Stade Rennais, OL : qui est vraiment Bruno Genesio, le nouveau coach des Rouge et Noir ?
Bruno GenesioCredit Photo - Icon Sport
par Alexandre Corboz
BILLET D'OPINION

Stade Rennais, OL : qui est vraiment Bruno Genesio, le nouveau coach des Rouge et Noir ?

Pendant onze ans au plus proche de Bruno Genesio à l'OL, j'ai vu évoluer le nouveau coach du Stade Rennais. Mes impressions sur l'entraîneur, l'homme et son image.

« En poste à Lyon pour le compte de But! depuis l'été 2008, j'ai eu la chance de beaucoup côtoyer Bruno Genesio. D'abord dans son rôle d'adjoint, lorsqu'il était encore en charge de la vidéo et associé à Rémi Garde au sein de la cellule de recrutement, puis à la tête de l'équipe réserve avec la fameuse génération 91 (Lacazette, Grenier, Tafer, Kolodziejczak, etc.), avant même qu'il obtienne son BEPF poussé par un certain Claude Puel. Je l'ai ensuite vu revenir avec les pros, en soutien de son grand ami Rémi Garde, puis lorsqu'il a été nommé, un 24 décembre 2015 comme le coach n°1 de son club de cœur alors que l'OL végétait en milieu de tableau et que le vestiaire se désolidarisait d'Hubert Fournier. Je l'ai également vu aller au bout d'un mandat de trois ans et demi, l'un des plus longs de l'ère Aulas depuis un certain Raymond Domenech.

Si le peuple lyonnais a toujours regardé un peu de travers ce « Pep » Génésio que beaucoup raillaient, je n'étais pas de ces fameux « journalistes-amis intimes » que certains dénonçaient, justifiant le traitement médiatique aimable, réservé à Genesio, comme une forme de connivence. Contrairement à certains éducateurs croisés à mes débuts (Georges Prost, Gilles Rousset, Robert Valette), je n'avais pas noué un lien particulier avec lui. A sa nomination, j'étais – comme beaucoup – très surpris. Les joueurs avec qui il m'arrivait de parler, notamment ceux de la génération 91, le tenaient en estime... Et ça me suffisait pour lui accorder au moins le bénéfice du doute. Un doute qu'il est parvenu à lever avec ses résultats.

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Un coach pointu, adepte de la data

Rassurez-vous, amis rennais, Florian Maurice n'est pas tombé sur la tête au moment d'appeler au chevet du Stade Rennais Bruno Genesio. Techniquement et tactiquement, il est tout sauf un technicien « à l'à peu près » ou « à la bonne franquette ». Ce qui m'a scotché quand Bruno Genesio a endossé le costume, c'est son côté pointu. Le technicien de 54 ans n'est pas homme à faire des essais et, si son palmarès est vierge, je l'ai vu structurer l'OL comme peu de coachs avant lui.

De Gérard Houllier à Hubert Fournier, en passant par Claude Puel, il avait assimilé le meilleur de chacun pour manager son staff et ses joueurs. Il avait aussi gardé la sensibilité de ses débuts en tant qu'analyste vidéo en s'appuyant sur la technologie. Avec lui, j'ai notamment vu apparaître en tribune de presse deux analystes vidéos et un entraîneur des défenseurs, « l'homme au I-pad » Claudio Caçapa, squattant l'ascenseur réservé à la presse chaque mi-temps pour porter jusqu'au vestiaire un montage rapide sur des corrections à apporter en cours de jeu. Souvent l'OL était meilleur sur les fins de match et ces ajustements n'y étaient pas étrangers. Alors oui, d'autres avant lui travaillaient aussi sur les nouvelles technologies mais ces petits changements, non perceptibles du grand public, me laissaient déjà penser du sérieux du bonhomme.

Un meneur de vestiaire

L'autre point fort que j'ai noté chez Bruno Genesio, c'est sa faculté à susciter l'adhésion de ses joueurs. A Lyon, même lorsque les virages ont réclamé son départ, les cadres ont toujours fait front derrière lui. Des joueurs du cru aux « étrangers » du microcosme lyonnais comme Mathieu Valbuena. Il est à mon sens réducteur de penser que Bruno Genesio était simplement protégé par les Anthony Lopes, Alexandre Lacazette ou « Coco » Tolisso. Même avec des joueurs comme Memphis Depay, avec qui la relation était parfois compliquée par les caprices de stars du Néerlandais, il avait su gérer au mieux. Sans jamais que l'explosion des egos ne provoque une véritable sortie de piste de l'OL en Ligue 1.

Mercredi soir, j'ai écouté avec attention les mots du coach intérimaire rennais Philippe Bizeul, lequel déclarait que le vestiaire avait « perdu son guide » avec la démission de Julien Stéphan. Mais je pense que Bruno Genesio peut justement avoir cette personnalité inspirante pouvant susciter l'adhésion des joueurs. Quand on sait l'importance de l'état d'esprit dans la réussite ou non d'une équipe, le facteur humain sera prépondérant. A titre personnel, je crois davantage à la sympathie que peut susciter Bruno Genesio qu'en celle que pouvait inspirer le régional de l'étape Jocelyn Gourvennec, lequel restait sur deux échecs à Bordeaux et à Guingamp.

Victime d'un délit de sale gueule à Lyon

Quand je vois les supporters lyonnais souhaiter bon courage aux Rennais avec l'arrivée de Bruno Genesio, j'ai parfois l'impression de rentrer dans une dimension parallèle. Celle où les réseaux sociaux, les vieilles rancœurs, la défiance effacent toute forme de raisonnement rationnel. A la fin, le cas Genesio était devenu un bras de fer entre Jean-Michel Aulas et les groupes de supporters. Chacun avec ses arguments, plus ou moins entendables.

Je pense que le « Genesio bashing » a été une hype dès le départ en janvier 2016, masquée dans un premier temps par les bons résultats sportifs et la « remontada lyonnaise » jusqu'à la Ligue des Champions. Dans la bouche des anti-Genesio, on entendait souvent la même chose : « Ce coach n'a pas réussi à Villefranche et à Besançon, il n'a rien à faire à l'OL ». Beaucoup étaient aussi agacé qu'à l'heure où l'OL clamait de nouvelles ambitions, ce soit lui et non un grand nom qui rentre dans les livres d'histoire au moment de la sortie de terre du Groupama Stadium. Pas assez sexy Bruno Genesio ? Surement. Trop gentil avec ses joueurs ? Également.

Je peux comprendre que les fans se soient lassés du manque de progression de l'OL dans les « petits matchs », au point de faire de Genesio le fautif principal des maux lyonnais. J'entends aussi cet argument selon lequel il n'a pas lancé beaucoup de jeunes à l'OL. Ce qui est aussi vrai mais l'époque ne s'y est jamais réellement prêté et certains comme Houssem Aouar et Mouctar Diakhaby ont tiré leur épingle du jeu sous sa coupe. Je pense aussi que Bruno Genesio avait sa part de responsabilité dans le point de « non-retour » atteint avec une frange de supporters. Dès sa nomination, dans la veille salle de presse de Tola Vologe et à quelques jours d'investir le nouveau centre de Décines, le jeune coach Genesio avait laissé couler les premières critiques. Sans comprendre alors qu'elles le suivraient tout au long de son parcours, que ce « venin » pénètrerait au fur et à mesure les esprits du plus grand nombre et causerait finalement sa perte... »