Le blog SDF : « RC Lens : sans la Gaillette, le club n’existerait plus aujourd’hui »

D’abord joueur du RC Lens (1977-1983), Georges Tournay (56 ans) a ensuite connu tous les postes de la formation au groupe professionnel durant deux décennies (de 1992 à juin 2012). Pour « But ! Lens », l’actuel directeur du Pôle Espoirs de Liévin évoque ses souvenirs de formateur… Première partie de l’entretien sur la Gaillette.

Georges, vous qui avez tout connu au RC Lens, dans quel poste vous êtes-vous senti le plus épanoui ?

Georges Tournay : En tant que passionné de football et en étant dans mon club de vie qui est Lens, j’ai pris du plaisir dans tout ce que j’ai fait : entraîneur au centre de formation, responsable de la formation, directeur du centre, adjoint chez les pros, coach n°1 en Ligue 1… Tout cela s’est passé à des niveaux de pression différents mais c’est quelque chose auquel je suis habitué depuis mes débuts en tant que joueur. Ce qui me revient spontanément de mon passage au RC Lens ? Mon arrivée sur le banc des pros en tant qu’adjoint (1999-2000) avec une équipe avant-dernière du championnat et où on avait atteint les demi-finales de la Coupe d’Europe en finissant cinquième du championnat… Mais j’ai aussi apprécié le moment où Gervais Martel m’a rappelé à la formation en 2005 où, de la 20e place des centres de formation, on était revenu sur le podium. Pour moi, cela représente énormément de plaisir avec, en apothéose, la sortie de tous ces jeunes dont le bâton de Maréchal reste Raphaël Varane.

Vous êtes arrivé au RC Lens avant la construction de la Gaillette. Vous avez vu l’évolution du club avant et après la construction du centre…

Quand je suis arrivé en 1992, la formation à Lens marchait déjà très bien avec Patrice Bergues à sa tête. Le club venait de gagner la Gambardella avec cinq-six joueurs en pro comme Wagneau Eloi, Philippe Brunel, Frédéric Dehu…On ne peut pas dire que ce soit la Gaillette qui a fait décoller la formation lensoise. Simplement, huit-dix ans après cette époque dorée, j’avais fait ressentir à Gervais Martel que nous étions un peu en perte de vitesse et qu’il fallait prendre des décisions. Gervais étant très sensible à la question de la formation avait eu cette réponse : la Gaillette. Un paquebot à faire fonctionner mais surtout un énorme coup de boost pour le secteur de la formation. A partir de là, de nouveaux éducateurs sont arrivés, une nouvelle organisation s’est mise en place au niveau de l’école de foot, de la préformation, de la post-formation… La Gaillette a été un point de départ. Le président a vu avant tout le monde les problèmes économiques du foot français arriver. Heureusement qu’il a bâti la Gaillette à l’époque sinon le club n’existerait plus aujourd’hui…

« Je pense qu’il nous a manqué un an ou deux pour mener à terme le projet de départ »

Est-ce que la Gaillette a servi d’appât pour attirer les meilleurs jeunes ?

Oui. A chaque fois qu’on s’est retrouvé sur un dossier concurrentiel, on avait une méthode pour convaincre les gamins. 1/ Leur faire découvrir la Gaillette. 2/ Les amener à Bollaert. 3/ Les inciter à rencontrer le président Martel qui, par son discours de passionné, arrivait souvent à faire pencher la balance. Lorsqu’on a créé la Gaillette en 2002, je me souviens de son discours : « Georges, il faut à tout prix que les meilleurs jeunes de la région Nord-Pas-de-Calais transitent par chez nous et si en plus on peut aller chercher un peu ailleurs, il ne faut pas s’en priver. Dans huit-dix ans, les clubs pros vont souffrir sur le plan économique ». Il avait totalement raison.

Le RC Lens a sorti beaucoup de jeunes ces dernières saisons mais, souvent, on les a vu quitter le nid très tôt. Finalement, le travail de la Gaillette profite assez peu à l’équipe première. N’est-ce pas le talon d’Achille de ce projet ?

Oui. Sur le plan économique, on s’est tiré une balle avec la première descente en Ligue 2 en 2008. Elle n’était pas programmée. Quand il vous manque 35-40 M€ d’un seul coup, peu de clubs peuvent prendre une telle claque et se relever. Lens l’a fait sans l’aide d’un mécène ou d’un sponsor. Grâce à ses jeunes. Le déficit étant là, il a fallu vendre des joueurs. Je pense qu’il nous a manqué un an ou deux pour mener à terme le projet de départ. On aurait pu ou dû tirer les fruits de ces jeunes: les Raphaël Varane, Serge Aurier, etc. Ils avaient vocation à jouer plus longtemps chez nous. Le projet de départ, c’était de les lancer à 19 ans, de leur offrir un contrat à 20 ans et de les vendre à 21-22 ans après les avoir rentabilisé. On a accéléré pour survivre et certains de nos jeunes – qui rêvaient de briller à Bollaert – ne sont pas partis de gaieté de cœur.

Propos recueillis par Alexandre CORBOZ