espère qu'on va faire 6 bons mois." Nous voilà, rassurés !

Le climat

A entendre joueurs et entraîneur, non, les Canaris ne sont "pas si perturbés" que cela par l'environnement du FC Nantes. On n'est pas forcé de les croire même si leur métier reste, il est vrai, cantonné au terrain. "Ce n'est pas notre problème", assène froidement un titulaire. Juste à côté toutefois, les remous sont nombreux. D'abord un coach a été viré mais c'est tellement une habitude ici qu'on n'y prête à peine attention. Tellement anecdotique d'ailleurs qu'après un simple communiqué envoyé pour annoncer le limogeage de Christian Gourcuff, Patrick Collot a été investi numéro un pour finir l'année sans même qu'un dirigeant ne daigne venir s'en expliquer...

A vrai dire, les Kita avaient sans doute autre chose à faire puisqu'à peine Gourcuff avait-il vidé son bureau que des enquêteurs débarquaient à la Jonelière pour fouiller ceux de la direction. Une perquisition qui faisait suite à d'autres, déjà menées à Paris, et qui pourraient être liées aux déboires fiscaux de Waldemar Kita. Selon une enquête conjointe de Médiapart, de Médiacité et de différents médias belges, l'homme d'affaires aurait ainsi "oublié" de régler le fisc à hauteur de 14,8 M€ au titre de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Une procédure lancée en 2017 qui a déjà provoqué la saisie de plusieurs biens immobiliers, notamment un yacht (restitué depuis). Au final, avec les pénalités, le patron du FCN pourrait devoir régler près de 20 M€... Trop c'est trop pour les supporters qui, ne pouvant venir au stade en raison du contexte sanitaire, sont venus manifester aux abords de la Beaujoire (et même en ville en y déployant des banderoles) pour réclamer, une nouvelle fois, le départ du Franco-Polonais.

Il y eut ensuite la prise de parole de deux élus du conseil social et économique du club, représentant les 204 salariés de l'institution, en marge d'une conférence de presse. "Nous sommes indignés et unis avec notre direction dans ces moments difficiles, ont-ils tenu à réagir.Les événements (la manifestation organisée avant le match face à Dijon a été le théâtre d'affrontements avec les CRS, NDLR)sont inacceptables comme est inacceptable le climat de haine répandue depuis des semaines sur les réseaux sociaux (…) En s’attaquant aux administratifs, comme on l’a vu dimanche sur les affiches, il faut s’imaginer faire un peu d’empathie, car ça, c’est de la violence. On est en train d’attaquer des administratifs qui n’y sont pour rien."

Et la mairie dans tout cela ? Celle-ci se refuse à tout commentaire officiel. Mais lors d'une rencontre avec des étudiants nantais, Ali Rebouh, l'adjoint aux sports, n'a pas manifesté un enthousiasme démesuré à l'évocation de Waldemar Kita : "Nos relations sont celles entre le propriétaire et la collectivité, point barre, ça ne va pas plus loin". Il est loin le temps des révérences entre le patron des Jaune et Vert et la maire Johanna Rolland, lorsqu'avait été présenté le projet YelloPark en 2017. D'abord validé par le conseil municipal, le projet (qui consistait à détruire l'actuel stade pour en construire un tout neuf, le tout dans un vaste programme immobilier) a ensuite été enterré, précisément en raison des ennuis judiciaires de M. Kita. Ce dernier en garde une rancune tenace, réclamant à la ville de lui rembourser les quelque 12 M€ engagés (à fonds perdus, donc) pour réaliser des études de faisabilité, et prospectant un autre site pour y installer le club (et son stade?), privant la métropole des retombées qui en découlent. La région d'Ancenis (à plus de 45 km de Nantes en direction d'Angers) a été citée. "C'est vraiment compliqué en ce moment", souffle désabusé un salarié... Quant aux anciens, la plupart refuse de s'exprimer. Non pas par désintérêt, plutôt par lassitude. "Il (Kita)est totalement égocentrique, et ne veut rien lâcher, pour garder la face, avoir le dernier mot, il est prêt à tout", craint un ex de la Maison. Pour un autre, seule une relégation administrative pourrait, éventuellement, le  "pousser à partir", veut-il croire. Alors il sera possible de tout reconstruire. A l'exemple du RC Strasbourg ? En attendant, certains préfèrent en rire (jaune), à l'image de ce supporter qui, dimanche, a mis le club en vente sur Le bon coin. "Monument historique du football français cherche repreneur", fait saliver l'annonce. Mais attention, pour 1€, "des travaux sont à prévoir". On veut bien le croire ! 

