ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Les taupes se régalent !»

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Didier Bigard revient cette semaine sur l’article de Mediapart consacré aux difficultés financières de l’ASSE, qui a publié un démenti.

« Pendant les deux mois de confinement, la nature a repris ses droits. Au moins quelques uns. Un peu moins de pollution, moins de bruit et pas seulement parce qu’il n’y avait personne dans les stades… La France s’est aperçue que les oiseaux chantaient, les chevreuils ont pointé le nez, les chasseurs ne pointant pas leurs fusils, les sangliers en ont profité pour retourner un peu plus assidûment des champs jusqu’à en faire tourner le sang des semeurs. Les hérissons et grenouilles ont traversé les routes sans besoin de passages protégés. Mais il y a aussi des animaux dont on a moins parlé qui ont redoublé d’activité autour des terrains de foot, des furets, des taupes. Enfin c’est ce qu’on a lu.

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Les furets, ce sont ces hommes qui ont lâché la plume pour des claviers et un peu plus encore en cette période de télé-travail qui n’empêche pas l’investigation. Par exemple celle menée par les journalistes de Mediapart qui ont abouti à la conclusion que le football français va encore plus mal que les jérémiades de ses dirigeants ne le laissaient supposer. Et pourtant, ils ont mis du cœur dans leurs plaintes face à la remise en cause des droits télé et l’arrêt des compétitions hexagonales.

Nos confrères ont mis le doigt sur « les déficits abyssaux, notamment pour quatre  clubs qui resteraient dans le rouge même avec l’attribution des Prêts Garantis par l’Etat. Ils évoquent des montants allant de 50 à 206,3 millions pour l’OM, Bordeaux, Lille et Saint-Etienne. On vous laisse faire votre quarté dans l’ordre, mais la dernière minute, comme le disent les turfistes, pourrait être l’ASSE. Non pas pour son niveau d’endettement, mais pour sa vitesse de démarrage dans la ligne droite des prétoires. Le club de Roland Romeyer et Bernard Caïazzo a été le premier à annoncer qu’il déposerait plainte contre Mediapart pour « diffusion de fausses informations ». Olivier Martin, avocat, évoque « un grave préjudice causé par de fausses informations ». Il est certain que, justes ou non, elles peuvent faire frémir les banques, les partenaires, les supporters, avoir des conséquences sur le marché des transferts; Les joueurs sur le départ espérant une grande braderie et les renforts attendus se faisant tirer l’oreille ou ne la prêtant pas à l’accent gaga. Et on n’évoque pas les reculades d’investisseurs, « les Verts ne sont pas à vendre». Mais puisque tout cela n’est que « supputations d’une malhonnêteté totale s’agissant de l’AS Saint-Étienne » pour reprendre les termes du communiqué, n’en parlons plus. Ou alors juste pour dénicher cet autre animal qui s’est amusé dans les prés désertés de ce printemps trop chaud : la taupe.

« Des échanges et documents confidentiels ont été divulgués sans autorisation ». Donc ils sont bien réels?

Pour les Stéphanois, Mediapart aurait élaboré son article « sur la base du détournement de documents de travail confidentiels ». S’ils sont donc réels, qui a évalué la profondeur des trous creusés dans les budgets des clubs par le virus de Wuhan ? Voilà qui va animer les prochaines réunions de la Ligue à la recherche des fuites sur des débats qu’en diplomatie on qualifierait de directs mais pas vraiment cordiaux, entre présidents. La LFP a déposé « deux plaintes contre X afin de faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles des échanges et documents confidentiels ont été divulgués sans autorisation ».

Voilà qui risque de passionner (!) une Justice qui a d’autres dossiers que ces derbys, olympicos et championnat sans footballeurs qui se jouent en coulisses. Et que dire du Tribunal administratif ou du Conseil d’Etat saisis par Jean-Michel Aulas ? Pour terminer cette danse indécente, quitter ce bal des soupçons et taire tout couinement, peut-être les grands sages de notre football devraient-ils ouvrir les tribunes de leurs matches – pardon, de leurs assemblées – à ces furets qui n’auraient plus besoin de taupe. Puisque chacun d’eux jouerait franc jeu… »

Didier Bigard