L’instant OM : Villas-Boas ou comment ringardiser les entraîneurs français en cinq mois

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Supporter de l’OM devant l’éternel (qui, pour lui, s’appelle Raymond Goethals), Raphaël Nouet revient chaque mercredi soir sur l’actualité chaude de son club de cœur.

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“Comme vous tous j’imagine, j’étais un petit peu en panique hier soir au bout de dix minutes de jeu au stade Raymond-Kopa. Je voyais l’OM acculé sur ses buts, incapable de garder le ballon, le SCO se procurer de belles occasions, et je me disais qu’un nul serait déjà bien. Et puis Sanson, et puis Payet, et puis surtout, surtout, l’explication donnée au coup de sifflet final : subir et laisser le ballon aux Angevins était une tactique pensée par Villas-Boas pour surprendre son adversaire.

Bingo. Stéphane Moulin, pour qui j’éprouve le plus grand respect, a avoué après-coup avoir été surpris par cet OM à contre-emploi. Le temps qu’il retrouve ses esprits et imagine une parade, il était déjà trop tard. Les Marseillais menaient 2-0 à la pause, la réussite et la solidité du moment faisaient qu’ils ne seraient pas rattrapés. Nous voilà nantis de cinq points d’avance sur notre plus proche poursuivant, Bordeaux, que nous accueillons dimanche.

Comment, aujourd’hui, ne pas se mettre à genoux pour saluer le travail d’André Villas-Boas ? En cinq petits mois, le Portugais a pris un mourant pour en faire une bête de compétition. Il a débarqué avec un savant mélange d’ambition (il parle de C1 depuis le premier jour) et d’humilité, a mis tout le monde dans sa poche par son intelligence, sa psychologie, sa qualité d’analyse, sa force tactique, et le voilà en passe de permettre au Champions Project de bien porter son nom. Enfin.

Je laisserai à des collègues beaucoup plus calés que moi le soin d’analyser les forces d’André Villas-Boas. Notez bien que ce seront sans doute les mêmes qui avaient accueilli le « Portista » avec un rictus car il était un loser parti monnayer son peu de talent en Chine… Je voudrais en revanche m’arrêter sur la grandeur de l’école portugaise ou la faiblesse de son homologue française, c’est selon.

J’ai le plus grand respect pour nos amis lusitaniens. Sans doute parce que je vis dans un département (le 94) où il y a une forte communauté. Ou parce que je suis leur football depuis toujours. Et j’avoue avoir beaucoup de mal à supporter la condescendance des Français à leur égard. Pourtant, avec beaucoup moins de moyens financiers et humains, ils font beaucoup mieux que nous !

Aucun club français n’est du niveau du Benfica ou de Porto, que ce soit dans la qualité des infrastructures, la permanence des résultats sportifs ou l’engouement. Aucun club français n’a un réseau de détection aussi poussé que ceux des grosses écuries portugaises. Il n’y a que 10.000 spectateurs en moyenne dans les stades de l’élite lusitanienne ? Je rappelle qu’ils ne sont que dix millions et que nous sommes sept fois plus nombreux. Or, à ce que je sache, la L1 n’attire pas 70.000 spectateurs en moyenne.

« Gare à l’enflammade désormais ! Car dimanche, en face, ce sera Paulo Sousa, autre prodige de la fabuleuse école portugaise »

En France, on ne cesse de se féliciter de l’excellence de notre formation. Parce que notre sélection a gagné deux Coupes du monde et deux Euros depuis 35 ans. Sauf que l’analyse est mauvaise : les Bleus gagnent depuis qu’ils jouent en dehors de nos frontières. Si tous les joueurs français évoluaient en L1, nos résultats dans les Coupes d’Europe continueraient d’être catastrophiques et l’équipe de France ferait autant de peine que jusque dans les années 70, avant le début de l’exportation.

Les Portugais, eux, ont une réflexion accrue sur le jeu. Depuis toujours, ils privilégient la technique à la puissance. Et depuis toujours, leurs entraîneurs cherchent à aller toujours plus loin dans l’analyse, dans le contenu des séances, dans la préparation physique, etc. Ça donne des concepts comme la périodisation tactique, un José Mourinho qui cartonne partout où il va, un Jorge Jesus qui a fait de Flamengo un champion d’Amérique du Sud et du Brésil en un an, un Luis Campos qui fait rêver la planète entière par sa capacité à recruter des pépites.

Chez nous, un Deschamps cache la forêt de Rudi Garcia, de Laurent Blanc, de Claude Puel, de Christian Gourcuff, etc. De bons entraîneurs dont les défauts finissent par rapidement faire oublier pourquoi on les a recrutés. André Villas-Boas, c’est un coup de maître réalisé par la direction. C’est la preuve que l’école française des entraîneurs est ringarde au possible. Mais gare à l’enflammade désormais ! Car dimanche, en face, ce ne sera pas Antoine Kombouaré ou Stéphane Jobard mais Paulo Sousa, autre prodige de la fabuleuse école portugaise. »

R.N.

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Raphaël Nouet

Journaliste à But! depuis 2001