 

La gestion

Saisissant contraste dimanche 20 décembre pour l'ultime match de l'année 2020 à la Beaujoire. D'un côté Patrick Collot était (provisoirement) assis sur un banc transformé depuis douze ans et demi en un véritable siège éjectable quand, de l'autre côté, Stéphane Moulin y était, lui, solidement fixé depuis sa nomination en juin 2011, faisant de lui le coach le plus stable de tous les grands championnats européens. C'est simple, depuis que Waldemar Kita a repris le FC Nantes en juillet 2007, la durée de « vie » d'un technicien sur les bords de l'Erdre n'excède pas, en moyenne, les 10,7 mois !

Une furtivité qui ravirait, s'il elle existait, n'importe quelle agence pôle emploi spécialisée dans le métier d'entraîneur professionnel tant le turn-over permet d'y placer des candidats inactifs. Côté joueurs on n'est pas en reste : été comme hiver, les mercato sont menés sans logique apparente (logique sportive du moins), et en tout cas dans le dos des staffs, ce qui est plus ennuyeux. Pour y construire un projet sportif fiable et ambitieux, ce n'est donc pas la bonne adresse, assurément. Et pourtant, on a bien cru, à un moment, que Christian Gourcuff serait l'homme de la situation. Son président, qui rêvait déjà de le faire venir dès son arrivée à la tête du club, avait cette fois réussi à l'attirer à l'été 2019 jusqu'à espérer en faire un super manager, sorte de directeur du football, titre plus ou moins ronflant que l'on voit de plus en plus dans l'organigramme des grands clubs du Vieux Continent. Las... Entre les guéguerres de pouvoirs internes et l'omniprésence de l'agent Mogi Bayat dans toutes les transactions et décisions prises, la marge de manœuvre de Gourcuff était du coup très limitées, réduites au seul rectangle vert où le Breton devait bricoler avec un effectif composé sans son réel consentement.

Résultat : début décembre, et après la lourde défaite contre Strasbourg (4-0), l'admirateur de Denoueix est venu étoffer la longue liste de ses prédécesseurs ayant eux aussi cru, un temps, pouvoir imprimer leur marque à la Jonelière. Quinze ? Dix-sept ou dix-huit si l'on compte les intérimaires ? Peu importe le nombre exact ni même le CV ou l'aura du titulaire finalement : de Ranieri à Halilhodzic en passant par Baup ou encore Girard, Furlan et Rohr, aucun n'est parvenu à s'inscrire dans la durée. Avis au suivant : sur le plan immobilier, privilégier la location plutôt que l'investissement dans la région nantaise. L'épouse de Claudio Ranieri avait d'ailleurs vu juste, convainquant l'Italien de ne pas acheter ici ! Le suivant justement (qui ne sera donc pas Laurent Blanc notamment) aura fort à faire. Remobiliser un groupe dont le moral semble en berne, savoir travailler sous la coupe d'un agent - directeur sportif très influent (Mogi Bayat), et surtout en l'absence physique d'un président-propriétaire qui ne met que très occasionnellement les pieds à Nantes, préférant gérer ses affaires depuis ses bureaux parisiens. On n'imagine mal un profil à la Sergio Conceiçao qui n'est pas un homme de compromis et pourtant son profil serait (et a été) idéal.

Le Portugais avait su emporter l'adhésion de tout un vestiaire en décembre 2016 lorsqu'il a débarqué au chevet d'une équipe malade. Sa fraîcheur (42 ans à l'époque) et sa riche carrière en avait fait un interlocuteur crédible auprès des joueurs qui pouvaient s'identifier à lui. Mais ces qualités ne sont pas qu'une question d'âge au fond. Comme l'expliquait récemment Christophe Galtier dans un entretien au magazine So Foot, il suffit d'adopter les bons codes en rapport avec la nouvelle génération. Terminés les rappels à l'ordre devant le reste de l'équipe, place à des analyses individualisées. Terminés aussi les coups de téléphone, place aux messageries instantanées type watsapp. Puisque le haut niveau n'est qu'une histoire de détails, ceux-ci en font partie. On ne communique plus en 2020 de la même manière qu'en 2000. Christian Gourcuff n'en était pas un fervent adepte, pas plus, sans doute, qu'un Ranieri ou un Girard. Au fond, la solution la plus Kita compatible ne s'appellerait-elle pas... Waldemar Kita, lui-même ? L'homme s'est souvent targué d'être un vrai meneur et un ancien joueur de bon niveau. Il fut un temps où il prenait même place sur le banc. Alors, chiche ?