par Raphaël Nouet

8 idées reçus sur le Clasico (3/8) : Johan Cruyff au Barça, c'était une évidence

Le Clasico, qui devait avoir lieu le 26 octobre, a été reporté à mercredi prochain.

Pendant toute cette semaine, Butfootballclub va tordre le coup à quelques idées reçues sur le FC Barcelone et le Real Madrid.

Un dicton assure que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire. Sous-entendu : comme les vaincus n'ont pas leur mot à dire, libre à ceux ayant remporté la bataille de la romancer, de déformer la vérité à leur convenance. En football, cela arrive très fréquemment. Un centre raté qui se transforme en but est décrit par son auteur comme un coup de génie car, bien sûr, il avait vu le gardien avancé…

Dans son genre, Johan Cruyff est le plus beau des vainqueurs. Car, même vaincu, c'est lui qui gagnait. Il a perdu la finale de la Coupe du monde 74 avec la Hollande ? Oui mais il a fait triompher le beau jeu. Il s'est fait exploser avec le Barça par l'AC Milan en finale de C1 94 ? Oui mais les Italiens étaient cyniques et moches à regarder, ce n'était pas du football. Le génie hollandais avait réponse à tout et comme il n'avait pas son pareil pour tout tourner à son avantage, on avait forcément envie de le croire.

Seulement, comme quasiment tout le temps, la vérité est plus nuancée. Non, Johan Cruyff ne voulait pas signer au FC Barcelone et nulle part ailleurs en 1973. Non, il ne s'est pas identifié à la Catalogne au point de prénommer son fils Jordi afin de défier les autorités espagnoles. Non, il ne faisait pas l'unanimité totale parmi les supporters du FCB. Et non, il n'a pas fait que des bonnes choses au Barça. D'ailleurs, ses règnes de joueur et d'entraîneur se sont terminés dans le chaos. Et il a failli être viré après seulement une saison comme coach…

Pour ceux que la vie et l'œuvre du plus célèbre des numéros 14 intéressent, nous vous conseillons la lecture du livre de Chérif Ghemmour, "Johan Cruyff, génie pop et despote". Tout est dit dans le titre… Il faut savoir que JC avait un rapport très particulier à l'argent. Il en voulait toujours plus. C'est ce qui l'a incité à quitter l'Ajax en 1973 (ça et le fait que ses coéquipiers avaient désigné un autre capitaine que lui).

Il a signé au Barça pour l'argent

Tous les grands clubs européens étaient sur les rangs pour l'accueillir. Il a juré par la suite avoir opté pour Barcelone parce qu'il avait adoré la ville lors de vacances avec sa femme, qu'il aimait l'esprit frondeur des Catalans contre le pouvoir central et qu'il avait repoussé le Real Madrid car il ne voulait pas jouer pour le club de Franco. Sauf que le dictateur ne soutenait pas les Merengue… Si Cruyff a signé au Barça, c'est uniquement parce que c'est ce club qui lui offrait le meilleur salaire. Les Qataris auraient été au PSG à l'époque, le Hollandais se serait installé dans la capitale en prétendant qu'il était fan du général De Gaulle…

Dès sa première saison, Cruyff a ramené le titre de champion d'Espagne en Catalogne après 14 années d'attente. Mais ensuite, il a passé son temps à s'embrouiller avec ses partenaires, ses entraîneurs (notamment l'Allemand Weisweller) et ses dirigeants. Si bien que personne n'a regretté son départ en 1979, après cinq années seulement marquées par une Liga et une Coupe d'Espagne… Quand au prénom de son fils, Jordi, populaire aux Pays-Bas et en Catalogne (c'est le saint-patron de la région), Cruyff n'a appris qu'après-coup que les autorités espagnoles de l'époque refusaient les prénoms à connotation communautaire…

Nunez voulait le virer au bout d'un an

Lorsqu'il revint au FCB en 1988 comme entraîneur, ce fut là aussi plutôt houleux. Certes, il a remporté la première Champions League du club, a décroché quatre Ligas consécutives et imposé un jeu flamboyant qui a profondément marqué le Barça, influençant par exemple Pep Guardiola. Mais là encore, il a été en conflit quasi permanent avec sa direction. Josep Luis Nunez, qui l'avait fait venir pour être réélu à la présidence, voulait le virer après seulement un an tellement il ne le supportait pas.

Aujourd'hui, avec le recul et comme toujours après le décès d'une personne, les supporters ne retiennent que les bons côtés de Johan Cruyff. Mais en 1996, année où il a été viré à deux journées de la fin du championnat après une altercation dans le vestiaire avec un vice-président, beaucoup n'en voulaient plus, lui reprochant son incapacité à changer, notamment sur le plan défensif, et quelques roustes mémorables (0-5 contre le Real et Santander, 0-4 face à l'AC Milan, 3-6 à Saragosse…). Mais ces histoires, le vainqueur Cruyff a pris grand soin de les occulter…