ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Bernard Caïazzo a pris le mauvais train »

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Ancien responsable des sports au Progrès, Didier Bigard évoque le rôle joué par Bernard Caïazzo, le président de l’ASSE et de Première Ligue, dans les instances, en cette période de confinement.

« Bernard Caïazzo nous avait habitué à plus de diplomatie quand il a un objectif en tête. C’est de cette façon qu’il a pris la tête des clubs de l’élite pour devenir président de Première ligue, le syndicat qu’il a créé. C’est ainsi qu’il a aidé à installer Nathalie Boy de la Tour à la présidence de la Ligue. Certains diront manœuvrer pour que les clubs gardent la main sur cette LFP qui leur avait échappé avec Frédéric Thiriez. Les dirigeants de notre football se tirent la bourre à longueur de saison, à coup de communiqués ou de tweets, mais ils savent faire corps quand un danger extérieur menace, celui d’un esprit un peu plus sportif et partageur qu’économique et égoïste.

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Le président du Conseil de surveillance de l’ASSE a su jouer les conciliateurs, profitant de l’image de Saint-Etienne, un des grands mais pas un des gros, un profil sympathique, une histoire. Un lien entre les petits et ceux qui jouent dans l’autre cour. Il est même parvenu à rabibocher la L1 et la L2,  l’UCPF, le syndicat historique des clubs, et Première Ligue qui l’avait relégué à la cave.

La crise a réveillé de vilains instincts

Enfin, ça, c’était avant cette quinzaine qui a réveillé de vilains instincts. Que Jean-Michel Aulas avance l’idée d’une saison blanche pour avantager son olympique n’étonne pas. Que son pote marseillais Jacques-Henri Eyraud plonge, s’insurge et pourfende le Lyonnais, c’est une bande dessinée dont on connaît les dialogues. Que les deux se retrouvent sous une même bannière quand leurs intérêts convergent, c’est dans la règle, pas la morale, on vous l’accorde. Mais que Bernard Caïazzo se laisse embringuer dans un comité de pilotage de crise avec les deux olympiens plus Nasser El-Khelaïfi, c’est étonnant. On veut bien qu’à défaut de se hisser au niveau sur le terrain, le Stéphanois entende le rester dans les instances. On veut bien croire que la présence de Noël le Graet l’ait rassuré sur l’initiative, de même que la caution apportée par l’UCPF. Mais il aurait quand même dû se méfier d’un comité, autoproclamé démocratique, qui écartait tous les autres clubs, de Rennes, l’Européen, à ceux de la L2, avec en prime la mise sur la touche de Nathalie Boy de La Tour.

Personne ne sortira inchangé de cette crise sanitaire

Ah oui, on y arrive à cette présidente de la Ligue qui prend un peu trop son indépendance quand on la voudrait marionnette. Les hommes du milieu l’ont mise en avant pour montrer combien ils étaient modernes en élisant une femme, mais il ne faut pas exagérer. « Sa ligne aussi sociale que libérale déplaît aux tenants d’un football uniquement financier » écrit notre confrère Le Parisien. « Sa défense d’un football plus solidaire et aux valeurs humanistes cogne avec les préoccupations majoritaires des dirigeants ». Les membres de ce fameux comité de crise lui avaient préféré son directeur général, Didier Quillot. Si ce n’est pas un affront c’est de la goujaterie, mais c’était sans compter sur sa combativité. Elle qu’on veut écarter a trouvé des appuis plus nombreux à défaut des plus grands. Échec sur toute la ligne puisque le comité est mort né.

Si c’est dans la difficulté qu’on reconnaît la valeur des hommes, on va attendre un peu pour en juger certains. Tous sont aux abois, inquiets de l’absence de recettes, affolés par la menace des diffuseurs de renégocier les contrats. Mais que les puissants ne s’imaginent pas se sauver seuls. Qu’ils méditent sur cette réflexion de Tony Estanguet « personne ne sortira inchangé de cette crise sanitaire. Le monde entier est en train de mettre un genou à terre. Un tiers de la population mondiale est impacté. C’est une sacrée leçon d’humilité ». Humilité! »

Didier BIGARD