Le blog SDF : «OL : les petits secrets du recrutement à la Lyonnaise»

Responsable du recrutement chez les jeunes à l’Olympique Lyonnais, Gérard Bonneau (62 ans cette année) nous a reçu dans son bureau à Tola Vologe. A l’occasion d’une discussion morcelée en deux parties et dont nous vous diffusons un premier morceau ce samedi, nous sommes revenus sur 16 années de recrutement à Lyon et l’évolution des méthodes.

Gérard Bonneau, qui es-tu ?

« De 1983 à 1990, j’ai fait un premier passage à l’Olympique Lyonnais en tant qu’éducateur de l’équipe des cadets avec Gérard Drevet. J’ai ensuite travaillé avec le Sport-étude en compagnie d’Alain Thiry (formateur historique et ex-responsable du recrutement chez les jeunes de l’OL, décédé l’an passé, NDLR). En 2000, je suis revenu au club. Les 5-6 premières années, je disposais encore d’un contrat d’entraîneur et je faisais les séances du matin des U17 avec Alain Olio puisqu’Armand Garrido (actuel entraîneur des U17, NDLR) n’était pas encore à temps complet à l’OL. Assez rapidement, je me suis occupé du recrutement chez les jeunes avec Alain Thiry, que je considère comme mon mentor dans ma manière de fonctionner à la cellule de recrutement. On a fait trois ans ensemble et, durant cette période, je l’ai surtout observé et écouté. »

L’évolution des méthodes de recrutement à l’OL

« Juste avant son départ en 2003, Alain Thiry avait déjà bien senti que les méthodes de recrutement évoluaient. Avant, cela se faisait à 90% au niveau régional. On se déplaçait une fois par an sur 15 jours à la Coupe nationale. Aujourd’hui, cette compétition qui concerne les U15 existe toujours mais 80% les jeunes évoluent déjà dans des structures professionnelles lorsqu’ils y participent. En 2003, Alain m’a donc demandé de créer un réseau en dehors de la région Rhône-Alpes. Le recrutement est devenu international un peu plus tard, à l’époque de Rémi Garde directeur du centre de formation (2010-2011). C’est là qu’on a commencé à se dire qu’il fallait avoir une ouverture sur les 15-18 ans pour évaluer ce qui se faisait ailleurs. A l’époque, on suivait déjà les compétitions de l’équipe de France sur cette catégorie d’âge et on voyait des joueurs à l’étranger. L’idée c’était d’étudier la faisabilité de la faire venir. Cela a commencé doucement et maintenant le relai sur l’international, c’est Florian Maurice. Depuis cette nouvelle politique, on a eu deux Norvégiens, un Luxembourgeois, trois Suisses… »

Une stratégie tout pour l’attaque

« Pourquoi on est plus à l’aise pour former des joueurs offensifs et aussi peu de défenseurs ? Qu’est-ce qui est le plus intéressant dans le football ? Marquer des buts. Personnellement, j’ai commencé à suivre l’OL lors de la Coupe de France 1964. J’avais 10 ans. A l’époque, l’OL c’était Fleury Di Nallo, Angel Rambert, Nestor Combin… Plus tard, c’était Bernard Lacombe et Serge Chiesa. Cette culture offensive a toujours été présente à Lyon et elle est restée. Et puis, il faut être honnête : quand il y a un bon attaquant, tout le monde en parle. A la cellule de recrutement des jeunes, on est davantage attiré par le secteur offensif. Quand on sent qu’il manque un défenseur, on va faire un recrutement spécifique en ne regardant que l’animation défensive et le rôle du défenseur. »

Pourquoi l’OL ne forme pas de défenseurs

« A l’époque de Claude Puel (2008-2011, NDLR), on a davantage fait attention à l’aspect défensif à sa demande. Je me souviens qu’il était d’ailleurs venu me voir pour demander d’être davantage en capacité de recruter des joueurs défensifs. Mais c’est quelque chose qui nous est encore très difficile. Là, par exemple, je suis le concours d’entrée à Clairefontaine sur des joueurs nés en 2003. Au départ, eux voient 1200 jeunes et vont en retenir entre 20 et 22. On voit beaucoup de très bons jeunes mais si on arrive à voir une dizaine de défenseurs sur les 1200, c’est déjà le grand max. Le problème c’est que dans ce type de détection nationale et régionale, les joueurs qui sont retenus sont, à 70%, des joueurs offensifs. Est-ce que le foot à effectif réduit nous interdit de dénicher de bons défenseurs ? Il suffit de regarder les championnats français de Ligue 1 et de Ligue 2 aujourd’hui : peu d’équipes jouent avec une paire de centraux 100% française. Il y a une interrogation à avoir car je trouve qu’on ne parvient plus à former de défenseurs au niveau national. »

L’arrivée des Anglais sur le marché français

« On a bien répondu à la nouvelle concurrence étrangère sur le vivier des jeunes joueurs français en étoffant la cellule de recrutement. Aujourd’hui, on est passé de un à quatre salariés. Après, notre chance, c’est d’avoir un savoir-faire. On parvient même à s’exporter à l’étranger pour présenter la formation « à la Lyonnaise ». On a aussi une équipe fanion qui porte bien l’image de notre formation et qui est au sommet du football français depuis 16 ans. On bénéficie d’un nouveau stade. On peut aussi jouer sur nos titres de meilleurs centres de formation, sur nos joueurs qui s’exportent dans de très grands clubs comme Karim (Benzema) ou Anthony (Martial). On a la chance de pouvoir vendre un projet. Personnellement, la présence de grands clubs étrangers ne me dérange pas même s’ils ont des moyens supérieurs aux clubs français. Je pense qu’ils font juste leur travail – comme nous lorsque l’on va observer des joueurs en Scandinavie ou dans d’autres pays – avec une contrainte : ne pas pouvoir recruter de jeunes joueurs avant que ceux-ci atteignent l’âge de 16 ans. Pour moi, le problème, ce n’est pas les clubs étrangers mais l’environnement des jeunes d’aujourd’hui. »

L’évolution des jeunes footballeurs depuis 16 ans

« Aujourd’hui, l’environnement des joueurs est différent. Je ne parle pas des parents mais de tous ceux qui gravitent autour des joueurs. C’est pour ça qu’il est important qu’on joue sur notre projet pour convaincre. Il faut que les parents reviennent sur terre. C’est d’abord un double voire un triple projet : l’apprentissage du sportif de haut niveau, un projet scolaire avec une charge de travail adapté et un projet citoyen qui prend de plus en plus d’importance. Désormais, avec les nouvelles technologies et des réseaux sociaux comme Périscope, on doit aussi expliquer aux joueurs tous les dangers de tous ces nouveaux moyens de communication… »

Propos recueillis par Alexandre CORBOZ

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