Aston Villa – EXCLU Gestede : « Dans le vestiaire, ça parle pas mal français »

Fraîchement transféré de Blackburn (Championship) au sein du nouveau club « francophile » d’Aston Villa pour approximativement 9 M€, l’attaquant Rudy Gestede (26 ans) se confie à « But ! Football Club ». Entretien.

Rudy, vous avez brièvement pu découvrir la Premier League avec Cardiff en 2013-2014. Cette fois-ci, c’est vraiment la bonne …
Rudy GESTEDE :J’espère… La première fois, j’avais découvert la Premier League dans d’autres circonstances. Nous étions montés de Championship à Premier League et je n’étais pas un élément très important de l’équipe. Là, j’ai vraiment été recruté par un club qui veut de moi. Je pense que j’aurais davantage ma chance. A moi de la saisir.

Ressentez-vous une petite pression ? Aston Villa mène un recrutement assez ambitieux et onéreux …

Forcément, il y a beaucoup d’attente. De nombreux éléments ont changé dans l’équipe. Le coach veut amener ses joueurs. Les supporters, le staff… Tout le monde est impatient de voir comment ça va se passer. Après, la pression fait partie du métier. On l’a tous les week-ends. Il faut faire avec. Ça va bien se passer, il n’y a pas de raisons…

Aston Villa sort d’une saison assez compliquée ponctuée à la 17e place. Quels seront les objectifs fixés par le club et les vôtres individuellement ?

Collectivement, le coach veut amener un nouvel élan pour oublier la saison passée. Le groupe a été rafraîchi, régénéré… A titre personnel, je n’aime pas trop faire de grandes déclarations. J’espère jouer un maximum de matches, bien sûr. Pour le nombre de buts, je le garde pour moi.

« Avec les anciens de Ligue 1, on va s’entraider »

Vous arrivez dans une équipe très francophone avec quatre joueurs arrivant de Ligue 1 (Jordan Ayew, Jordan Amavi, Jordan Veretout, Idrissa Gueye). Vous allez devoir jouer les grands frères ?

Avec l’ancien Valenciennois Carlos Sanchez, on est cinq ou six joueurs qui parlent français. Dans le vestiaire, ça parle pas mal français. Après, le rôle de grand frère, je ne pense pas … J’ai l’avantage de connaître le pays. Je pourrais leur donner deux ou trois conseils sur l’Angleterre mais bon… Déjà, il faut que je me concentre bien sur mon travail. Ils feront de même. On va s’entraider. Les jeunes de Ligue 1 vont amener de la fraîcheur mais je ne suis pas non plus un vieux. Je n’ai que 26 ans. En tout cas, si je peux les aider, je le ferais. Je sais que ce n’est pas simple d’arriver dans un nouveau pays à 21 ans, surtout quand on ne parle pas trop la langue. Je l’ai fait. Après, à Aston Villa, on est bien encadré. Il y a une interprète qui fait la liaison entre le club et les joueurs.

Vous avez quitté la France en 2010. Connaissez-vous les Amavi, Gueye, Veretout ou Ayew, qui débarquent vraiment en Angleterre cette saison ?

Je suis toujours le championnat de France de loin. J’ai les chaînes françaises à la maison. Comme je regarde le Canal Football Club, je connais un peu. Davantage Jordan Ayew parce qu’il a joué à Marseille et qu’il était plus médiatisé que les autres. Les Veretout, Amavi ou Gueye, j’en avais entendu parler de loin. Ce que je remarque, c’est que ce sont des joueurs talentueux. Aston Villa a fait un bon recrutement avec eux.

Comme Ayew, Veretout, Amavi ou Gueye, vous êtes parti très jeune de France…

A l’époque, en 2010, j’étais en fin de contrat au FC Metz. On me proposait un contrat amateur. Après ça, je n’avais pas tellement de propositions. Clermont-Ferrand était venu aux renseignements mais avait lâché l’affaire. Mon objectif, c’était l’Angleterre. J’ai donc demandé à mon agent (David Wantier, NDLR) de se renseigner. Il m’a dégotté deux essais. On a fait le choix d’aller à Cardiff et ça s’est bien passé. Ça s’est fait naturellement. En France, je n’avais pas eu une belle expérience professionnelle au FC Metz à l’exception de mes débuts en Ligue 1. J’avais envie de changer d’atmosphère. Cela a été une vraie chance pour moi.

« Signer en Premier League, ce n’est pas l’aboutissement »

A postériori, c’est un choix que vous ne regrettez pas même si ce n’était pas forcément simple au départ …

Totalement même si je n’arrive en Premier League qu’à 26 ans. Plus jeune, j’étais souvent blessé. L’Angleterre m’a endurci. Je me suis solidifié, j’ai pris de l’expérience… Personnellement, je n’ai jamais douté de mes qualités même si d’autres l’ont fait pour moi. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver là mais ce n’est que le début d’une belle aventure. Ce n’est pas fini. Signer en Premier League, ce n’est pas l’aboutissement.

Vous êtes un vrai citoyen du monde : né en France, évoluant en Angleterre, international béninois avec des racines américaines…

Pour les Etats-Unis, c’est mon grand-père qui est originaire de là-bas. J’aurais bien aimé obtenir la nationalité américaine mais c’est plus compliqué. Surtout si on ne l’a pas eu avant les 18 ans. Ma mère ne l’a pas. Moi, j’aurais pu l’avoir si je l’avais demandé avant ma majorité. Malheureusement, j’ai fait ma demande trop tard. Je m’étais renseigné auprès de la Fédération mais c’était compliqué d’obtenir les papiers. A côté de ça, le Bénin n’arrêtait pas de me relancer. C’est pour ça que j’ai choisi cette sélection.

Aujourd’hui, vous comptez six sélections avec le Bénin. L’an dernier, malgré votre excellente saison en Championship (20 buts), vous n’avez été appelé qu’une fois. C’est toujours un objectif la sélection ?

L’an dernier, il y avait des soucis entre le Ministère et la Fédération. C’était compliqué de rejoindre la sélection. Aujourd’hui, ils sont en train d’éclaircir les choses. Le climat est apaisé. En juin, je n’ai pas pu y aller parce que j’ai eu un souci physique mais j’espère pouvoir être présent en septembre pour les qualifications de la CAN face au Mali. C’est un objectif important. J’aimerais jouer une Coupe d’Afrique. Surtout que ça fait un moment que le Bénin n’y est pas parvenu…

Propos recueillis par Alexandre CORBOZ