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par Raphaël Nouet
IN MEMORIAM

Equipe de France - les histoires les plus désolantes : 1920, du retard, un verre de Porto et une déroute honteuse en Italie

Vous connaissez déjà tout des héros de la campagne de Suède en 1958, de Séville 1982, Guadalajara 1986, des triomphes de 1984, 1998, 2000 et 2018. Mais l'histoire de l'équipe de France, ça a longtemps été la lose incarnée, celle d'un mélange de manque de professionnalisme évident et de mauvais choix incroyables. Voici le cinquième de dix exemples parlants.

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Allez, après un petit tour dans les années 70 et 90, on revient dans cette époque incroyable de l'entre-deux guerres, tellement fertiles en épisodes honteux pour l'équipe de France ! Pour la deuxième fois en cinq épisodes de cette série noire, nous allons nous intéresser à une déroute face à l'Italie, qui a été la bête noire des Bleus pendant 79 ans, soit la période séparant les succès de 1913 (1-0) et de 1982 (2-0). Il faut dire qu'il s'agissait d'une véritable opposition de style entre des Transalpins toujours très pointus dans leur préparation, au top physiquement, en avance tactiquement, et des Français... amateurs jusqu'au bout des ongles.

Ainsi, le 18 janvier 1920, les Tricolores encaissent un méchant 9-4 au Velodromo Sempione de Milan. Comme souvent à cette époque, ils font bonne figure en première mi-temps (3-4) et s'écroulent ensuite, faute d'avoir une condition physique digne de ce nom. Il fallait en plus ajouter à cela des soucis logistiques qui les firent arriver seulement 90 minutes avant le coup d'envoi, une désorganisation totale due à l'absence d'un véritable sélectionneur (c'est un comité qui convoquait les joueurs) et surtout ce petit penchant pour l'alcool qui fit croire à certains qu'un verre de Porto insufflerait de la vigueur aux Bleus !

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"A l'époque, on ne s'embarrassait pas de tactique..."

En 1948, l'ancien international Gaston Barreau étala ses souvenirs dans France Football, revenant notamment sur ce match. Ce qu'il dit est édifiant du manque de sérieux made in France en matière de football...  "A l'époque, on ne s'embarrassait pas de tactique, ni de stratégie, ni encore de l'étude du jeu de l'adversaire. On jouait, voilà tout. Pour une fois que le Comité de sélection voulut composer l'équipe de France en fonction du jeu et du tempérament de l'adversaire, mal lui en prit. C'était à l'occasion du premier match joué sous l'égide de la F.F.F.A, le fameux 18 janvier 1920, à Turin, contre l'Italie. Nous y fûmes écrasés par 9 buts à 4. Tenant compte de ce que nous savions du jeu italien, nous avions résolu de lui opposer une arrière-défense ardente et rapide."

"L'un des membres du Comité de sélection était allé voir jouer l'US Boulogne, qui faisait bonne figure dans le championnat du Nord, et en était revenu enthousiasmé par les deux arrières du club maritime, les frères Mony, Pierre et Alexis. Gamblin et Mathieu, internationaux titulaires, qui avaient fait une brillante partie dix mois plus tôt à Bruxelles, contre la Belgique, n'étant pas en très bonne forme, il n'en fallut pas davantage pour qu'ils fussent sacrifiés au bénéfice du tandem fraternel Mony. Voyez-vous, je ne veux pas faire ici le procès des frères Mony, encore moins celui du Comité de sélection de l'époque et des comités de sélection en général. Ils ont peut-être leurs bons côtés puisque des pays comme l'Angleterre, la Belgique et autres leurs sont demeurés fidèles. Mais il faut bien reconnaître que tout travail sérieux et suivi était rendu difficile. Car, lorsque plusieurs sélectionneurs se déplaçaient chaque dimanche dans le Nord, en Alsace, dans le Midi ou en Bretagne, chacun d'entre eux revenait en ayant noté sur ses tablettes un ou plusieurs candidats "indiscutables". Or, l'équipe de club est une chose, l'équipe de France en est une autre, tel joueur brillant dans son club peut très bien n'être qu'un international médiocre. C'est un point de vue que j'ai toujours eu et que je garde aujourd'hui encore : je ne suis pas partisan des modifications continuelles, comme il en intervenait à cette époque, mais d'une sélection nationale stable. Elle n'eut véritablement pas de chance, cette pauvre équipe de France du 18 janvier 1920. Nous étions partis le vendredi soir de Paris et devions joindre Turin le samedi, en début d'après-midi. Mais en arrivant à Lausanne, le samedi matin, nous apprenions que la correspondance pour Milan ne nous avait pas attendus ! Il nous fallut donc prendre un train omnibus pour Brigue, où nous étions dans la soirée, chercher des chambres, que nous trouvions après maintes difficultés, coucher à Brigue et en repartir le dimanche matin pour Turin, où nous arrivions à 13 heures, soit exactement 90 minutes avant le coup d'envoi du match. Les Italiens ne nous attendaient plus !"

"Inutile de vous dire qu'après une telle équipée, nos hommes n'étaient guère en verve ! L'un d'eux, Emilien Devic leur dit : "Ecoutez, les gars : je connais une recette pour nous remettre tous d'aplomb. Deux œufs battus dans un grand verre de porto. Ça marche ? Timidement, je protestais, en ma qualité de manager. La recette préconisée par Devic n'allait-elle pas couper définitivement les jambes de nos joueurs ? Finalement, il fut le seul à expérimenter son "remontant". Et je dois dire qu'il ne joua ni mieux ni plus mal que ses camarades, demis et défenseurs ! Seuls nos avants Devaquez, Rénier, Nicolas, Dard et Dubly se comportèrent honorablement, marquant trois buts avant la mi-temps contre quatre aux Italiens. Mais la seconde mi-temps vit un effondrement complet de notre équipe, à la grande joie des 20.000 spectateurs du vélodrome de Sempione..."

Pour résumer

Vous connaissez déjà tout des héros de la campagne de Suède en 1958, de Séville 1982, Guadalajara 1986, des triomphes de 1984, 1998, 2000 et 2018. Mais l'histoire de l'équipe de France, ça a longtemps été la lose incarnée, celle d'un mélange de manque de professionnalisme évident et de mauvais choix incroyables. Voici le cinquième de dix exemples parlants.

Raphaël Nouet
Rédacteur
Raphaël Nouet

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