FC Nantes – L’analyse de Charles Guyard : « Cardoso, debout dans la tempête »

Face aux attaques de Waldemar Kita après la défaite à Lille samedi (1-2), le technicien portugais est resté stoïque, assumant sa philosophie au moment d’accueillir Nice, ce mardi. L’analyse de notre correspondant à Nantes.

C’est devenu un vrai marronnier au FC Nantes. Après tout, c’est de saison… Quand l’automne arrive, les entraîneurs tremblent comme des feuilles. Et à l’origine de ce coup de vent, Waldemar Kita lui-même, qui n’hésite pas à souffler sur les braises aux premières bourrasques sportives. Plusieurs hommes en ont déjà fait les frais par le passé, de Michel Der Zakarian à Landry Chauvin en passant par René Girard, Gernot Rohr ou Jean-Marc Furlan…

Seul rescapé de cette (longue) liste, Claudio Ranieri qui, du fait de l’âge (peut-être) a eu droit à un peu plus de considération malgré un style guère emballant… Cette année, sans doute ragaillardi par les sommes surréalistes (pour le club) dépensées au mercato, le président des Canaris a même commencé dès la fin de l’été à expiré son irritation dans les colonnes de L’Equipe, réclamant une remise à plus tard des ambitions de jeu de son coach, Miguel Cardoso. Une victoire (à Strasbourg), deux nuls (Caen et Reims) et une défaite (Lille) plus tard, l’homme d’affaire est passé du registre diplomate à celui de la familiarité, samedi, dans les coulisses du stade Pierre-Mauroy, fustigeant une équipe qui « joue à la baballe » et déplorant que son technicien laisse « quelques millions sur la touche ».  On attend le fameux couplet de Kita sur son diplôme d’entraîneur obtenu (on ne l’a jamais vu…) il y a quelques décennies et la saga sera complète !

De diplôme(s), Miguel Cardoso, lui, peut se targuer d’en avoir un solide, décroché en 1995 assorti d’une maîtrise de sport réussie en 1998 à la fac en sciences du sport de Porto. Et, à la veille d’accueillir Nice, il l’a nettement démontré. Lui qui décortique toutes les conférences de presse de ses homologues en Ligue 1 pour apprivoiser au mieux le français a déjà adopté les éléments de langage propre au football hexagonal : quand le président s’exprime, on ne commente pas.

Si ce polyglotte (il parle aussi l’anglais, l’espagnol et le russe) refuse donc « la polémique » avec son patron, le Portugais a répondu point par point à son principal détracteur, notamment sur le fait  de ne pas titulariser les « quelques millions », comprenez Limbombé et Boschilia. « Choisir c’est déjà se tromper », philosophe-t-il d’entrée. Mais il  s’explique. Sur Boschilia, l’entraîneur a expliqué que l’ex Monégasque avait fait toute la préparation avec le club de la Principauté et que, par conséquent, il n’était pas encore au point pour démarrer. Quant à Limbombé, la recrue la plus onéreuse de l’histoire du FCN (10 M€), « il est arrivé sans avoir eu une minute de match depuis avril et il a dû récupérer d’une blessure (adducteurs) donc on l’a graduellement intégré au travail et à la compétition. De plus, il faut aussi comprendre la tactique ».  Une tactique qui, dixit le Lusitanien, est désormais au point, comme l’ensemble de son effectif. En d’autres termes, à l’entendre, la vraie saison des Jaune et vert peut à présent démarrer.

Avec une telle annonce, Cardoso tend désormais le bâton pour mieux se faire battre, car en cas de nouveau revers ce mardi soir face à Nice, il lui sera difficile de se retrancher derrière une philosophie qui réclame de l’adaptation. Mais il assume. « J’ai une très grande confiance dans mon travail, avoir des convictions ce n’est pas être stupide, je suis une personne de conviction, c’est important pour être un meneur. » Quant à une éventuelle menace, le coach la balaie d’un revers de main. « J’ai la santé, une vie personnelle, professionnelle, familiale, très stable et j’ai un groupe de joueurs qui se bat jusqu’à la dernière minute, comme à Lille. ». Surtout, le Portugais s’est aussi confronté au périlleux contexte ukrainien (Chakhtar Donetsk de 2013 à 2017), où, dit-il, il a connu « la guerre ». En d’autres termes, ce n’est pas l’offensive de Waldemar Kita qui va le faire plier. D’autant qu’en Loire-Atlantique, il a le soutien des tribunes, du moins une partie, qui a lancé une pétition pour le soutenir. « Au club, si on fait signer la pétition pour que je reste, je suis sûr que tout le monde la signera », fait valoir l’intéressé de 46 ans.

Face à Nice, c’est une victoire, la première à la maison cette saison, que les protégés de Cardoso (18e de L1, barragistes) seraient bien inspirés de signer pour prolonger le bail de leur technicien, le quatorzième (en comptant les doublons et les intérims) à s’asseoir sur le banc du FCN depuis l’arrivée de Kita en 2007…

Charles Guyard, à Nantes

Ch.G.