ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Pas de sentiment dans le sport de haut niveau »
par Laurent HESS

ASSE - Le rendez-vous de Didier Bigard : « Pas de sentiment dans le sport de haut niveau »

Cette semaine, dans son rendez-vous hebdomadaire, Didier Bigard revient sur l'expulsion de Loïc Perrin lors de la finale de Coupe de France perdue par l'ASSE contre le PSG (0-1).

« Lorsque, il y a un an, Amavi a fracassé la cheville de Palencia au Vélodrome, personne dans les rangs stéphanois n’a compris que M. Millot n’y voit que du jaune. Quand Robert Beric a eu sa carrière mise en pointillés comme son genou par Ferri, on s’est interrogé sur la mansuétude de M. Chapron. Plus loin, en 2006, on s’était offusqué de voir le Marseillais Civelli terminer la rencontre alors qu’il venait de briser le genou de Loïc Perrin au Vélodrome. Alors bien sûr personne n’avancera que le capitaine de l’ASSE, victime hier, coupable aujourd’hui, aurait pu s’en sortir avec un simple avertissement pour son tacle bien trop dangereux sur Mbappe.

« Pas ça, Loïc, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait »

Pas besoin de ralenti, même si M. Delarue a fait appel à la VAR. En sortant dans un premier temps un simple carton, avait-il en tête que le fautif mettait fin à une carrière exemplaire avec cette finale si particulière? Croyait-il possible de lui accorder un sursis, vite levé par la gravité de la blessure ? Du haut des tribunes ou devant les écrans de télévision, pas de doute au bénéfice de l’accusé. Même si cette fois, derrière le micro, il n’y avait pas un Thierry Gilardi pour clamer « Pas ça, Loïc, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait », comme il y a 14 ans sur le dernier coup de tête de Zidane.

Le sport est cruel, mais ne laisse aucune place à l’affectif, seulement à la joie ou à la peine, à l’euphorie ou à la déception, à la colère ou à l’incompréhension, à la douleur ou à la rancoeur. On devine qui a éprouvé quoi, du côté forézien. Pour Perrin, l’heure est à des vacances tourmentées avant une retraite qui sera celle de l’oubli, le travail espéré du temps, celui d’une autre vie.

Il pouvait rêver d’autre titres dans la presse, d’autre accolades que ces vaines tapes dans le dos quand il a regagné les vestiaires, d’une autre sortie des pelouses, d’autres commentaires aussi que ceux de Tuchel. L’entraîneur du PSG sent-il un mauvais vent de sable d’or noir prêt à se lever du côté du Qatar en cas d’échec européen? Si on comprend son inquiétude pour Mbappe, il est allé un peu loin en laissant entendre une préméditation collective stéphanoise. Même si les jeunes Fofana et Camara vont devoir apprendre à garder la tête froide quand ça chauffe, et Moulin réserver son énergie à ses six mètres, on a surtout vu dix Verts « plus guerriers » comme le dit Kolodziejczak, « très professionnels et appliqués, avec beaucoup d’écoute et d’investissement »  résume Puel.

Le 42eme trophée du PSG, cruel clin d’œil

De quoi regretter plus encore les lignes qui resteront dans l’Histoire et qu’on voudrait déjà raturer comme celles de 82, l’égalisation de Rocheteau pour Paris, le tir au but retiré par Bathenay, celui raté par Lopez, images ressorties de l’INA qu’on avait tenté d’oublier.  Cette fois les archives rappelleront que le Stade de France était vide, que le PSG a remporté son 42eme trophée (cruel clin d’œil) face à Saint-Etienne. Et que Perrin a quitté les siens, les yeux embués, après une demi-heure d’un match qu’il n’aurait jamais dû jouer.

Sans la énième blessure de Silva, il serait resté sur le banc, joker symbolique après une saison difficile, une blessure à la hanche qui a devancé le confinement, une préparation très prudente, une prestation timide face à Anderlecht mais une prolongation « suggérée » par Roland Romeyer. Dans les affaires si on en croit ses concurrents, le président de l’ASSE était un dur. Est-il un autre homme dans le sport ? Ghislain Printant et Stéphane Ruffier en ont une autre vision, Saliba et Arsenal aussi peut-être. Mais pour Perrin, le patron du Directoire a bien pesé de tout le poids de sa couronne en rêvant de sacre à Saint-Denis. De là à inciter son entraîneur à faire aussi du sentiment? Sûrement pas... Tout le monde sait que le haut niveau ne l’autorise pas. »

Didier BIGARD