Cyril Dessel
Cyril DesselCredit Photo - Icon Sport
par Laurent HESS

ASSE - Exclu BUT ! : Cyril Dessel : « Je suis très triste pour Bernard Caiazzo et Roland Romeyer »

Il n’a jamais porté de maillot Vert, mais a connu le maillot jaune. Cyril Dessel, originaire de Rive-de-Gier et vainqueur d’étape du Tour de France a répondu aux questions de BUT ! ASSE. En plein Tour de France, l’actuel directeur sportif de l’équipe AG2R nous a offert son regard sur la reconstruction des Verts.

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But ! : Cyril, l’ASSE garde une place importante malgré le fait que vous ayez vécu avec un autre sport ?

Cyril DESSEL : J’ai joué au foot avant de me mettre au vélo et j’ai toujours eu cette passion en moi. Ça ne m’a pas quitté même quand j’ai attaqué le cyclisme. Évidemment j’ai toujours suivi les Verts. Même si aujourd’hui avec mon métier de directeur sportif c’est un peu plus compliqué d’aller au stade, dès que j’en ai l’occasion je vais à Geoffroy-Guichard.

 

Vous avez donc suivi la saison dernière, comment l’avez-vous vécue ?

C’était une saison très difficile, mais c’est la suite logique de celle qui a précédé voire des deux dernières. Le niveau sportif était tellement faible que je ne vois pas comment on aurait pu se maintenir ni comment on aurait pu s’en sortir l’année prochaine en Ligue 1. Les barrages je n’y ai même pas cru une seconde. On était dans une telle spirale négative que je n’ai pas du tout été surpris par la relégation finalement.

 

De votre point de vue de directeur sportif, comment est-ce que l’on reconstruit un effectif moralement au plus bas, qui a perdu la moitié de ses éléments et avec un contexte extra-sportif aussi compliqué ?

Je n’ai pas la prétention de savoir comment s’y prendre mais il me semble que les deux personnes à qui l’on a confié cette tâche (Perrin et Batlles), en ont les capacités. Je pense que dans un premier temps il faut essayer de reconquérir les supporters et l’opinion publique. Pour cette raison je trouve que la nomination de Loïc comme directeur sportif est un excellent choix. Il a déjà un lien fort avec les supporters et le peuple stéphanois et une aura positive qu’il peut ramener à l’échelle du club. En plus de ça il a prouvé en tant que joueur qu’il connaissait très bien le football. Il a toujours brillé par son anticipation, son sens du placement et sa vision du jeu. Ce sens aiguisé du jeu, il l’a au niveau du football de manière générale et en plus de cela, personne ne connaît mieux le club que lui. Ses qualités et ses défauts. Si on rajoute à cela les atomes crochues qu’il a avec Batlles je pense que tout est réunis pour renouer avec les gens, et reconstruire un projet qui colle avec l’esprit et l’histoire du club à court terme.

 

« On sait que l’on veut vendre mais ça ne se fait pas et personne ne donne de cap réellement. Tant que l’on n’aura pas un propriétaire qui donne ce cap au club, je resterai assez pessimiste. »

 

Ce duo suffirait donc à remettre le club sur les rails ?

Justement non je ne suis quand-même pas très optimiste en ce qui concerne l’avenir de l’ASSE. C’est fiable à court terme, mais tant que l’on n’aura pas une direction avec un réel projet en haut de l’échelle, les autres changements seront vains. Aujourd’hui au-delà de la remontée de l’ASSE, quel est le projet du club sur deux, trois, quatre ans ? On sait que l’on veut vendre mais ça ne se fait pas et personne ne donne de cap réellement. Tant que l’on n’aura pas un propriétaire qui donne ce cap au club, je resterai assez pessimiste.

 

Vous en voulez aujourd’hui à Bernard Caïazzo et Roland Romeyer ?

