ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Le spectacle continue… si on peut dire »

false

Didier Bigard rend hommage à Philippe Masseguin, l’ancien photographe de l’ASSE disparu il y a quelques jours, pour qui il avait beaucoup d’estime.

« Difficile de parler football sans penser à Philippe Masseguin qui nous a quittés, lui qui a raconté l’histoire des Verts à travers son objectif, si longtemps photographe du club, ami de bien des joueurs. Philippe Masseguin nous a fait la plus mauvaise de ses blagues. Comment ne pas taper ces premiers mots quand la phrase tourne en boucle dans nos têtes depuis l’annonce de cette disparition, celle d’un passionné, qui relativise tout ce qui n’est que football, ce foot dont il était un acteur pas seulement un suiveur, un observateur.

« Philippe Masseguin faisait rimer amitié et convivialité »

« Qu’est-ce que tu en penses? », interrogeait-il souvent les rédacteurs ajoutant « Je ne m’y connais pas comme vous mais il me semble que… ». Sous prétexte qu’il ne voyait le match qu’à travers son objectif. En fait, il en connaissait bien autant que tous les spécialistes de tribunes de presse et autres, avec en prime l’œil ou plutôt le cœur qu’il avait sur la main. Il connaissait les joueurs plus et mieux que les envoyés spéciaux qu’il régalait de ses bonnes histoires plus que de secrets de vestiaires. Et pourtant il en connaissait, lui l’homme de la coulisse, le pote des joueurs, étrangers ou non, un peu perdus en débarquant à Saint-Etienne. Il était pour eux un guide, sans aucune des arrières pensées qui hantent l’entourage des pros. Lui faisait rimer amitié et convivialité. Bien sûr on aimerait une victoire pour l’hommage que l’ASSE va lui rendre pour la venue du PSG, une affiche à la dimension de son talent qui s’est affirmé vingt ans durant au service du club, au point d’en devenir une mine iconographique. Bien sûr on aimerait un grand match, mais plus encore, beaucoup de sincérité dans un milieu dont il n’aimait ni les mauvais coups ni la critique quand elle touchait ses amis et il en avait beaucoup, sur les terrains comme en dehors. Lui préférait l’analyse à base de bons mots plus que les substantifs acerbes chers aux censeurs de salon.

Quelles auraient été ses réflexions sous forme de questions qui traduisaient ses propres réponses, à l’issue d’une semaine qui a vu l’équipe stéphanoise fermer la porte de l’Europe et céder à Rennes? Il aurait sûrement pesté de ne pas avoir eu de clichés à prendre de l’attaque verte en deuxième période en Bretagne, pour avoir cru ce que Boudebouz a déclaré sur beIN à la mi-temps, laissant croire à une réelle ambition.

« Face à La Gantoise, Rennes ou Montpellier, il n’aurait pas eu besoin de fixer souvent sa focale sur les filets »

Le spectacle continue comme on dit. Enfin, quand on dit spectacle, on ne doit pas nous prendre au mot si on songe aux dernières prestations de l’équipe de Claude Puel. Mais il faut bien revenir à ce ballon que Philippe saisissait au téléobjectif, aux joueurs qu’il analysait au grand angle. Face à La Gantoise, Rennes ou Montpellier, il n’aurait pas eu besoin de fixer souvent sa focale sur les filets. Les tirs cadrés sont denrée rare avec ce Sainté en souffrance, malgré ses jeunes, malgré les efforts, l’énergie dépensée et soulignée par Puel qui a combattu les critiques adressées à ses hommes, aussi logiquement qu’elles étaient logiques. Chacun est dans son rôle.

Le notre est de répéter qu’il y a encore beaucoup de travail pour que l’équipe retrouve du panache et une efficacité offensive, tout en relevant qu’au moins son coach lui a redonné une assise défensive. Mais, comme le disaient Galtier, Gasset ou Printant, le plus difficile est de marquer des buts. Puel le sait tout aussi bien. Il va forcément tenter de remédier au problème lors du prochain Mercato. Sans assurance dans un secteur où ses prédécesseurs n’ont pas eu gain de cause. Il a relancé Diony soutenu par le groupe, moins par les supporters, a appelé Abi, prometteur mais pas réalisateur, misé sur Bouanga détonateur plus que buteur. Il a surtout compté les blessés. Quand, après le battant Monnet-Paquet dont on mesure l’absence, Hamouma, Khazri et Abi manquent à l’appel, difficile de créer et d’approcher les buts. Cette surface derrière laquelle on guettera encore souvent l’œil de Philippe Masseguin, espérant le voir cligner derrière son viseur… »

Didier Bigard

Laurent HESS

Journaliste à But! depuis 2000