8 idées reçues sur le Clasico : le FC Barcelone était le symbole de la lutte contre la dictature

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Le Clasico, qui devait avoir lieu le 26 octobre, a été reporté au 18 décembre, si tout va bien. Pour combler le vide d’ici là, voici quelques idées reçues sur le FC Barcelone et le Real Madrid auxquelles nous tordons le coup.

Un président du Real Madrid a dit un jour : « Nous avons gagné la bataille du terrain avec le FC Barcelone mais nous avons perdu celle de l’image ». Effectivement, aujourd’hui, les Merengue, en dépit de toutes leurs victoires en Champions League et de leur palmarès unique, représentent l’establishment, l’ordre établi, alors que les Blaugranas symbolisent la rébellion. Et qu’est-ce qui fait vibrer les foules ?

Dans l’imaginaire populaire, le FC Barcelone, c’est cet immense club ayant été abattu en plein vol au moment de la dictature de Franco (1939-76), qui se faisait voler sur le terrain aux dépens du Real mais qui restait fier en toutes circonstances, qui hurlait son « catalanisme » à la moindre occasion. C’est beau… mais c’est faux.

Tout d’abord, nous l’avons écrit la semaine dernière, le général Franco n’était pas vraiment intéressé par le football et s’il appréciait l’Atlético Madrid, il n’en était pas socio et il ne s’impliquait pas dans la vie des « Colchoneros ». Il a retiré de gros bénéfices des victoires du Real Madrid sur la scène européenne mais nul doute qu’il en aurait fait de même si ça avait été le Barça. D’ailleurs, dans les années 60, les Catalans ont remporté trois Coupes des Villes de Foire (ancêtre de l’Europa League) et ils recevaient eux aussi leurs messages de félicitations des dirigeants de l’Etat.

Durant les 37 années de dictature, le FC Barcelone ne s’est jamais dressé face à Franco et la junte militaire, en défenseur de la cause catalane. Le club a au contraire pris grand soin de ne pas se mettre le pouvoir à dos alors qu’il traversait une période sportive compliquée. La preuve la plus flagrante, c’est qu’il a remporté neuf fois la Coupe du Roi (qui s’appelait alors Copa del Generalisimo) et que les différents capitaines n’ont jamais renoncé à aller chercher le trophée au prétexte que c’était Franco qui le remettait. Mieux : le Barça n’a séché aucune invitation au palais du général après une grande victoire.

Ses joueurs, même un Carles Rexach catalan jusqu’au bout des ongles, ne revendiquaient rien. Notamment parce qu’à l’époque, les contestataires finissaient en prison ou pire… Alors, oui, le Camp Nou a hébergé des partisans de l’indépendance et des anti-Franco. Oui, il pouvait y avoir des insultes proférées à l’encontre du dirigeant mais rien de plus. Une banderole « Catalonia is not spain » comme celle que l’on voit aujourd’hui à chaque Clasico aurait valu des représailles très sévères au Barça.

Non, le FC Barcelone n’est pas un club politiquement engagé. Pas plus hier qu’aujourd’hui, d’ailleurs, puisqu’il n’a pas officiellement soutenu le mouvement indépendantiste qui avait tenté un coup d’Etat il y a deux ans. Les dirigeants « blaugranas » savent rester à leur place, celle du sport. Mais ils savent aussi très bien raconter de belles histoires à un public toujours friand de rébellion…

R.N.

Raphaël Nouet

Journaliste à But! depuis 2001