OL – ASSE [EXCLU] Gomis : « Le derby a contribué à lancer ma carrière »
Bafétimbi Gomis, époque ASSE.Credit Photo - Icon Sport
par Alexandre Corboz
ENTRETIEN EXCLUSIF

OL – ASSE [EXCLU] Gomis : « Le derby a contribué à lancer ma carrière »

A l'occasion du 121e derby entre l'OL et l'ASSE ce dimanche soir, « But ! Football Club » s'est tourné vers le meilleur buteur toujours en activité des derbys (5 buts) : Bafétimbi Gomis (Al Hilal, 35 ans). Deuxième volet de notre entretien exclusif : ses souvenirs.

Bafé, quel est votre meilleur souvenir de derby ?

Bafétimbi GOMIS : Je n'en ai pas qu'un seul. J'ai passé dix années à Saint-Etienne, cinq ans à Lyon. J'en ai des deux côtés et je ne renie rien. Mais le derby, c'est avant tout, pour moi, une ambiance, des scénarios à rebondissements, parfois favorables parfois défavorables suivant le maillot que je portais... J'ai adoré le match des tribunes. Que ce soit à l'époque à Gerland ou à Geoffroy-Guichard, c'était vraiment LE match du championnat de France. Il y avait Paris – Marseille mais, pour moi, ce derby est vraiment LE match à ne pas rater. J'ai connu une période, à l'ASSE puis à l'OL, où l'écart s'était resserré entre les deux équipes.

Votre pire souvenir de derby ?

Bafétimbi GOMIS : J'ai un souvenir compliqué de part et d'autres. A Saint-Etienne, je citerais le match de janvier 2018 à Geoffroy-Guichard. Grégory Coupet manque sa relance et je marque. On mène 1-0. On croit tenir enfin notre premier succès face à Lyon mais, par manque d'expérience, Cédric Varrault rate sa relance et les Lyonnais obtiennent un coup-franc sur la fin. C'est ce jour-là que Karim Benzema prend ses responsabilités et marque. Je me souviens de la nuit très difficile qui a suivi. On se voyait vraiment mettre fin à la disette du club face à Lyon.

Côté Lyonnais, c'est justement le 100e derby de septembre 2010 qui marque la fin de série pour l'OL face à l'ASSE. On avait perdu sur un coup-franc de Dimitri Payet totalement contre le cours du jeu. Ce jour-là, on avait tapé les montants, on avait tout fait. Les Stéphanois avaient la baraka et cette défaite nous avait fait vraiment mal...

Quels défenseurs vous ont le plus fait souffrir lors des derbys ?

Bafétimbi GOMIS : Là aussi, il y en a deux. Un de chaque côté. A Lyon, c'était Cris. Chaque fois, j'ai eu à faire à un défenseur rugueux, agressif dans le bon sens, qui savait lire ce que pensait l'attaquant. Face à lui, ça a été difficile pour moi mais aussi très formateur. J'ai beaucoup appris.

Côté stéphanois, Bayal Sall forcément. J'avais un jeu de conservation, dos au but, en point de fixation. Comme il me connaissait bien, on a livré pas mal de duels. Il était dur sur l'homme et ne me faisait aucun cadeau. Bayal, c'est une force de la nature. Même Zlatan Ibrahimovic avait des problèmes à se défaire de lui.

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« Je sais ce que je dois à Saint-Etienne »

Si vous deviez choisir l'un de vos buts dans le derby, ce serait...

Bafétimbi GOMIS : Le plus marquant, forcément, c'est le premier (3 mars 2007). Sur une passe d'Ilan, je me jete. On perd le match (1-3) mais à l'époque, c'était le grand Lyon. Le fait de me frotter à une défense internationale Réveillère – Cris – Caçapa – Abidal, c'était quelque chose pour le jeune que j'étais. Ce but m'a donné beaucoup de confiance. Je pense que cela a contribué à lancer ma carrière...

Côté Lyonnais, mon premier retour à Geoffroy-Guichard (31 octobre 2009) où on s'impose 1-0 et où je marque le but de la victoire. Il y a un contexte particulier. Les supporters ne le savaient pas - peut-être aussi que la communication de l'époque n'était pas celle que j'aurais souhaité – mais j'étais parti pour sauver le club qui était dans le rouge financièrement. Attention, j'assumais totalement ce transfert à Lyon. C'était aussi mon envie de rejoindre l'OL, le club des années 2000 qui allait me permettre de franchir un grand palier et jouer l'Europe régulièrement. En tout cas, ce jour-là, il fallait que je montre ma force de caractère. Pas par rapport aux Stéphanois. Je n'avais pas d'esprit de revanche. Mais cela a été une date-clé de mon adoption à Lyon. Pour m'imposer par rapport à mon nouveau public, il fallait que je fasse mes preuves sur un derby.

Autant à Lyon les supporters ont vite oublié votre passé stéphanois, autant à Saint-Etienne l'image est plus brouillé à cause de ce transfert...

Bafétimbi GOMIS : Je les comprends aussi. Par rapport à ce que j'incarnais à mon départ. J'étais le symbole de la formation stéphanoise. Je mimais – et je mime encore – la panthère à chaque but. C'est vrai que les supporters stéphanois ont pris mon départ comme une trahison. Mais je ne pourrais jamais oublier ce que l'ASSE m'a donné. Aujourd'hui, j'ai 35 ans. J'ai marqué pas mal de buts, visité pas mal de pays et partout où je suis passé ma célébration a fait référence à ce passé stéphanois.

Je sais ce que je dois à Saint-Etienne. Ce club m'a apporté sportivement, humainement, inculqué des valeurs que je transmets à mes enfants... J'ai une maman qui a tout fait pour moi, dont je suis très proche et Saint-Etienne restera à vie ancré en moi. Aujourd'hui, je suis à l'aube de ma fin carrière. J'ai eu la chance de pouvoir vivre de ma passion et je peux dire que les dix ans passés là-bas resteront à jamais ancré en moi. Je ne remercierais jamais assez la gentillesse et la chaleur des Stéphanois.

Dans votre carrière, vous avez connu d'autres derbys Galatasaray – Fenerbahçe ou Galatasaray – Besiktas. Est-ce comparable ?

Bafétimbi GOMIS : Pour le coup, c'est vraiment très différent. Galatasaray – Fenerbahçe ou Galatasaray - Besiktas, ce sont déjà deux clubs de la même ville, deux clubs avec les mêmes ambitions qui, chaque année, se disputent la suprématie d'Istanbul. Cela n'a vraiment rien à voir dans l'approche, avec un ASSE – OL.

Saint-Etienne et Lyon, ce sont deux clubs et deux villes différentes. C'est vraiment comme on le présente souvent entre des Stéphanois, des gens plus humbles, aux origines de mineurs, et des Lyonnais, plus bourgeois. Lyon, ça représente la soie, la richesse, la grande ville... Un club avec davantage de moyens, des infrastructures, un président présent depuis une trentaine d'années. A Saint-Etienne, on fait avec ses moyens, en mettant l'accent sur des valeurs.