FC Nantes – EXCLU C. Lollichon : « Le FCN est devenu un club comme les autres… »

Né il y a 52 ans à Nantes, celui qui aujourd’hui entraîne les gardiens du Chelsea FC que vient de rejoindre Papy Djilobodji a aussi chauffé les gants des portiers nantais et rennais dans les années 90. Une époque qui laisse l’intéressé nostalgique…

But! Nantes : Christophe, 1995-2015 : il y a 20 ans, le FC Nantes décrochait son mythique titre de champion. Que retenez-vous de cette époque ?
Christophe LOLLICHON : Je retiens que le FC Nantes est une grande famille et on le constate avec la rapidité avec laquelle les gens avaient répondu, début juillet, pour cette journée spéciale organisée à Héric autour de Japhet N’Doram. Ça montre que ces résultats ont été obtenus grâce à une philosophie de jeu et par des liens très forts unissant les joueurs. C’était une époque du FC Nantes que j’ai eu la chance de connaître. J’ai aussi eu la chance d’y être formé. C’est différent maintenant, j’ai l’impression que le FC Nantes est devenu un club comme les autres. C’est peut-être un peu dur ce que je dis mais il y a une réelle différence par rapport à ce que j’ai vu avant.

Preuve que la grande famille du FC Nantes existe, vous aviez d’ailleurs invité à Stamford Bridge, à Londres, Jean-Claude Suaudeau au match retour de Ligue des champions entre Chelsea et le PSG la saison passée…
Oui. D’abord car ça me faisait plaisir de le revoir et car je voulais aussi faire un joli cadeau au directeur technique de Chelsea, Michael Emenalo, qui est un admirateur du FC Barcelone, du FC Nantes et de l’Ajax d’Amsterdam. La veille du match face au PSG, il avait rendez-vous dans un restaurant, sans savoir avec qui, et c’était avec Coco ! Ils ont parlé de football pendant trois heures !

Vous suivez toujours l’actualité du FC Nantes à distance ?
Je suis l’actualité des clubs français en général. Celle du FC Nantes pas plus que celle des autres car le club a beaucoup changé et ne correspond plus aux valeurs que j’ai connues quand j’y étais. Je suis aussi Rennes et celui-ci est en train de changer. Vous savez, un club de foot c’est une histoire d’hommes. Si les hommes changent, malheureusement, l’histoire ne se perpétue pas toujours. Je préfère me souvenir des valeurs qu’il y avait dans les années 90 à Nantes et dans les années 2000 à Rennes. Et je ne me polarise plus sur un club ou deux en particulier.

Quelles sont ces valeurs perdues ?
A titre anecdotique, je pense que j’ai plus appris au contact de Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix pour mon métier d’entraîneur de gardien qu’auprès de tous les autres techniciens que j’ai connus et des stages que j’ai pu faire. Car il y avait une idée de jeu dans laquelle le gardien était intégré. Autre anecdote : quand on était au FC Nantes, il y a pas mal d’années, on pensait d’abord au club avant de penser à soi et ça, ça se voit sur le terrain par le jeu à deux ou à trois, le fait d’être au service de l’autre, d’accepter de faire la course pour l’autre en sachant qu’on ne recevra pas le ballon mais pour aider le porteur… Très clairement, je n’ai jamais retrouvé cette qualité d’entraînement et d’entraîneur depuis que je suis parti de Nantes.

« Un jour, Samuel Eto’o m’a raconté un truc : “Quand j’ai voulu monter mes académies en Afrique, j’ai demandé au FC Barcelone si je pouvais avoir leurs éducateurs et ils m’ont répondu d’aller voir à Nantes parce qu’ils l’ont copié et que ça coûterait moins cher !” »

Que répondez-vous à ceux qui disent que ce foot-là, c’est de l’histoire ancienne ?
Mais le foot nantais d’aujourd’hui, c’est Barcelone ! Un jour, Samuel Eto’o m’a raconté un truc sympa, il m’a dit : “Tu sais Christophe, quand j’ai voulu monter mes académies en Afrique, j’ai demandé au FC Barcelone si je pouvais avoir leurs éducateurs, et ils m’ont répondu d’aller voir à Nantes parce qu’ils l’ont copié et que ça coûterait moins cher !”

Si le FC Nantes essayait de reprendre ses méthodes, pourrait-on retrouver ce très haut niveau d’antan et du jeu ?
Il faut du temps car ça partait de la base, de la formation. Et pour former des joueurs, il faut du temps. Il faut au minimum cinq ou six ans pour repartir sur des bases… Et quand je dis cinq ou six ans, Nantes a commencé en 1963-64 avec José Arribas, donc vous imaginez l’accumulation d’informations ! Quand on demandait à Raynald Denoueix si le staff organisait souvent des réunions de techniciens, il répondait qu’ils étaient en fait toujours en réunion ! On échange toujours et c’est comme ça qu’un club avance et se crée une identité. Après, le FC Nantes ou Coco Suaudeau n’ont rien inventé, Raynald Denoueix non plus : ils ont simplement mis en pratique des principes de foot et y sont restés fidèles. Coco n’avait qu’une envie, c’était de développer ces principes. Malheureusement, à la fin des années 90 et au début des années 2000, des gens n’ont rien compris…

Pourtant, aujourd’hui, le staff est constitué d’anciens (Der Zakarian, Amisse, Baronchelli…) ayant été en contact avec Suaudeau…
Ce n’est pas simple car ils font un bon travail mais le football a changé. Et à un moment donné, des étapes ont été sautées et on s’est détaché de cette philosophie. Et à partir du moment où on s’en détache, pour y revenir, c’est très difficile. Après, encore faut-il que des gens suivent derrière. Je ne vis pas là-bas, mais j’ai des échos, et ça ne semble pas si facile…

Le lien a été cassé parce que des gens de l’extérieur et ne connaissant pas ce club sont arrivés comme Gripond et Roussillon. Aujourd’hui Waldemar Kita pourrait relancer les choses ?
Mais il faut avoir envie de le faire. Sans les intentions, l’envie, on ne peut rien faire. Je ne vais pas m’exprimer là-dessus car je n’y vis plus mais il y a un constat : il y avait le FC Nantes avant et aujourd’hui, ce n’est plus le même.

Propos recueillis par Charles GUYARD

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