Tribune supporters : du virage s’élèvera, l’histoire d’un chant

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Désormais, chaque mardi à 19h, nous étudierons l’origine d’un chant de supporters, connu ou inconnu, dont l’histoire comme la beauté valent le détour.

Cette semaine, retour en France avec une chanson très polémique puisqu’elle a fait réagir les politiques de deux villes en au moins une occasion : la version OL du classique de Charles Aznavour « Emmenez-moi ». Déjà, petit clin d’œil historique, la version originale est sortie en 1967, année du deuxième grand titre lyonnais, la Coupe de France (3-1 contre Sochaux), remportée à une période où l’ennemi stéphanois écrasait la concurrence.

A quelle époque est née la version lyonnaise de ce hit ? Difficile à dire. Parce qu’aucun article ne lui a été consacré dans la presse et parce que les principaux intéressés, les Bad Gones, refusent de communiquer avec les médias. Sur Youtube, la plus ancienne version mise en ligne remonte à 12 ans, soit à la fin de la grande époque de l’OL. Gageons qu’elle a plutôt vu le jour à la fin des années 90, début des années 2000.

En 2012, après la victoire de l’OL en Coupe de France, les joueurs l’avaient entonnée sur le toit de l’Hôtel de Ville, provoquant un mini tollé chez les politiques, au prétexte que les Stéphanois y sont qualifiés de bâtards, entre autres amabilités. Dans cette chronique, nous passons outre les insultes, sinon nous ne pourrions jamais parler des chansons argentines, pourtant les plus entraînantes du monde !

A signaler que les Nantais de la Brigade Loire, qui entretiennent une rivalité historique avec l’AS Saint-Etienne, l’ont également reprise à leur compte. On vous laisse prendre connaissance des paroles complètes de la chanson car, non, ses auteurs ne se sont pas contentés de détourner le refrain. Ils ont tout réécrit et c’est assez drôle, pour peu qu’on lise le texte avec un regard neutre !

Dans ce stade où la honte et l’ennui
Côtoient les clodos
Comme sponsors on a Vivendi
On a Casino
Il viennent de la Loire entière
Et des quartiers miteux
Tous imbibés de bière
De l’espoir plein les yeux
Des mirages
Traînant une odeur de grisou
Sentant le kebab cru
Applaudissant Guillou
Quand celui-ci salue
Le virage
Moi qui est connu Platini
Dans les années d’or
Maintenant on a Antonetti
Et on gobe les morts

Emmenez-moi à Geoffroy Guichard
Emmenez-moi au pays des bâtards
Il me semble que la misère
Serait d’être supporter des verts

On a prévu des fumigènes
Torcher les banderoles
C’est pour exprimer notre haine
Envers ces tafioles
A l’arrivée des équipes
On siffle l’adversaire
Qui n’a rien dans le slip
Mais qui craint pas les verts
C’est la merde
On sait que Casagrande
Fera des boulettes
Et que nos attaquants
Ne valent pas une cahouette
Qu’on va perdre
Je fuirai, laissant a Wasquehal
Le gain des 3 points
Pour rejoindre
Un tas de pédales au bistrot du coin

Emmenez-moi à Geoffroy Guichard
Emmenez-moi au pays des bâtards
Il me semble que la misère
Serait d’être supporter des verts

Après la défaite on r’fait le match
Avec des ivrognes
On est verts mais on a pas d’latche
Car on est des trognes
Prends la route qui nous mène
Aux mines du Forez
On s’dit que c’est pas la peine
De gaspiller notre pèze
Pour ce club
Quand on pense qu’il a 20 ans
Les frères Rivelli
Mystifiaient en dribblant
Les défenses du pays
Bandes de teubs
Quand les bars ferment
Que les Ultras torchent leur packs de 16′
En pensant aux poteaux carrés
De mai 76

Emmenez-moi à Geoffroy Guichard
Emmenez-moi au pays des bâtards
Il me semble que la misère
Serait d’être supporter des verts

Raphaël Nouet

Journaliste à But! depuis 2001