ASSE - Mercato : pourquoi les finances des Verts sont plombées
par Alexandre Corboz

ASSE - Mercato : pourquoi les finances des Verts sont plombées

Claude Puel l'a annoncé : l'ASSE dispose de moins de moyens que des équipes promues ou jouant le maintien. Mais comment en est-on arrivé là ? Décryptage.

Sur "RMC" il y a quelques jours, Claude Puel a lancé une phrase qui a choqué beaucoup de supporters de l'AS Saint-Etienne concernant les moyens financiers du club sur ce Mercato : « Il faut savoir que des promus comme Lens ou Lorient, ou encore Brest et Metz, peuvent faire des transferts que nous, nous ne pouvons plus assumer désormais. C’est dire que les équilibres changent dans le championnat ». Comment des clubs de L2 peuvent aujourd'hui avoir davantage de voilure financière qu'un club qui avait présenté un budget de 110 M€, comptant parmi les plus important de l'élite, en 2019-20 ?

Pour la première fois, un déficit à combler

Les dirigeants l'ont souvent répété, encore plus lorsque les rumeurs d'un dépôt de bilan ont faussement circulé au plus fort de la crise sanitaire : face à la DNCG, l'AS Saint-Etienne a enchaîné près de 10 ans avec des comptes à l'équilibre. Mais, pour la première fois, avec une saison amputée de dix rencontres, la perte d'une partie des droits TV et des résultats sportifs loin du budget prévisionnel (17e place), les Verts ne comptent plus parmi les bons élèves.

Si les dirigeants – Xavier Thuilot (directeur général) en tête – ont bien travaillé pour limiter au maximum le crash généré par le coronavirus (chômage partiel, report de charges, prêts garantis par l'Etat, etc.), l'ASSE est quand même sorti de l'exercice 2019-20 avec un déficit d'exploitation estimé à 15 M€.

Sous Gasset – Printant, la masse salariale a explosé !

Même si le budget 2019-20 était le plus important jamais monté dans l'histoire des Verts, l'ASSE a aussi explosé tous ses coups de fonctionnement. Notamment au niveau de sa masse salariale. L'an passé, Saint-Etienne a disposé du vestiaire le plus cher de son histoire, certains éléments comme Yann M'Vila ou Wahbi Khazri approchant même les 300 000€ brut par mois.

Si le Salary Cap fixé à 90 000€ brut par mois (hors primes) avait déjà explosé depuis plusieurs saisons, la direction stéphanoise avait toujours refusé de desserrer les cordons de la bourse. Avec Jean-Louis Gasset puis Ghislain Printant, ce fut tout l'inverse. En 2017-18, les charges liées au personnel étaient encore de 46,3 M€ en 2017-18. Elles sont passées à 53,6 M€ sur l'année suivante. En 2019-20, le chiffre était encore à la hausse mais il ne sera connu et accessible au public qu'en avril 2021 au moment de la publication des comptes des clubs de la DNCG. A titre comparatif, lors du premier exercice à l'équilibre en 2010-11, l'ASSE avait une masse salariale de 31,6 M€ pour un budget total de 54 M€. Certes, le football a changé mais les Verts se sont sans doute un peu trop lâchés...

Des emprunts bancaires contractés dans un mauvais timing

Au départ de Christophe Galtier et à son remplacement par Oscar Garcia puis Julien Sablé, l'ASSE a eu peur de vivre une saison cauchemardesque avec à la clé une descente. Quand Jean-Louis Gasset est arrivé avec un objectif de résultats immédiats, il a bénéficié d'une véritable capacité d'investissements dès janvier. Comme sa politique a fonctionnée, elle s'est étirée sur 2018-19 puis, avec son ex adjoint Ghislain Printant, sur 2019-20. Pour amorcer la pompe et aller chercher des joueurs de renom à gros salaires, la direction stéphanoise s'est tournée vers les banques.

Les Verts ont d'abord contracté un prêt à l'été 2018, remboursable à l'horizon 2020 avec l'arrivée des nouveaux droits TV. Bon élève de la DNCG car encore positif à l'issue de la saison 2018-19, l'ASSE a une nouvelle fois bénéficié du soutien des banques l'été dernier. Sauf que Saint-Etienne, qui pensait commencer à rembourser ses dettes sereinement, a vécu son « année sans » au pire moment... En parallèle de la crise du Covid-19 qui a poussé les dirigeants a sollicité un nouvel emprunt bancaire en s'appuyant sur le système de prêts garantis par l'Etat. Au total, Saint-Etienne se retrouve avec des dettes avoisinant les 30-35 M€. Dettes qu'il faudra rembourser en abaissant les charges de fonctionnement du club (masse salariale notamment) mais également en vendant quelques joueurs. C'est d'ailleurs le sens du projet porté par Claude Puel qui veut préserver au maximum ses pépites (Fofana en tête) en faisant des économies sur les joueurs les plus chers.

La crise du Covid-19 a fait très mal aux finances

Le scénario était impensable il y a encore quelques mois, il est devenu une réalité en avril. Face à l'avancée de la pandémie de coronavirus, le monde du football s'est mis à l'arrêt et a coupé le robinet à cash. Bien évidemment, il fallait continuer à payer les salaires du personnel. Pour la direction de l'ASSE, cela a engendré des pertes sur tous les tableaux. Certes, l'Etat a offert quelques aides. Les clubs individuellement mais également la LFP ont pu solliciter des prêts bancaires. Il y a eu des reports de charges possibles et la mesure de chômage partiel a pu permettre une économie...

Pour Sainté, l'une des lames les plus violentes est venue des diffuseurs avec Canal+ et beIN Sports qui ont rompu leurs contrats devant l'arrêt des compétitions. Comptant parmi les clubs à la notoriété la plus importante, l'ASSE a perdu beaucoup d'argent. Si certains sponsors comme Aesio ont fait le choix de maintenir leur investissement sans réclamer aucune compensation, Sainté a quand même perdu beaucoup de rentrées financières depuis mars (billetterie, merchandising, etc.). Le coup est d'autant plus rude qu'il n'est pas fini. Les mesures limitant l'accueil des supporters dans les stades vont encore coûter en 2020-21.

Des présidents qui ne peuvent pas faire office de mécènes

Le dernier talon d'Achille de l'AS Saint-Etienne est sa présidence bicéphale. On ne peut pas repprocher à Roland Romeyer et Bernard Caïazzo de ne pas aimer leur club et de ne pas s'y investir humainement. L'un au quotidien à L'Etrat, l'autre aux instances à Paris. Mais ni Romeyer ni Caïazzo ne sont des actionnaires très fortunés. Ancien boss de la Sacma, Roland Romeyer s'est saigné pour rentrer dans le Capital de la SASP. Bernard Caïazzo dispose de davantage de moyens mais il ne compte pas non plus parmi les personnalités les plus riches de France.

Derrière l'ASSE, il n'y a aucun milliardaire. Aucun fond d'investissements étrangers. Aucun Emir du Golfe prêt à investir. Malheureusement, avec l'évolution du football, les besoins des clubs peuvent rapidement se chiffrer à plusieurs dizaine de millions d'euros... Et il faut parfois savoir remettre au pot. Aujourd'hui, si le club venait à vivre un nouveau crash économique, pas sûr que le tandem Caïazzo – Romeyer soit en mesure de l'assumer seul. C'est aussi le sens des recherches d'un actionnaire minoritaire menées depuis des années par le président du Conseil de Surveillance.