FC Nantes – EXCLU : l’œil de Denoueix sur 1995, l’équipe actuelle, son retour…

À 67 ans, l’ancien directeur du centre de formation puis entraîneur des pros du FC Nantes a su garder sa philosophie par rapport à son club de cœur et au football en général : celle d’un sport qui se vit non pas pour le résultat pur mais dans un environnement où se croisent toutes les générations de supporters.

But! Nantes : Raynald, cet été, un match organisé par Japhet N’Doram à Héric (Loire-Atlantique) a réuni l’ensemble des acteurs de la génération 1995. Vous y étiez : comment avez-vous vécu cette journée particulière ?
Raynald DENOUEIX : Au départ, c’était la surprise, la découverte, car je ne savais pas vraiment comment tout cela allait se dérouler. C’est vrai que ça nous a fait rajeunir de trente voire de quarante ans car on en a revus pas mal qu’on avait accueillis au centre de formation ! Seul le foot nous réserve ce type d’émotion. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver tout le monde et j’ai aussi été rassuré de voir que certains joueurs qui ont raccroché depuis longtemps peuvent encore attirer autant de sympathie et autant de monde autour des terrains, c’était très agréable.

Ça vous étonne vraiment de constater qu’autant de monde vient vous voir ?
Oui, forcément ! On a rencontré beaucoup de gens. Sur ce type de journée, contrairement aux matches classiques de compétition, on peut parler aux supporters et on a retrouvé, avec quelques années de plus, ceux qui nous parlaient de Saupin. Et d’autres, notamment un président d’un club de supporters assez nouveau, qui nous parlent de la Beaujoire d’aujourd’hui. Donc il y a toutes les générations qui évoquent beaucoup de souvenirs. C’est du plaisir de voir que les gens ont toujours beaucoup d’amour et de souvenirs par rapport au club. Et on le voit aussi entre les joueurs. On voit que tous ceux qui sont passés par Nantes ont toujours le plaisir de se retrouver et c’est aussi ça le plus rassurant.

“Ceux qui vibrent aujourd’hui à la Beaujoire le raconteront dans vingt ou trente ans avec autant de nostalgie que ceux qui continuent de nous parler de Saupin !”

Ce qui est étonnant, c’est que les plus jeunes qui n’ont pas connu votre génération vous reconnaissent quand même, viennent vous voir…
Oui, mais l’histoire se transmet certainement au niveau des supporters, de génération en génération. Les plus anciens doivent parler de Saupin, et même d’Arribas qui est au départ de tout ça. C’est toujours un plaisir de rencontrer ces gens qui sont des amateurs de foot.

Le FC Nantes aujourd’hui, ce n’est plus la même chose ?
C’est différent mais c’est inévitable que ça le soit. Encore énormément de monde soutient l’équipe actuelle. Cette génération aura aussi des souvenirs de 2014, de 2015 et de tout ce qui s’est passé récemment. C’est forcément différent, comme dans tous les clubs. Ça évolue. Il y a des cycles, avec plus ou moins de réussite. Ceux qui vibrent aujourd’hui à la Beaujoire le raconteront dans vingt ou trente ans avec autant de nostalgie que ceux qui continuent de nous parler de Saupin !

Sauf que cette génération-là parlera surtout de l’ambiance, pas forcément du spectacle sur le terrain…
Oui mais, justement, je crois que c’est avant tout l’ambiance qui compte. C’est le moment qu’on vit. Ce foot, c’est ça, ce sont des circonstances ! On dit : “Tu te rappelles tel ou tel match, on était tombés en panne ou on était arrivé en retard au stade ?” C’est ça qui fait le foot ! Bien sûr qu’il y a le match, mais pour une majorité de gens, ce qui se passe à côté, les rencontres, les relations, le fait d’en parler toute la semaine quels que soient les résultats compte tout autant. Et heureusement d’ailleurs ! S’il y a 25 000 supporters à la Beaujoire, il y a une raison quand même ! Si ce n’était que par rapport au résultat, il n’y aurait pas grand-monde dans les stades !

Les gens que vous croisez doivent toujours vous demander quand on vous reverra au FC Nantes…
(Rires) C’est fini, fini, fini, terminé !

Ce n’est plus votre époque ?
Eh non, c’est une autre époque, et puis c’est la logique.

“Il n’y a pas de miracle, ce ne sont pas les entraîneurs qui font les joueurs. On peut former une équipe en additionnant des éléments mais encore faut-il avoir du talent à la base. Et en 1995, il y en avait énormément !”

Votre époque, c’est donc notamment celle de ce titre conquis en 1995. Quelle image gardez-vous de cette saison si particulière ?
Je n’étais pas responsable des pros à cette époque, c’était plus Coco (ndlr : Suaudeau). Mais l’image que je garde, c’est le fameux but contre le PSG (inscrit par Patrice Loko d’une reprise de volée, après un une-deux avec Reynald Pedros sans que le ballon ne touche terre). Ce sont des choses qu’on faisait couramment dans la fosse à la Jonelière, ce jeu de passes aériennes… Je crois qu’il symbolise bien le style et la saison.

Et la transmission de ce style aux jeunes du centre ?
Oui, c’était un “package” que j’avais connu au centre. Même s’ils ont été propulsés un peu vite, compte tenu des circonstances qui nous y ont contraints (ndlr : en proie à de gros soucis financiers, le club avait été contraint de vendre ses meilleurs joueurs et d’aligner des jeunes à l’été 1992), c’était vraiment une génération… Il n’y a pas de miracle, ce ne sont pas les entraîneurs qui font les joueurs. On peut former une équipe en additionnant des éléments mais encore faut-il avoir du talent à la base. Et en 1995, il y en avait énormément ! Coco me le disait en voyant Nicolas Gillet : “Tu te souviens, c’est le dernier joueur que j’ai recruté !”. Moi aussi, en en voyant certains présents cet été (à Héric), j’ai eu quelques flashes de 1995, inévitablement !

Propos recueillis par Charles GUYARD

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