ASSE – Bereta : « On est blessés moralement »

Agressé à la sortie de Gerland dimanche soir après le derby entre l’OL et l’ASSE (3-0), Georges Bereta nous raconte son calvaire.

« Après la défaite, nous sommes partis vite du stade pour rejoindre la voiture. Sauf que, au lieu de partir à gauche en direction de la Mulatière, j’ai eu le mauvais réflexe de prendre sur la droite. Je suis tombé dans les embouteillages. C’est à ce moment-là que les supporters lyonnais ont quitté Gerland. Quand ils ont vu la plaque 42 et un logo de l’A.S.S.E., certains sont devenus fous. Ils ont frappé la voiture. Avec une bouteille, ils ont cassé la vitre arrière. Devant, le pare-brise est complètement fendu… Ils ont même essayé de retourner le véhicule qui est défoncé de partout. Même si quelqu’un a rapidement appelé les CRS pour nous venir en aide, ils ne sont arrivés que 15-20 minutes plus tard. C’était vraiment très long ! Heureusement, on n’a à déplorer que quelques dégâts matériels. Nous étions trois dans la voiture et personne n’a été blessé. Heureusement, on est bien restés dans l’habitacle. J’ai ouvert quelques fois la voiture pour me présenter.

La plupart de nos agresseurs étaient des jeunes de 18 à 30 ans qui ne me connaissaient pas et qui suivaient simplement la meute. Lorsque j’ai dit que j’étais un ancien joueur, ça en a calmé certains. Pas tous. Et, à chaque fois que je retombais sur un groupe, il fallait recommencer. Aujourd’hui, on est blessés moralement. Le football a toujours été une fête et j’ai le sentiment qu’on a loupé quelque chose quand je vois ça. Il faut se poser les bonnes questions. On a eu peur qu’un supporter mal intentionné ne balance un pétard dans la bagnole pour nous faire sortir et nous mettre minables.

« A mon époque, il y avait du respect »

J’avais fait l’effort de venir à Gerland pour le dernier derby afin de me rappeler des souvenirs. Dans ma carrière, j’en ai joués beaucoup et j’en ai gagnés douze dont plusieurs là-bas. C’est quand même un stade de légende et je pense qu’il méritait un autre public pour sa dernière. Dimanche soir, j’ai vu mes amis Bernard Lacombe et Fleury Di Nallo. On s’est remémoré nos souvenirs, l’équipe de France… Cette rivalité, ce n’est pas toujours la guerre. Aujourd’hui, on ne peut même plus amener nos gamins au stade tellement c’est devenu dangereux. A mon époque, les derbys étaient rugueux mais il y avait du respect. On pouvait traverser les groupes de supporters lyonnais sans être agressé. Même sur le terrain, on se respectait. Pourtant, avec les tacles par derrière autorisés et certains joueurs comme Domenech ou Mihajlovic, ce n’était pas toujours simple ! Dimanche, il y avait une haine qui s’est également retranscrite sur le terrain. Ce genre de choses, cela tient aussi aux éducateurs. A mon époque, j’ai eu la chance d’avoir Jean Snella, Albert Batteux, Robert Herbin… On jouait pour gagner et non pour faire mal à l’adversaire ».

Recueilli par Alexandre CORBOZ