Le blog SDF : Les origines de la formation « à la Lyonnaise »

Avant de devenir la plus grande usine à champions de France, le centre de formation de l’Olympique Lyonnais est parti de très loin. Plongée dans les années 80 en compagnie du très rare José Broissart (68 ans), l’homme qui a mis en place et fait grandir la formation à la Lyonnaise (1980-2005), nous explique la génèse de la pépinière de Tola Vologe.

Le point de départ

« Contrairement à ce que beaucoup pensent, je n’étais pas le premier formateur lyonnais. Avant moi, il y avait Canzio Capaldini qui œuvrait pour l’OL. Mais, à la fin des années 70 – début des années 80, Georges Boulogne (Directeur Technique National) a créé les centres de formation à la Française. Avec huit ou neuf autres clubs comme l’AS Saint-Etienne, Sochaux ou encore Monaco, l’Olympique Lyonnais a monté le sien. Je venais d’arrêter ma carrière et je commençais ma reconversion. Au départ, nous n’étions que deux salariés à temps plein avec Alain Thiry. Il n’y avait pas non plus cinquante catégories. Alain s’occupait des plus jeunes et moi je prenais tous ceux qui avaient plus de 16 ans. Gérard Drevet est le premier à nous avoir rejoints par la suite. »

Les pionniers du Sport-Etudes

« Notre idée forte, celle qui a fait la différence, c’est que nous étions les pionniers à conjuguer football et scolarité. Dans les autres clubs, ils donnaient des cours directement dans leur centre, en vase clos. De notre côté, nous avions travaillé très tôt avec deux structures scolaires : le collège Vendôme (remplacé en 1995 par le collège Saint-Louis, une école privée qui offrait un internat pour accueillir les stagiaires, NDLR) et le lycée Frédéric Faÿs, sous la tutelle d’un coordinateur qui était Robert Béroud. Grâce à eux, on a pu aménager les horaires scolaires et les entraînements. C’était une volonté forte de notre part que nos gamins ne soient pas coupés du monde et qu’ils puissent avoir une scolarité normale. Au centre, on faisait d’ailleurs des réunions mensuelles avec les responsables scolaires pour passer au crible chaque jeune. »

L’évolution des infrastructures

« Bien sûr, à l’époque, les structures pour accueillir les jeunes n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. La plupart de nos jeunes étaient alors recrutés de la région. Ils rentraient donc chez leurs parents le soir. Pour les quelques-uns qui venaient d’un peu plus loin, nous louions une villa à Oullins. Plus tard, on a mis en place une véritable structure d’accueil. Les chambres étaient alors à Tola Vologe, dans l’actuel bâtiment des pros, sous la tutelle de Gérard Drevet qui était aussi leur entraîneur. Il faut dire qu’à l’époque, l’équipe première avait son vestiaire directement dans le stade de Gerland, cela facilitait les choses (ce n’est qu’en 2007 que le centre de formation a été construit à côté du siège de l’OL, NDLR). »

Le recrutement et les moyens de départ

« Pour le recrutement, on écumait le bassin rhodanien. On débordait sur la Loire, l’Ain, l’Isère et la Drôme mais c’était très artisanal. Au fur et mesure, Alain Thiry s’est pris de passion pour la détection et on a pris le parti d’élargir la zone de recherche. C’est lui qui a fait venir les premières générations qui ont percé. Au début, c’était dur de convaincre certains jeunes. Le club n’avait pas le même palmarès et Saint-Etienne était le grand club de la région, au sommet du football français. On n’avait pas les mêmes armes mais, à cette époque, on jouait sur notre projet de scolarité pour convaincre les parents. On ne payait pas les familles pour accueillir les jeunes. De toute façon, nous n’avions pas un immense budget. A vrai dire, je n’ai jamais su quels étaient nos moyens dévolus à la formation. Dans les périodes difficiles, on nous balançait juste que le club dépensait trop sur le centre (Rires) Ce n’est qu’avec l’arrivée de Jean-Michel Aulas en 1987 qu’on a vu un financement en hausse pour le centre de formation (le budget dévolu au centre en 2015-2016 est de 8 M€, NDLR). »

L’arrivée des éducateurs

« L’une des clés de notre réussite, cela a été cette identité lyonnaise. A partir du moment où on a pu recruter des éducateurs-salariés, nous sommes allés vers des anciens de la maison, des « Lyonnais de souche », passés par le centre de formation et qui avaient porté les couleurs du club au plus haut niveau. Il y a eu Stéphane Roche (actuel directeur du centre, NDLR), que j’ai eu comme stagiaire dans les premières années du centre, tout comme Rémi Garde, Bruno Génésio, Joël Fréchet… mais aussi des plus anciens comme Robert Valette. D’ailleurs, Alain Thiry était aussi de ce sérail. Ce mode de fonctionnement a permis une transmission de la culture du club. »

La recette miracle pour former des attaquants

« Comme les attaquants étaient la denrée rare du marché et que c’était ce qui coûtait le plus cher à recruter,  on a réfléchi sur la manière d’en sortir un maximum. Un centre de formation, c’est aussi un centre de recherche. L’éducateur doit être en mesure de prévoir ce que sera le football de demain. Nous, dès le départ, on a axé nos détections sur les qualités inhérentes aux attaquants : la vitesse d’exécution individuelle et collective, les qualités de dribbles. Personnellement, je n’ai jamais compris les éducateurs qui gueulaient : « Lâches ton ballon ! » au bord de la touche. Aux entraînements, j’encourageais les jeunes qui avaient des prédispositions à dribbler. On abordait aussi très tôt le travail spécifique devant le but. Durant la période post-98, où la plupart des clubs travaillaient sur des profils plus physiques, on a toujours priorisé la technique. Les qualités physiques, ça peut toujours s’améliorer. Pour la technique, c’est toujours plus compliqué. »

Propos recueillis par Alexandre CORBOZ

Alexandre Corboz

Journaliste à But! depuis 2008