ASSE – Chronique verte : Le Parisien et son derby

Chaque semaine, Benjamin Danet, supporter invétéré de l’ASSE et directeur général des Editions But!, vous donne son sentiment sur l’actualité des Verts.

On y arrive. LE rendez-vous se profile, attendu dimanche, très précisément, dans notre théâtre tant aimé. Quatre-vingt dix minutes de souffrance, nerveuse s’entend, et un avant-match à déjà préparer chaque matin, chaque après-midi, chaque soir. Pas un jour de la semaine sans se dire : “On n’a pas le droit de le perdre celui-là”. Pas un instant de réflexion sans que remonte à la surface ce curieux sentiment de défiance à l’égard de l’Olympique Lyonnais. Et pas besoin d’être un gaga, un Steph, pour mépriser l’encombrant voisin. Trop de suffisance, sans doute, de titres accumulés ces dernières années, et pas la même approche du ballon rond et des rapports humains.

« Je dois bien reconnaître que le dépit lyonnais est synonyme de bonheur rare »

Quoi qu’il advienne dimanche, entre regrets, joies, exaspération ou jubilation, pas un derby n’échappe à mes souvenirs. Celui d’un enfant de Paname très tôt tombé dans le Chaudron et qui assista à son tout premier duel régional un dimanche des années 80, alors que Robert Herbin, Jean-François Larios et Felix Lacuesta étaient dans le camp d’en face. Une victoire, sublime, un but, splendide, de Carlos Duarte, une bande de jeunes Verts pétris de talent (Ribar, Daniel) et la certitude de (déjà) supporter une équipe pas comme les autres. Il y eut, pour moi, des centaines de kilomètres avalés et d’autres derbys disputés. Douloureux, parfois, avec ce but contre son camp de Sylvain Kastendeuch, dont le Kop Nord mit si longtemps à se remettre. Insupportables, même, avec les réalisations de Sidney Govou ou Jimmy Briand en toute fin de rencontre.

Mais quel pied, au fond, de parfois souffrir pour profiter de succès inespérés. Ce 3-0 dans les années 90, avec un Olmeta au fond du trou, bombardé de projectiles et de missiles signés Mendy, Wohlfarth et Despeyroux. Ce hold-up jouissif, pour la 100e, et ce coup franc venu d’ailleurs de Dimitri Payet dans la lucarne de Hugo Lloris. Marrant, d’ailleurs, de se convaincre des années après que le Réunionnais, pourtant parti sous d’autres cieux, reste à jamais associé au derby et présent dans nos cœurs. Et comment oublier, enfin, la gifle brutalement posée sur les joues de Gonalons, Tolisso et d’autres un dimanche soir d’hiver il y a deux ans avec une victoire 3-0 et un Max-Alain Gradel flamboyant ?

Un derby, on le sait, n’est pas un match de football. Il incarne trop d’histoires et de ressentis, véhicule trop de valeurs pour s’arrêter à un simple score et au contenu d’une rencontre. Loin de moi l’idée, saugrenue je dois l’avouer, de pardonner aux miens les errances d’une saison toute entière avec une ou deux victoires face au voisin honni. Et loin de moi le sentiment d’être rassuré avant le rendez-vous de dimanche, tant Lopes et sa bande me paraissent devant Ruffier et les siens. Mais je dois bien reconnaître que le dépit lyonnais est synonyme de bonheur rare. Que la tête dépitée de Jean-Michel Aulas dans la tribune vaut (presque) tous les bonheurs du monde. C’est ainsi et pas autrement. La magie ou la bêtise, je ne sais toujours pas. Ce dont je suis convaincu, en revanche, c’est que l’enfant de Paname va encore avoir le ventre noué et l’invective facile quatre-vingt dix minutes durant. Et qu’il faut VRAIMENT bouffer de la quenelle dimanche soir. Le derby est lancé.