FC Nantes – L’oeil de Denis Balbir : « Pourquoi il faut se méfier d’un rachat du club maintenant »

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Chaque semaine, Denis Balbir décrypte l’actualité de la Ligue 1. Retour sur la possible vente du FC Nantes dans les mois à venir.

« Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de l’instabilité chronique des Nantais. On pensait plutôt à ce qui se passait sur le banc avec Vahid Halilhodzic et la fuite en avant des cadres de l’effectif cet été. Là, on a appris que le club pourrait être vendu. Cela peut être une bonne chose comme une mauvaise. Les supporters ont l’air ravi mais, à mon sens, il convient quand même de se méfier. Déjà, il faut que ce soit vrai. Pour l’instant, aucune voix officielle n’a confirmé les discussions avec ce fameux fond d’investissements anglais. Ensuite, on sait ce qu’on a et pas toujours ce qu’on va récupérer.

« Un nouveau propriétaire, c’est souvent la douche froide »

Quand les clubs sont vendus, les nouveaux propriétaires promettent de grands projets et c’est souvent la douche froide. On voit ce qui se passe à Marseille. Même quand on a de l’argent, c’est difficile de bâtir une grosse équipe et avoir des résultats. Personnellement, je ne vois pas en quoi on peut se réjouir que le FC Nantes soit vendu. Bien sûr, cela ferait sortir de l’ère Kita. L’homme d’affaires franco-polonais est comme il est. Il est excessif dans ses déclarations, parfois dans ses choix, mais ce n’est pas quelqu’un à qui l’on ne peut reprocher son manque d’investissement. Waldemar Kita a englouti de son argent personnel pour la pérennité d’un grand club français. Ça, on ne pourra jamais le lui retirer.

A Nantes plus qu’ailleurs, la relation entre supporters et dirigeants n’a jamais été simple. Cela s’est mal passé avec Jean-Luc Gripond et Rudi Roussillon durant l’ère Dassault, cela ne se passe pas bien non plus avec Waldemar Kita… Si des Anglais arrivent, cela peut être délicat. Le FC Nantes a un fonctionnement de club à l’ancienne, renfermé sur son glorieux passé et j’ai du mal à croire que ces supporters soient réellement heureux de se retrouver avec un investisseur étranger. Bien sûr, le fond étranger va amener des liquidités mais va-t-il apporter de bonnes idées ? Est-ce qu’il va prendre en compte l’histoire du club ? Dans tous les grands clubs d’Europe, l’institution compte sur des anciens joueurs pour occuper les postes importants. A Nantes, on sait que ça compterait beaucoup. Avec Waldemar Kita, cette option était relativement réduite. On peut penser que l’Anglais viendrait avec ses idées, avec un nouvel entraîneur qui ne sera pas Vahid Halilhodzic…

« Le FC Nantes face à une année de transition »

Quand il y a un rachat, c’est toute l’histoire d’un club qui se retrouve remise en cause. Quand on veut racheter un club mi-juin, est-ce qu’on est prêt pour la reprise en août ? Je ne pense pas… Comme à Marseille ou Bordeaux où les processus de vente ont été enclenché tardivement, cela peut donner une première année très délicate. Pour moi, c’est une mauvaise idée de discuter maintenant. C’est quelque chose qui doit être anticipé entre février et mars, pas en juin en plein Mercato. Un président qui sait qu’il ne sera plus président dans quelques mois sera forcément réticent à sortir le carnet de chèques pour des joueurs. Va-t-il malgré tout construire une équipe ou simplement laisser faire avec les gens en place ?

Un investisseur qui arrive en cours de route voudra aussi faire les choses à sa manière et pourrait être tenté de poser ses directives. Forcément, cela donne une année de transition car il est impossible de reconstruire une équipe sur un Mercato d’hiver. Si vente il y a, ce qui n’est pas encore fait, il faut s’attendre à une année blanche à Nantes. Dans ces conditions, la seule ambition sera d’assurer le maintien en Ligue 1. Est-ce que les supporters sont prêts à supporter une année comme ça ? Est-ce que le club est prêt à ça ? »

Recueilli par Alexandre CORBOZ