Que sont-ils devenus – FC Nantes : A la rencontre de Frédéric Da Rocha

Chaque vendredi, désormais, et à 19 heures, vous retrouverez une nouvelle rubrique : que sont-ils devenus ? L’occasion, pour vous comme pour nous, de retrouver les anciens de la Ligue 1, retirés de certains terrains.

Entré au centre de formation du FC Nantes à la fin des années 80, Frédéric Da Rocha a déroulé une longue carrière de succès chez les Canaris jusqu’en 2009. Une dernière saison à Boulogne-sur-mer et il a raccroché en 2010. Au total plus de 500 matches pros, deux Coupes de France, un titre de champion. A 44 ans, l’ancien milieu de terrain transmet sa passion aux jeunes de l’équipe des U 18 de Carquefou en banlieue nantaise.

Bonjour Frédéric, que faites vous aujourd’hui ?

Je travaille pour un magasin de mon épouse à Carquefou et je suis également éducateur et entraîneur des -18 ans à Carquefou (ndlr : l’USJA Carquefou, club de R2 de la Ligue des Pays de Loire). Depuis que j’ai arrêté ma carrière, je collabore avec le club. J’ai aussi deux fils qui y jouent, milieux de terrain.

C’était une façon de rester dans le football ?

Je voulais transmettre ce qu’on m’a enseigné quand j’ai débuté. J’ai obtenu le DES. Ce n’est pas parce que l’on a été un bon joueur que l’on sait forcément transmettre. Les diplômes actuels sont très bien pour ça car ils élèvent l’exigence. Aujourd’hui, on n’a pas un diplôme sans avoir fourni du boulot et montrer des compétences. Sur le banc, j’ai encore des réflexes de joueur, j’apprends. Mais je vis aussi des émotions énormes que je n’avais pas connues en tant que joueur.

« Si ce n’était pas le président actuel à la tête du FC Nantes, j’aurais aimé rejoindre le centre de formation. Etant donné qu’on est incompatibles tous les deux, ce n’est pas la peine. »

Vous n’avez pas rejoint un club pro ?

Je pense que si ce n’était pas le président actuel à la tête du FC Nantes, j’aurais aimé rejoindre le centre de formation. Etant donné qu’on est incompatibles tous les deux, ce n’est pas la peine.

Vous avez passé 20 ans au FC Nantes et joué plus de 500 matches pros dans l’équipe, toutes compétitions confondues. C’est une fierté ?

J’ai eu des opportunités de partir mais j’ai choisi de rester car j’étais dans un très bon club. J’y ai connu les très belles années et j’en étais fier. Mais, vers la fin de ma carrière quand je me suis retrouvé capitaine de l’équipe à 34 ans et que sur la pelouse autour de moi, il n’y avait aucun joueur issu du centre de formation, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait plus à Nantes. Le club peut appartenir financièrement à un propriétaire, mais son image appartient à tous ceux qui y sont passé et l’ont construite. On ne pourra jamais nous l’enlever.

Quelle a été la plus belle période de cette vie ?

Les années du centre de formation. J’ai gagné des titres ou bataillé pour le maintien et vécu des émotions énormes mais toute cette période du centre, il n’y a rien de plus beau. Les copains, les couleurs du club, on a grandi ensemble et on a fini par connaître les victoires et les défaites dans le monde pro tous ensemble. Qu’est ce qu’il peut y avoir de mieux ? Je reste toujours en contact avec beaucoup d’anciens joueurs ou le coach Reynald Denoueix et le docteur Bryand. Avec mon regard extérieur je trouve aujourd’hui dommage que le FCN ne s’appuie pas assez sur son centre de formation

C’était la référence nantaise…

Ce qui m’a marqué c’est que nos entraîneurs essayaient de former sur le long terme toute une génération. L’esprit c’était d’amener le plus grand nombre ensemble au haut niveau et une majorité se retrouvait quand même dans l’équipe pro au final. Aujourd’hui je n’ai pas ce sentiment. On ne voit pas le projet de formation. La priorité a été donnée à d’autres secteurs, c’est dommage. Les très très grands clubs s’appuient sur leur formation.

Vous êtes resté proche de Reynald Denoueix, votre ancien entraîneur. Comment ça se traduit ?

C’est un passionné. On parle de foot pendant des heures et des heures. Je suis comme un gamin qui se retrouve avec le coach qu’il a découvert quand il est entré au centre de formation. Il peut parler de Nantes, du foot français, de l’étranger. Il est ouvert au foot moderne. On a la même vision du foot puisque c’est lui qui me l’a transmise.

Pour vous, l’importance de l’entraîneur va au delà du style de jeu ?

Le football actuel est sans doute très exigeant mais il faut garder ses convictions. L’entraîneur du Paris SG, Thomas Tuchel, que je ne connais pas, me semble être dans cet esprit-là. Avant de mettre en place quelque chose, il fait comprendre à tous qu’il faut d’abord respecter le groupe même s’il y a des stars. Ca fait longtemps que je n’avais vu un entraîneur dans un grand club montrer à son groupe que c’est lui le patron.

Recueilli par Etienne Bonamy