Non je ne leur en veux pas mais je suis très triste pour eux. Le club aurait dû être vendu il y a déjà trois ans. On avait une base sportive beaucoup plus solide, on était en Ligue 1, et aujourd’hui c’est la descente aux enfers. J’ai beaucoup de peine pour Roland, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup et avec qui je partage la passion du vélo… je suis frustré pour lui parce que ça fait presque 20 ans qu’il dirige le club et que tout n’est pas à jeter sur le travail qu’il a réalisé avec Bernard. Et malheureusement, aujourd’hui on a atteint ce point de non-retour où quoi qu’il fasse, il sortira par la petite porte. On ne retiendra de lui que cette période noire de deux ou trois ans sur presque deux décennies et je suis déçu parce qu’il ne méritait pas ça. Tout a été question d’une mauvaise décision.

 

Dans le cas d’un rachat, sur quel modèle vous imaginez que l’ASSE pourrait se baser ?

Il ne faut pas se leurrer, Sainté, c’est une ville populaire. Aucun milliardaire ne va s’intéresser à nous pour que l’on devienne le PSG. Et dans le même temps, il faut regarder ce qui se passe à Bordeaux et ne pas tomber dans un piège. C’est catastrophique, si certains investisseurs voient qu’ils ne gagnent pas d’argent ils repartent en laissant tout en friche. J’ai un exemple en tête, c’est celui de Strasbourg avec Marc Keller à la présidence. Certes, il ne joue pas l’Europe mais je ne pense pas qu’il ait des moyens démesurés et ce qu’il fait c’est très bien. Cette année ils n’étaient pas loin d’aller chercher leur qualification et évidemment on sait que ça ne deviendra jamais Lyon ou Marseille, mais avec ce club on sent qu’il y a vraiment quelque chose. Dans l’espoir qu’un nouvel actionnaire arrive, il faut tenir compte d’où vient le club, de ce qu’est la ville de Saint-Étienne, et mettre les bonnes personnes qui ont un projet mesuré et raisonnable. Il ne faut pas non plus rêver et garder les pieds sur terre.

 

Malgré toutes les tensions entre le club et le peuple Vert, vous croyez en la réconciliation entre l’ASSE et son public en Ligue 2 ?

Bien-sûr Geoffroy-Guichard ça reste un endroit mythique. C’est aussi un endroit où j’aime passer des soirées et dès que possible je continuerai à en passer même en Ligue 2 personnellement. On l’a déjà fait pendant des années et ça n’a jamais rien changé. Ce qui fera que la sauce va prendre, comme partout ce sont les résultats. Le contexte est difficile aujourd’hui, à l’époque il était différent est on est remontés rapidement. Ce qui me fait garder espoir en cette réconciliation, c’est que je pense que Batlles saura aussi ramener les gens au stade. Il a l’air de rechercher un équilibre entre le fait de s’appuyer énormément sur les jeunes mais aussi sur des vieux briscards dans un rôle de cadre. Allez dans les extrêmes ce n’est pas bon. Gasset l’avait fait avec un groupe d’anciens, Puel, lui, ne s’appuyait que sur des gamins qu’on sortait de National et ça n’a pas marché. Chacun d’une manière différente, ils ont contribué à un échec sur le plan sportif et je crois que Batlles saura trouver un juste milieu.

Il avait fini 6e du Tour de France 2006

Natif de Rive-de-Gier, Cyril Dessel (47 ans) a couru en professionnel dans les années 2000 en commençant avec un contrat stagiaire dans l’équipe Casino. Après quelques piges chez Jean Delatour et Phonak, le coureur rejoindra en 2005 AG2R La Mondiale chez qui il passera la seconde moitié de sa carrière professionnelle avant d’en devenir le directeur sportif. Cyril Dessel se sera démarqué au cours de sa carrière d’abord en jeune avec un titre de champion de France espoir en contre-la-montre, et en pro avec de nombreux podium et une sixième place au Tour de France 2006 durant laquelle il a endossé le maillot jaune et le maillot de meilleur grimpeur.

Pour résumer

En plein Tour de France, l’actuel directeur sportif de l’équipe AG2R nous a offert son regard sur la reconstruction des Verts. "J’ai beaucoup de peine pour Roland, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup et avec qui je partage la passion du vélo… je suis frustré pour lui parce que ça fait presque 20 ans qu’il dirige le club et que tout n’est pas à jeter sur le travail qu’il a réalisé avec Bernard", explique-t-il notamment, au sujet du duo de présidents.

Laurent HESS
Rédacteur
Laurent HESS
Podcast Men's Up Life
 

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