Tribune supporters : du virage s’élèvera, l’histoire d’un chant

Désormais, chaque mardi à 19h, nous étudierons l’origine d’un chant de supporters, connu ou inconnu, dont l’histoire comme la beauté valent le détour.

Supporters de l’OM, du PSG, de l’ASSE, du RC Lens et de partout en France, imaginez un chant tout à la fois entraînant, insultant (eh oui, on est des ultras, quand même !) et humiliant pour votre pire ennemi, lui rappelant le moment le plus noir de vos confrontations. Ce chant, les supporters de Rosario Central l’ont inventé après une raclée (4-0) infligée aux Newell’s Old Boys le 23 novembre 1997.

Si tout le monde connaît les Superclasicos entre Boca et River, si les derbys Racing-Independiente sont également très chauds, ceux entre les deux clubs de Rosario, Central et Newell’s, sont incandescents. Parce que, contrairement à Buenos Aires où il existe une vingtaine de clubs professionnels, dans cette ville d’un peu plus d’un million d’habitants, on est soit Canalla (Rosario), soit Leproso (Newell’s), comme Marcelo Bielsa et Lionel Messi.

Perdre un derby en Argentine, pour un joueur, c’est dur. Car non content de se faire chambrer par les supporters adverses, ses propres ultras n’hésitent pas à recourir à la violence pour lui faire comprendre à quel point il les a humiliés. C’est ce point précis qui a conduit Newell’s à un comportement incroyable le 23 novembre 1997 et donc à la création de ce chant mythique, « No abandones ñuvel », « n’abandonne pas Newell ».

Avant ce derby, les Rouge et Noir, où évolue dans le couloir gauche un certain Gabriel Heinze, sont au fond du trou en championnat. Dès la 2e minute, Da Silva ouvre le score pour Rosario. Coudet et Carracedo portent le score à 3-0 à la pause. Les joueurs de Newell’s pètent totalement les plombs, trois de leurs joueurs sont expulsés au cours des 45 premières minutes (Dalla Libera, Zamora y Saldana).

Dans les vestiaires, à la mi-temps, les Leprosos ne voient qu’un moyen pour éviter une déroute historique : faire en sorte que l’arbitre arrête le match car il n’y a plus assez de joueurs sur le terrain. A la 64e, juste après que Carbonari ait porté le score à 4-0, le milieu de terrain Paris agresse un défenseur de Rosario sans aucune raison apparente. Expulsion. Il ne reste plus que sept joueurs. Encore un et le match est arrêté. Le gardien Sergio Goycoechea (ex-Brest) court alors vers son latéral droit pour lui demander de simuler une blessure. Sauf que son entraîneur n’a pas encore faire de changements ! Il s’exécute dans la foulée, le latéral droit simule et l’arbitre siffle la fin de la partie à la 64e, le score de 4-0 étant confirmé.

Après ce comportement ridicule de leur pire ennemi, les supporters de Rosario Central imaginent cette chanson :
No abandones ñuvel (no no no)   (n’abandonne pas Newell’s, non, non, non)
No abandones ñuvel (no no no)   (n’abandonne pas Newell’s, non, non, non)
Que ese 4 a 0 no se olvida más   (que ce 4-0 ne soit jamais oublié)
Esta banda ya no puede parar, esta banda ya no puede parar   (ce groupe ne peut pas s’arrêter x2)
Leproso puto te vamo a encontrar   (putain de Leproso, on va te retrouver)
Y el chiquero te vamo a quemar   (et le gamin – un des surnoms de Rosario Central – va te brûler)

Chanson qu’ils chantent à s’en faire péter les cordes vocales en prélude de chaque derby, dans un Gigante de Arroyito où les quatre tribunes sont en fusion. Dans la vidéo ci-dessus, appréciez la puissance du chant au moment où les joueurs de Newell’s pénètrent sur la pelouse (3mn33). Entre ça et la promesse de se faire brûler, il y a vraiment de quoi avoir envie d’abandonner pour les Rouge et Noir !

R.N.