ASSE – Le rendez-vous de Didier Bigard : « Puel n’a pas envie d’être juste « le suivant » »

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Ancien responsable des sports au Progrès, Didier Bigard revient sur les tensions internes à l’ASSE liée à l’interventionnisme de Roland Romeyer.

« L’AS Saint-Étienne déplore les faits erronés et la polémique, inutile en cette période de crise sanitaire » : la double page de L’Equipe consacrée à l’ASSE et aux grincements dans les rouages du club a fait réagir les dirigeants stéphanois, mais sans empressement et sans, non plus,  une fermeté qui aurait sonné comme un démenti. Et pour cause, chacun sait, sans avoir besoin d’être proche de l’Etrat que le fond du problème est une réalité, à savoir la difficulté pour Roland Romeyer de lâcher le manche.

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Quand il le fait, c’est pour de la conduite accompagnée et, à 53 ans ce 27 mars, Xavier Thuillot a passé l’âge des leçons de conduite. A 59 ans Claude Puel est lui plus proche de la retraite, même sans coefficient de pénibilité, que du passage du permis. Même pas celui de poids lourds ou d’engins spéciaux, parce qu’il en a conduit d’autres, de Monaco à Leicester en passant par Lille, Lyon, Nice et Southampton.

Pour Paquet, c’était bienvenue chez les gagas…

Champion de France, vainqueur de la coupe, finaliste en Angleterre, demi finaliste de la Champion’s league: le palmarès de celui qui a débuté comme préparateur physique à Monaco est celui d’un manager, pas d’un entraîneur. Il avait été clair dès sa prise de fonctions le 4 octobre « Ma vision est tournée vers le long terme afin de développer les composantes du club ». Il avait répété que partout où il était passé, il s’était intéressé de près à la gestion. Cela, ses présidents le savaient. Bernard Caïazzo s’en était félicité « Claude fait partie des vingt meilleurs managers sportifs en Europe, est un bâtisseur. Il a des exigences en conséquence ».

Roland Romeyer, de son strapontin, lors de cette même conférence de presse où il n’avait pas de chaise, y était allé de son couplet « Je suis fan de Claude Puel », mais il n’avait pas pu s’empêcher de souligner son implication profonde dans le club « Je suis ici au quotidien et très proche du centre de formation ». Comme s’il entendait garder cette proximité.

« Tu es content, on a pris un DG ? »

On ne croyait donc pas trop à la concorde affichée par Bernard Caïazzo « Nous sommes sur la même longueur d’onde ». Si le président du Conseil de surveillance avait salué l’arrivée de Xavier Thuilot « Nous cherchions un directeur général  et nous sommes très heureux d’accueillir Claude avec les personnes qu’il a souhaitées avoir autour de lui», le président du Directoire s’en était bien gardé. Deux heures plus tôt, il avait fallu lui forcer la main pour qu´il accepte cette intrusion dans son jardin, synonyme de sa mise en retrait. En colère, il nous avait même interpellé, devant Xavier Thuillot « Tu es content, on a pris un DG? » C’était bienvenue chez les gagas…

L’ancien patron du LOSC ne s’en était pas offusqué, même si son intervention se lisait entre les lignes « Je connais Bernard Caïazzo depuis longtemps… J’ai rencontré Roland Romeyer plus récemment. Nous sommes d’accord sur beaucoup de points ». Pas sur tous! Il était prévenu et n’allait pas être déçu . S’il s’en amusait trois mois plus tard, on sentait bien que cela ne pouvait pas durer. Avec Roland Romeyer, les gens dans le club avaient pris l’habitude qu’il décidait de tout, et, certains avaient sans doute perdu le sens des initiatives, sinon des responsabilités.

Est-ce par amour de son club ou par amour-propre? A 75 ans, il a autant de mal à lâcher la direction de l’ASSE qu’il en a eu pour son entreprise, chaperonnant son fils quand il le fallait.

Amour du club ou amour propre ?

En décembre 2017, déjà, Bernard Caïazzo avait évoqué le recrutement d’un directeur général de haut niveau, l’idée étant la mise en retrait Roland Romeyer, qualifié dans Le Point de « président omnipotent ». Frederic Paquet est bien arrivé, on connaît la suite. Il est parti, comme avant lui Stephane Tessier ou Vincent Tong Cuong. Ce dernier a été accusé de mauvaise gestion, les autres avaient peut-être aussi des torts comme les entraîneurs qui n’ont pas toujours trouvé grâce auprès de Roland Romeyer, à voix haute ou en off, de Baup à Printant en passant par Hasek, Roussey, Perrin, Galtier, Garcia ou même Gasset qui ne faisait pas assez joué les jeunes. Puel n’a pas envie d’être juste le suivant… »

Didier BIGARD