Girondins de Bordeaux : le mercato jugé par les supporters

Depuis cinq ans, les Girondins ont du mal à dénicher des perles rares sans vendre au préalable leurs meilleurs joueurs. Claude Pèze, fan emblématique du club bien connu sur Twitter, et Nicolas Pietrelli, du site WebGirondins, décryptent le mercato bordelais pour But!.

But! National Transferts : Messieurs, quelles attentes placez-vous dans le mercato girondin ?

Nicolas Pietrelli : Que les meilleurs joueurs de l’effectif ne soient pas tous vendus ! Ensuite, si on peut se renforcer avec deux ou trois bons joueurs, ce ne sera que du plus.
Claude Pèze : Dans l’idéal ? Qu’on se déleste des éléments du groupe qui n’ont pas ou plus leur place (ndlr : Traoré), qu’on prête des jeunes pour l’expérience (comme Kaabouni, qui a rejoint le Red Star) et qu’on recrute intelligemment pour compenser nos faiblesses en défense centrale et au poste de milieu défensif.

Entre l’arrivée de bons joueurs ou le départ des cadres, qu’est-ce qui a le plus de chances de se produire ?

N.P. : Je pense que Diego Rolan va être vendu. Si Bordeaux récupère 15 ou 20 millions, ça permettra de combler le déficit structurel du club depuis 2011. De toute façon, on sait qu’on a 7 millions à combler chaque année. Soit M6 sort le porte-monnaie, soit on vend de bons joueurs. Avec les arrivées de Chantôme et Kiese-Thelin cet hiver, le déficit s’est creusé, dur de recruter ensuite…
C.P. : Malheureusement, il est plus probable de voir partir l’une de nos valeurs sûres que de voir débarquer au Haillan un joueur à fort potentiel comme a pu l’être Gourcuff.

C’est quand la dernière fois que Bordeaux a réussi un mercato ?

N.P. : Alors là, ça date ! Je dirais en 2007, avec notamment l’arrivée d’Alou Diarra, qui venait pallier le départ d’un Mavuba très prometteur mais sans plus. Diarra a été au top de sa carrière avec Bordeaux (ndlr : de 2007 à 2011). Mais il y aussi le cas de Rolan en janvier 2013, qu’on achète 2 millions, qui ne fait rien pendant un an et demi, qui explose après et se vend 15 millions. Si ça se fait, c’est un mercato assez réussi.
C.P. : Sous Tigana, c’est un exemple de réussite à l’envers : on a réussi à tout foirer ! On a remplacé Chamakh, Gourcuff et Cavenaghi par Modeste, Maazou et Ben Khalfallah. Le dernier mercato réussi remonte à 2006-07 : Wendel, Fernando dont on lève l’option d’achat, Micoud puis Cavenaghi et Jussiê au mercato d’hiver. Un recrutement plus qu’intelligent !

“On sait qu’on a 7 millions à combler chaque année. Soit M6 sort le porte-monnaie, soit on vend de bons joueurs”

Comment expliquez-vous le manque d’intérêt des joueurs pour les Girondins ?

N.P. : Je ne sais pas… Quand le projet sportif et financier n’est pas clair, les joueurs vont ailleurs. Et puis, quand vous voyez des éléments comme Traoré ou Jussiê prolonger de deux ans, ça fait un peu prime pour service rendu au club… C’est dommage de fonctionner comme ça.
C.P. : En venant aux Girondins, un joueur choisit la tranquillité, une vie pépère. Il met de côté ses ambitions et il doit se contenter d’une participation à l’Europa League de temps en temps. Difficile d’attirer au club des joueurs de gros calibre. Au mieux, on recruter ceux qui ont envie de se relancer, comme Obraniak, mais qui se barrent dès qu’ils le peuvent, comme… Obraniak.

Est-ce que l’aspect financier est toujours le seul critère qui bloque le mercato bordelais ?

N.P. : Oui car c’est le nerf de la guerre. Quand le déficit du club augmente, il faut le combler. M6 s’y colle à chaque fois, mais ce n’est pas censé être son rôle.
C.P. : Non car le club est capable de faire un effort financier lorsque c’est nécessaire (ndlr : comme par exemple pour Chantôme). Je pense que de plus en plus de joueurs considèrent Bordeaux comme un club moyen de L1 au même titre que Rennes ou Montpellier…

Etes-vous déçu par le réseau de Sagnol ?

N.P. : On était plein d’espoirs avec Sagnol mais on constate finalement qu’il n’attire pas grand monde et que les jeunes ne sont pas tentés (Landre, Rose). Même au Bayern, à part Contento qui n’a rien fait… Après, est-ce que Sagnol a de l’argent pour recruter ? C’est comme avec Francis Gillot… Mais bon, il met en place son système pour le moment, ça va être encore une saison de transition.
C.P. : Je suis déçu par sa 1ère saison, il a pu recruter quasiment à sa guise (ndlr : Pallois, Contento, Khazri, Kiese Thelin, Ilori, Chantôme) pour un résultat final identique à celui de Gillot et un projet de jeu encore flou. Mais c’est un entraîneur qui débute et il vaudra mieux le juger sur sa deuxième saison.

“De plus en plus de joueurs considèrent Bordeaux comme un club moyen de L1 au même titre que Rennes ou Montpellier…”

Quel serait votre mercato idéal pour réussir une bonne saison en Europa League et en Ligue 1 ?

N.P. : Ne pas vendre Diego Rolan et prendre Gourcuff. Ensuite, il nous faut un défenseur central ou un vrai milieu défensif de formation. Et laisser partir certains joueurs qui “polluent” l’effectif, au lieu de les prolonger.
C.P. : Tout en restant plutôt réaliste, le voici : départs : Sala, Laborde (prêt), Traoré, Poko, Poundjé. Arrivées : deux défenseurs centraux, deux milieux récupérateurs, Gourcuff pour une année avec prolongation de deux ans s’il joue plus de 20 matches pour limiter le risque de “catastrophe industrielle”, comme le dit Aulas.

Bien les Girondins n’aient pas connu une saison en dessous de la 7e place depuis 10 saisons, considérez-vous toujours Bordeaux comme un grand club ?

N.P. : Bordeaux a l’image qu’il se donne, c’est-à-dire celle d’un club très stable et calme. Ce n’est pas le cas de tout le monde ! Le football français a besoin de Bordeaux, ça reste un club populaire, indispensable, qui sera toujours bien géré dans 20 ans.
C.P. : Les Girondins sont rentrés dans le rang et sont devenus un club moyen de L1, capable d’une saison exceptionnelle de temps à autre mais sans la capacité de maintenir un tel niveau sur la durée.

Propos recueillis pas Samuel Vaslin

Retrouvez cet entretien en intégralité dans le numéro de But! spécial Transferts, en kiosques ou sur notre boutique.